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    Michel Nau (Jésuite, XVII° siècle) page ressource sur sa page wikipedia

     

    Karl Pfander (Missionaire protestant, XIX° siècle) : Mizan Ul Haqq  ("La Balance de la Vérité" traduit du persan en anglais et de là en français)

     

    Charles Marsh (surnommé Abd al-Massih, missionaire protestant, XX° siècle) Prédication sur Jésus

     


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  • Lettre adressée le 17 novembre 2014 par Ashiq Masih, l’époux d’Asia Bibi, au Président de la République islamique du Pakistan, sollicitant sa grâce.

    Hier [16 novembre], je suis rentré de la prison de Multan [sud de la province du Pendjab] où mon épouse, Asiaa Bibi, a été transférée voici huit mois. Depuis qu’Aasia a été condamnée à mort en novembre 2010 pour avoir bu un verre d’eau tirée du puits de notre village, ma famille vit dans une peur constante et sous des menaces de mort. Je vis dans la clandestinité avec mes cinq enfants aussi près que possible d’Aasia. Elle a beaucoup besoin de nous pour l’aider à continuer à vivre, pour lui apporter des médicaments et une nourriture saine quand elle est malade.

    Après avoir passé quatre longues années en prison dans de terribles conditions, nous espérions que la Haute cour de Lahore libérerait mon épouse. Elle n’a d’aucune manière commis de blasphème. La Cour ayant confirmé la sentence de mort le 16 octobre, nous ne comprenons pas pourquoi notre pays, notre bien-aimé Pakistan, nous est si hostile. Notre famille y a toujours vécu pacifiquement et nous n’avons jamais été la cause d’une quelconque perturbation. Mais désormais et depuis quelques années la situation au Pakistan a changé à cause de quelques uns, et nous avons peur. Aujourd’hui beaucoup de nos amis musulmans ne comprennent pas pourquoi le système judiciaire pakistanais fait tant souffrir notre famille.

    Nous faisons de notre mieux pour présenter notre ultime pourvoi à la Cour suprême avant le 4 décembre. Mais nous sommes convaincus que le seul moyen d’épargner la pendaison à Aasia sera la grâce que l’honorable Président Mamnoon Hussain lui accordera. Personne ne devrait être tué pour avoir bu un verre d’eau.

    Nous sommes chrétiens mais nous respectons l’islam. Nos voisins sont musulmans et nous avons toujours vécu en bonne intelligence avec eux dans notre petit village.

    Mes cinq enfants et moi ne survivons que grâce à la protection de quelques amis fidèles qui risquent chaque jour leur vie en nous aidant. Nous sommes la famille d’Aasia Bibi et beaucoup de gens veulent que nous mourrions. Grâce à notre amie Anne-Isabelle Tollet, qui est devenue notre sœur et nous aide depuis déjà quatre ans, nous parlons souvent de ce qui se passe à Paris et dans le monde pour aider à sauver Aasia. Savoir que tant de personnes soutiennent Aasia de si loin est très important pour nous. Cela nous aide à tenir. À chaque fois que je rends visite à Aasia dans sa prison je lui donne toutes ces informations. Parfois cela lui donne le courage d’aller de l’avant.

    Juste avant de partir pour mon voyage de 10 heures afin de rendre visite à Aasia, j’ai appris la merveilleuse nouvelle que Paris est prête à offrir l’hospitalité à Aasia et à notre famille à Paris si [mon épouse] était libérée. C’est un très grand honneur et nous en sommes très reconnaissants. Je souhaite vous exprimer Madame le Maire [Anne Hidalgo] mes sincères remerciements et vous dire notre immense gratitude pour votre intérêt. J’espère qu’un jour nous pourrons vous rendre visite en vie et non pas morts.

    Quand j’ai visité Asia Bibi hier elle m’a demandé de vous transmettre ce message : « La cellule de ma prison n’a pas de fenêtre et je ne fais pas de différence entre le jour et la nuit, mais si je tiens aujourd’hui c’est grâce à tous ceux qui tentent de m’aider. Quand mon mari m’a montré des photos de gens que je ne connais pas et qui buvaient un verre d’eau pour moi, mon cœur a débordé. Ashiq m’a dit que la ville de Paris m’offrait l’hospitalité ainsi qu’à ma famille. Je vous adresse mes plus profonds remerciements Madame le Maire, ainsi qu’à toutes ces aimables personnes à Paris et dans tout le monde. Vous êtes mon seul espoir de demeurer en vie dans ce cachot. Alors je vous en prie : ne m’abandonnez pas. Je n’ai pas commis de blasphème ».

     Source : The Guardian (20 novembre) – © L’Obs pour la traduction.

    NB : La chrétienne Asia Bibi n'a pas été grâciée par le président du Pakistan. Après 9 années sous une condamnation à mort, elle a finalement été acquitée en Novembre 2018.


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  • Prédication sur Jésus,

    Extrait de :

    Le musulman mon prochain

    Charles Marsh

    Editions Farel 1977

    réimpression 1981, p 57 et suivantes

     

    CHAPITRE 8

    JESUS LE FILS DE DIEU

    Dans ce chapitre vous trouverez un aperçu assez complet d'un message que l'auteur a prononcé pour la première fois dans un village de montagne en Algérie. Il était le seul européen dans le district, et passait deux semaines parmi les musulmans, dormant dans un café abandonné, et se trouvant ainsi complètement à leur merci.

    Chaque soir, environ vingt à trente hommes se rassemblaient pour écouter le message. L'auteur avait consacré beaucoup de temps et de prière à la préparation de ce discours, et le premier soir il parla en tremblant de peur. Il savait avec quelle violence les hommes fanatiques réagissent à la vérité divine. Après la réunion, les hommes sortirent en silence les uns après les autres mais sans se disperser. Puis l'un d'entre eux revint.

    "Et voilà, pensa l'auteur, ils sont revenus pour me tuer." A sa surprise l'homme dit : "Merci infiniment, Cheikh, pour ce message. C'est exactement ce que nous voulons savoir. Nous voulons savoir qui est Jésus-Christ. Dites-nous-en plus à son sujet demain." Il partit et cinq hommes rentrèrent les uns après les autres pour dire combien ils avaient apprécié le message.

    Des mois plus tard, l'auteur parlait sur le même thème à des Arabes près d'Alger, et la réaction fut la même. Plus tard encore il se servit du même message dans le désert, dans un autre dialecte cependant. C'est le seul message qui ait été apprécié par un auditoire musulman, au point que plusieurs hommes revinrent pour lui dire merci. Evidemment plusieurs détails se perdent en français, en particulier les termes musulmans. Mais cela donnera peut-être des idées pour des entretiens similaires. On peut s'en servir pour un message, ou alors on peut reprendre un ou deux points avec une personne pendant plusieurs soirées de suite. Faisons une grande place à Jésus-Christ.

     

    QUE PENSEZ-VOUS DE CHRIST ? (Matt. 22:42) De votre réponse à cette question dépend à la fois votre bonheur dans cette vie-ci et le lieu où vous passerez l'éternité. Bientôt Jésus-Christ reviendra et quand il sera là, il vous demandera, comme il l'a demandé aux pharisiens d'autrefois : "Vous, que pensez-vous de moi ?"

    Je suis venu vers vous en tant que chrétien et je veux être votre ami. Je veux vraiment vous faire connaître qui est Jésus et il est de la plus haute importance que personne ne vous induise en erreur à ce sujet. Je vous en prie, ne croyez pas qu'il est un simple prophète, un homme bon parmi d'autres. Non, il est unique, incomparable. Il n'a pas son pareil dans ce monde ni dans le monde à venir.

     

    1. QUE PENSEZ-VOUS DE SA NAISSANCE MERVEILLEUSE ?

    Personne d'autre n'est né comme lui. Il est Jésus, le fils de Marie. Vous appelez Ismaël le fils d'Abraham, Jean le fils de Zacharie, Mohammed le fils d'Abdullah. Tous les autres hommes prennent le nom de leur père. Pourquoi Jésus a-t-il pris le nom de sa mère ? Parce qu'il n'avait pas de père terrestre. Il est né de la vierge Marie. Il est né par la puissance de Dieu (qudrat Allah) sans l'intervention d'un homme. Sept cents ans avant sa naissance, le prophète Esaïe prédit comment il naîtrait (Esaïe 7:14) et sa naissance advint selon cette prédiction comme vous pouvez le lire en Matt. 1:18-25.

    Dieu créa Adam notre père de la poussière de la terre et nous tous nous sommes enfants d'Adam, comme les prophètes. Nous sommes de la terre ; et lui, le Seigneur Jésus, vint du haut des cieux. On l'appelle al Manzül : celui qui est descendu. Il était pur et sans tache, semblable à la neige et à la pluie. Tous les autres sont comme la terre, sales, impurs et souillés par le péché. Nous lisons que "Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs" (1 Tim. 1:15). Il est venu comme moi je suis venu dans votre pays, en étranger. Vous, vous n'êtes pas venus, vous êtes nés ici. Jésus était dans la présence de Dieu avant de venir sur terre. Il a choisi de venir sur terre pour nous sauver. "Au commencement était la Parole" (lire jean 1:1-3 et verset 14). Il a pris un corps humain et est devenu homme. Il est venu d'en-haut.

    On raconte qu'un jour deux hommes tombèrent dans un puits. L'un dit à l'autre : "Délivre-moi de cet endroit affreux. Sors-moi de cette saleté et cette boue." l'autre répondit : "Insensé, comment le pourrais-je ? Je suis dans la même situation que toi." Tous deux étaient dans le puits et aucun ne pouvait aider l'autre. C'est alors qu'ils entendirent une voix venant d'en-haut leur disant de saisir une corde. L'homme qui n'était pas tombé dans le puits était le seul à pouvoir les aider. Il apportait de l'aide d'en-haut. Le meilleur d'entre les prophètes ne pouvait nous sauver du puits du péché car il était aussi pécheur, mais Jésus lui n'a pas hérité de la nature pécheresse. Il est venu d'en-haut. Dieu a envoyé des anges pour annoncer sa naissance (lire Matt. 1:20 et Luc 2:9). Que tout cela est merveilleux ! Jamais homme ne naquit comme cet homme. Il est unique par sa naissance. Il est incomparable

    .

    2. QUE PENSEZ-VOUS DE SA PERSONNE ?

    Il était parfait. Pas une seule fois il n'a commis de péché. Il n'a jamais commis d'erreur. Il n'a jamais eu à demander pardon (astaghafr). Tout homme qui craint Dieu doit confesser son péché et demander pardon. David l'a fait. Abraham également. En fait un prophète a dit qu'il demandait pardon à Dieu soixante-dix fois par jour (c'était Mohammed, mais ne mentionnez pas son nom). En vain chercherez-vous dans la Bible et dans le Coran un seul verset où il soit question de Jésus demandant pardon. Etant sans péché, il n'avait pas besoin de pardon. Ses compagnons les plus proches écrivaient et disaient de lui qu'il ne connaissait pas le péché, n'avait pas commis de péché et qu'il n'y avait pas de péché en lui. C'étaient des hommes qui le connaissaient bien. Dieu a accordé le pardon aux prophètes lorsqu'ils ont confessé leur péché, mais Jésus n'avait pas besoin de pardon. Il était sans péché. Il pouvait même dire à ses ennemis : "Qui de vous pourra nommer un seul de mes péchés pour me faire taire ?" (Jean 8:46en arabe). Mais aucun d'eux ne put trouver le moindre péché dans sa vie. Qui d'entre nous oserait lancer un tel défi à ses ennemis ? Jésus fut amené devant le juge Pilate et faussement accusé, mais Pilate, ne trouvant rien de mal en lui, se lava les mains et dit : "Je suis innocent du sang de ce juste." Jamais personne d'autre ne fut sans péché. Il est le seul prophète sans péché. Il est unique et incomparable.

     

    3. QUE PENSEZ-VOUS DE SES PAROLES ?

    Ses ennemis envoyèrent un jour des soldats pour l'arrêter. Ceux-ci écoutèrent son enseignement, puis s'en retournèrent sans l'avoir saisi et dirent avec étonnement : "Nul homme n'a jamais parlé comme cet homme." (Jean 7:46). Pensez à ce qu'il a dit : "Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie." (Jean 8:12). Un vieillard m'expliqua un jour ce que Jésus voulait dire par là : "Vous savez, mon ami, les prophètes sont comme la lune. La lune brille la nuit et les prophètes ont apporté la lumière de Dieu dans ce pauvre monde enténébré. La lune croissante brille de plus en plus jusqu'à la pleine lune, puis elle décline et meurt. Mais n'ayez crainte. Une autre lune (un autre mois) la remplacera. Ainsi se succédèrent les prophètes. L'un délivre son message, pâlit, passe son chemin et cède la place à un autre. Chaque nation a eu quelque lumière sur Dieu. Les religions des hommes ressemblent à la lueur d'une bougie ou à la lune. Mais qui donc se sert de ces faibles lumières lorsque paraît le soleil ? Jésus a dit : "Je suis la lumière du monde', le soleil de justice. Avez-vous déjà vu le soleil décroître et diminuer ? Non, il ne s'éteint jamais. Il luit pour tous dans tous les pays. Jésus-Christ est comme le soleil. Il ne disparaît jamais. Non, il ne meurt pas. Il est pour tous les pays, pour chaque homme. Il dit également :'je suis le chemin, la vérité et la vie." Ils est vrai que tous les prophètes sont venus montrer le chemin qui mène à Dieu. Ils ont dit : "Faites ceci. Suivez cet enseignement. Voici le chemin. Gardez les commandements." Mais Jésus a dit : "Je suis le chemin. Suivez-moi."

    Illustration :

    Un petit garçon se perdit dans une grande ville. Il venait d'ailleurs et n'était pas capable de s'exprimer clairement. Il demanda à un agent de lui indiquer le chemin de la maison. Celui-ci lui dit : "!I faut suivre la rue, prendre la deuxième rue à gauche, puis la troisième à droite, traverser le pont, tourner autour d'un rond-point puis remonter la rue centrale..." Le garçonnet éclata en sanglots. L'agent lui avait bien indiqué le chemin; mais le garçon était trop faible et trop craintif pour suivre les instructions. A cet instant quelqu'un du même village passa par là. Il le prit par la main. Lorsque le petit garçon ne put plus avancer de fatigue, il le prit dans ses bras et le porta jusque chez lui. L'agent lui avait montré le chemin. L'autre personne était le chemin. Jésus a dit : "Je suis le chemin... le chemin qui conduit à la maison du Père.'

    Que pensez-vous du sens de ses histoires merveilleuses ? Lisez Luc 15. Que pensez-vous de ses invitations étonnantes ? Il a dit : "Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés. Je vous donnerai du repos." (Matt. 11:28). Que c'est merveilleux ! Que pensez-vous de ses paroles ? Jamais homme ne parla comme cet homme. Il est unique. Il est incomparable. Il n'a pas son pareil sur la terre ni dans les cieux.

     

    4. QUE PENSEZ-VOUS DE SES NOMS ET DE SES TITRES ?

    Chaque prophète a un nom particulier. Abraham est appelé l'ami de Dieu (Khalil Allah). Moise est appelé le porte-parole de Dieu (Kalam Allah). D'autres sont appelés Rùh Allah (Jésus) et Habib Allah (Mohammed). Dites-moi maintenant, qui un homme aime-t-il le plus, son ami (habib) ou son esprit, c'est-à-dire soi-même (rùh) ? Soyez tout à fait honnêtes à présent. Que votre coeur donne la réponse. Oui, Jésus est appelé Rùh Allah. Dans les Evangiles nous lisons que Dieu a dit de Jésus : "Celui-ci est mon Fils élu. Ecoutez-le." (Luc 9:35). Je vous pose encore une fois la question : "Qui un homme aime-t-il le plus, son ami ou son fils ? Vous avez raison, son fils." Pour le distinguer de tous les autres, Dieu appela Jésus son Fils. Que voulait dire Dieu par là ? Nous disons que le fils est l'image même (mathal) du père. Aussi lorsque nous voyons Jésus nous apprenons à mieux connaître Dieu (Jean 14:9). Un fils peut prendre la place de son père et le représenter. Il peut parler au nom de son père. C'est ce qu'a fait Jésus lorsqu'il était parmi les hommes. C'est pourquoi on l'appelle la Parole de Dieu. Dieu parlait au travers de lui (Héb. 1:3) Ses titres sont uniques, Il est incomparable. (N.B. Dans les pays musulmans où l'on connaît les titres des prophètes, ce paragraphe a beaucoup d'effet. Seulement ne mentionnez pas Mohammed par son nom.)

     

    5. QUE PENSEZ-VOUS DE SA PUISSANCE ?

    Il peut tout faire. Tout pouvoir et toute autorité lui ont été donnés. Il n'y a en fait aucune oeuvre de Dieu que Jésus n'ait accompli lorsqu'il vivait sur cette terre. Qui peut ressusciter les morts sinon Dieu ? Jésus a ressuscité des morts. Qui peut vraiment guérir la lèpre sinon Dieu ? Jésus a guéri et a purifié des lépreux. Qui peut ouvrir les yeux des aveugles sinon Dieu ? Jésus a accompli tout cela. Il a guéri toutes sortes de maladies. Même les maladies incurables. D'une seule parole il a chassé des esprits mauvais. Il a changé la vie de beaucoup d'hommes et les a sauvés de leur péché. Lorsque les gens venaient dans mon dispensaire en Afrique, avant de commencer le traitement, je demandais toujours à Dieu de les guérir. Je les soignais au nom de Dieu (bi ism Allah). Tous les prophètes ont toujours fait des miracles et guéri des gens au nom de Dieu, mais le Seigneur Jésus n'a jamais guéri au nom de Dieu. Il a toujours guéri des hommes et des femmes par sa propre puissance et en son nom à lui. Il pouvait dire : "Je te le dis : lève-toi et marche", à un homme qui n'avait plus marché depuis trente-huit ans. Cet homme se leva et marcha. Il ne s'est jamais servi de médicaments, il guérissait les hommes en son propre nom et par sa propre puissance.

    Un homme appelé Lazare mourut. On l'enterra et on appela Jésus. Lorsque Jésus arriva sur les lieux, Lazare était déjà mort et enterré depuis quatre jours. Jésus alla au tombeau et dit : "Lazare, sors." (Jean 11:43). Le mort sortit de son tombeau. Jésus ne laissa aucun doute sur son pouvoir de ressusciter les morts. Il dit : "Je suis la résurrection et la vie." (Jean 11:25). "Le jour viendra où tous ceux qui sont dans la tombe entendront sa voix et se lèveront." Vous sortirez de la tombe si vous êtes morts. Il en sera ainsi pour Moise et Abraham et tous les prophètes. Mais dès maintenant, Jésus est capable de vous donner une vie nouvelle, la vie de Dieu, la vie éternelle. Aujourd'hui il transforme la vie de nombreux hommes dans le monde entier. Il peut transformer votre vie. Que pensez-vous de sa grande puissance ? Il est unique, tout-puissant. Il est incomparable.

     

    6. QUE PENSEZ-VOUS DE SES SOUFFRANCES ? DE SA MORT ?

    Savez-vous où vous mourrez ? Ici, ou dans un autre pays ? En mer ou sur la route, ou dans votre lit ? Où ? Et puis comment allez-vous mourir ? Sera-ce de maladie, par accident ou de mort naturelle ? Peut-être savez-vous quand vous mourrez ? Quel jour et quel mois ? Et puis dites-moi encore ce qui vous arrivera après votre mort ? Vous et moi, nous devons bien admettre que nous l'ignorons. C'est Dieu qui décide de tout cela.

    Mais le Seigneur Jésus savait et avait prédit où il mourrait. A Jérusalem. Il prédit aussi comment il mourrait et en donna tous les détails (Luc 18:31-33). Il dit à ses disciples quand il mourrait : le jour même où tout le monde tuerait un agneau pour fêter la Pâque, il mourrait comme l'agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. Il leur dit qu'après trois jours, il ressusciterait. Tout s'est passé exactement comme il l'avait dit. Lui, il savait. Il n'était pas comme les autres hommes. Nous, nous ne savons pas. Les prophètes ne savaient pas. Vous et moi nous mourrons au moment, à l'endroit, et de la manière dont Dieu décidera.

    Mais Jésus dit : "Personne ne m'ôte la vie, mais je la donne de moi-même. J'ai le pouvoir de la donner et j'ai le pouvoir de la reprendre." (Jean 10:18). Il n'a jamais commis de péché ; c'est pourquoi il n'était pas obligé de mourir. Il aurait pu remonter au ciel sans mourir. Mais il a choisi de mourir par amour pour les autres. Il a donné sa vie pour nous. Il mourut pour nous obtenir le pardon. Il mourut pour vous. Lui, le bon berger, a donné sa vie pour ses brebis. Jamais aucun homme ne mourut comme Lui. Il est incomparable, unique parmi les hommes.

     

    7. QUE PENSEZ-VOUS DE SA VICTOIRE SUR LA MORT ?

    Il mourut et les hommes le mirent enterre, Ses ennemis firent de leur mieux pour le garder dans le tombeau. Ils roulèrent une grosse pierre devant l'entrée du sépulcre. Ils scellèrent la pierre. Ils entourèrent le sépulcre de gardes armés. Il était bien mort, et les hommes firent de leur mieux pour le garder dans le tombeau. Mais il ressuscita des morts et se montra vivant à ses disciples, à Pierre, à Marie et puis à plus de cinq cents personnes. Il ressuscita comme il l'avait annoncé. Dieu le ressuscita des morts parce qu'il voulait montrer au monde entier qu'il avait accepté l'oeuvre de Jésus. Toutes ces personnes le virent. Ils le touchérent, mangèrent et burent avec lui après sa résurrection. Il leur montra les blessures de ses mains, de ses pieds et de son côté.

    La mort est un grand ennemi. Vous devrez mourir un jour et moi aussi. Les prophètes moururent et sont encore morts. Loué soit Dieu, Jésus-Christ a vaincu la mort. Il est vivant aujourd'hui. Il peut sauver tous ceux qui viennent à Dieu par lui, parce qu'il vit et qu'il intercède pour eux. Existe-t-il un autre prophète qui soit vivant après être passé par la mort ? Christ seul est ressuscité des morts. Il est unique et incomparable. Il n'a pas son pareil sur la terre ni dans les cieux.

     

    8. QUE PENSEZ-VOUS DE SON ASCENSION ?

    Lire Actes 1:9-11 ; Phil. 2:6-11. Si je demandais à une assemblée de juifs qui ils souhaiteraient voir occuper la place d'honneur au ciel, ils diraient tous : Moise. Si je posais cette question à des musulmans, ils répondraient : Mohammed. Et si je la posais à des chrétiens, ils diraient : Jésus. Dieu cependant n'a consulté ni les juifs, ni les musulmans, ni les chrétiens. Dieu a souverainement élevé Jésus et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom. Voilà ce que Dieu a fait, et tout homme orgueilleux devra fléchir le genou devant lui.

    9. QUE PENSEZ-VOUS DE SON RETOUR SUR LA TERRE ?

    Il reviendra. Il l'a dit (Jean 14:1-3). Les anges l'ont dit dans Actes 1:11. Tous les chrétiens attendent son retour. Les musulmans savent qu'il reviendra pour régner. Il revient pour prendre son peuple (umma) avec lui au ciel. Il revient afin de régner sur la terre entière. Il est le roi de la terre. Il doit régner jusqu'à ce qu'il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds. Certains se trompent en pensant qu'il régnera quarante ans ; Dieu a dit mille ans. Je crois ce que Dieu a dit. Je pense que mille ans de bénédictions et de paix valent mieux que quarante ans. Oui, il va venir bientôt. Chacun doit reconnaître qu'il est le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs. Il revient. Vous vous tiendrez devant lui, et il sera le juge.

    Lorsque vous le verrez face à face il vous demandera : "Que penses-tu de moi ?" Que répondrez-vous ? Si vous dites : "Tu es simplement un prophète parmi les autres prophètes', il vous demandera pourquoi vous n'avez pas suivi ses commandements, et vous serez condamné parce que vous avez cru qu'il n'était qu'un prophète parmi tant d'autres, alors qu'il est incomparable. Il est l'unique sauveur. Qui reviendra pour régner ? Moise, Abraham, David ou quelque autre prophète ? Non. C'est le Seigneur Jésus qui revient et il sera le juge. Dieu en a donné l'assurance à tous les hommes en le ressuscitant des morts. Il revient. Tout oeil le verra. Il est unique.

     

    10. QUE PENSEZ-VOUS DE SES EXIGENCES A VOTRE EGARD ?

    Il dit : "Venez à moi, je vous donnerai du repos." (Matt. 11:28). Il vous appelle aujourd'hui. Lorsqu'il appela ses premiers disciples, ils quittèrent tout pour le suivre : leur foyer, leurs parents, leur travail. Il vous demande de faire de même. Il vous demande de lui faire confiance, de croire en lui, de l'accepter comme votre sauveur, de lui abandonner votre vie, de l'accepter comme Seigneur. Il exige tout. S'il est réellement ce qu'il prétend être, ses exigences sont tout à fait légitimes. Il est unique et incomparable par sa naissance, sa vie et sa personne sans tache, ses titres, ses paroles merveilleuses, sa puissance souveraine, ses souffrances et sa mort. Il vit aujourd'hui. Il est avec ceux qui se confient en lui. Il intercède dans le ciel pour ceux qui croient en lui. Il vient bientôt, il n'a pas son pareil dans le ciel ni sur la terre. C'est pourquoi il demande à être le roi et le Seigneur de votre vie.

     

    Certains pourront objecter que nous n'avons pas enseigné clairement la divinité de Christ dans ce message. Mais nous avons avancé d'un pas dans la communication de cette vérité merveilleuse qu'il est le Seigneur suprême. Voici le mot de passe des premiers chrétiens : "Jésus est Seigneur". Nul ne peut dire : "Jésus est Seigneur" si ce n'est par le Saint -Esprit (1 Cor. 12:3). Comptons sur lui pour révéler cette importante vérité à nos amis musulmans.


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  • Entretiens avec un Musulman 
    édition numérique par jesusmarie.com et Thierry L.

    Traduction "Sources Chrétiennes" n° 115

    Introduction, texte critique, traduction et notes par Théodore Khoury

    1966

    Les « Entretiens avec un musulman » présentent de vraies discussions qui ont vraiment eu lieu entre l’empereur Manuel et un lettré musulman au XIVe siècle à Ancyre. Les deux abordent des questions débattues depuis des siècles entre controversistes chrétiens et musulmans, mais renoncent aux arguments scripturaires et "ad hominem". La 7e controverse ici présentée considère les questions éthiques.

    Du très pieux Basileus, ami du Christ, 
    MANUEL PALEOLOGUE, 
    à son très cher frère, 
    le très fortuné Despote Porphyrogénète 
    Théodore Paléologue 
    ENTRETIEN 
    avec un certain Perse, Mudarris de sa charge, 
    tenu à Ancyre de Galatie

     

    Septième Controverse

    1. a. Au lever du jour, le Mudarris nous accueillit sur le pas de la porte. S'adressant à nous, selon son habitude : "Attachons-nous, dit-il, si cela te plaît, aux points qui nous restent d'hier." 
    Quand ils se furent assis tout autour de nous, comme à l'accoutumée, j'entamai le sujet de la sorte : 
    b. "La Loi de Moïse vient de Dieu. Ce qui le montre, c'est la multitude des miracles surnaturels. Car Moïse n'aurait pu opérer des prodiges qui dépassent la nature, s'il avait porté des lois que Dieu ne lui aurait pas communiquées. Or Dieu, manifestement, a honoré cette Loi par des œuvres et par des déclarations constantes, non seulement par celles dont il a glorifié le législateur avant, pendant et après la promulgation de la Loi, mais aussi par le fait qu'il haïssait, pour ainsi dire, et repoussait ceux qui ne l'observaient pas, et que si quelqu'un la méprisait, lui-même le méprisait et lui infligeait le châtiment convenable. 
    c. "Mais je prétends t'apprendre d'une façon claire et brève la différence entre les deux Lois. 
    "Presque tous les hommes se partagent en trois groupes: pour Moïse, pour le Christ et pour celui que tu n'as pas craint de comparer à celui-là qui a vu Dieu. Or seule votre Loi n'a, aux yeux de tous, à tous points de vue, rien de sain.

    2. a. "Considère ceci : Vous-mêmes dites que la Loi de Moïse est descendue de Dieu et que la nôtre est sans nul doute bien meilleure qu'elle. Vous les jugez donc bonnes toutes les deux, bien que vous préfériez la vôtre, qui n'est louée par personne mais décriée par tous. 
    b. "En voici la preuve : Si l'on demandait à l'ensemble des hommes quelle est la meilleure de toutes les Lois et quelle est au contraire la pire, chacun émettrait cette affirmation : la sienne est la meilleure, mais celle de Mahomet est la pire. Nous, maintenant, nous disons cela sous forme de supposition, mais toi tu n'ignores pas que c'est bien la vérité. Tu as beau dédaigner l'opinion de tous les hommes, les prenant à partie comme des ennemis, tu raisonnes mal. Il faut assurément considérer le témoignage de chacun sur lui-même comme non avenu, et comme non valide son suffrage; ceux de l'ensemble des hommes au contraire, quand ils sont convergents, doivent être admis, quel que soit le sujet considéré. 
    c. "Ainsi on ne saurait plus appeler ta Loi proprement Loi, ni ranger celui qui l'a établie au nombre des législateurs. Et cela parce que les articles les plus importants de cette nouvelle Loi sont plus anciens même que la législation de Moïse. Car ils ont une origine lointaine, et ce n'est pas Mahomet qui les a institués. En effet, se défaire de l'égarement des idoles, fuir le polythéisme, croire en un seul Dieu créateur, recevoir comme signe de la foi la circoncision, et les autres points semblables, Abraham les a établis sans écriture. Moïse ensuite les a consignés par écrit et promulgués, en y ajoutant ce que Dieu, dans ses entretiens avec lui, lui a ordonné. Ainsi donc cette Loi plus récente, venant après l'ancienne, lui a emprunté — cela est clair — ses fondements et ses principes; et non point l'ancienne à celle-ci. Comment en effet l'ancien serait-il tributaire du plus récent ? Or combien une telle condition donne de précellence, point n'est besoin de discours pour le montrer. Et que parlé-je de fondements et de principes, quand ce qui parait le plus parfait de tout et tout ce en quoi, pourrait-on dire, ta Loi semble consister, est pris manifestement dans l'ancienne Loi. Ainsi rien de neuf ne s'y rencontre, mais les mêmes choses ont été dites deux fois, ou plutôt elles ont été impudemment pillées. Car montre-moi que Mahomet ait rien institué de neuf : tu ne trouverais rien que de mauvais et d'inhumain, tel ce qu'il statue en décrétant de faire progresser par l'épée la croyance qu'il prêchait.

    3. a. "Mais il faut, je pense, m'expliquer là-dessus plus clairement. De trois choses, l'une devait nécessairement arriver aux hommes sur la terre :

    - ou se ranger sous la Loi, 
    - ou payer des tributs et de plus être réduits en esclavage, 
    - ou, à défaut de l'un et de l'autre, être taillés par le fer sans ménagement.

    b. "Or cela est fort absurde. Pourquoi ? Parce que Dieu ne saurait se plaire dans le sang, et que ne pas agir raisonnablement est étranger à Dieu. Ce que tu dis a donc franchi, ou presque, les bornes de la déraison. D'abord en effet, comment n'est-il pas très absurde de payer de l'argent et d'acheter ainsi la faculté de mener une vie impie et contraire à la Loi ? 
    c. "Ensuite, la foi est un fruit de l'âme, non du corps. Celui donc qui entend amener quelqu'un à la foi a besoin d'une langue habile et d'une pensée juste, non de violence, ni de menace, ni de quelque instrument blessant ou effrayant. Car de même que, quand il est besoin de forcer une nature non raisonnable, on n'aurait pas recours à la persuasion, de même pour persuader une âme raisonnable, on ne saurait recourir à la force du bras, ni au fouet, ni à aucune autre menace de mort. 
    d. "Nul ne saurait jamais prétendre que, s'il use de violence, c'est malgré soi, car c'est un ordre de Dieu. Car s'il était bon d'attaquer avec l'épée ceux qui sont totalement incroyants et que ce fût là une loi de Dieu descendue du ciel — comme Mahomet le soutient — il faudrait sans doute tuer tous ceux qui n'embrasseraient pas cette Loi et cette prédication. Il est en effet bien impie d'acheter la piété à prix d'argent. En opines-tu autrement ? Je ne le pense pas. Comment le ferais-tu? Or si cela n'est pas bon, tuer est encore bien pire. 
    e. "Cependant s'il se trouve que Mahomet ait ajouté quelque chose à la Loi de Moïse, aussitôt tu appelles cela Loi. Et tu ne te contentes pas qu'on te passe de parler ainsi, mais tu exiges qu'on préfère cette Loi à celles qui l'ont précédée. En vertu de quoi ? Elle qu'il n'est même pas juste d'appeler Loi. 
    f. "Ce qui en effet la fait considérer comme Loi, cela même lui ôte d'un autre côté ce caractère de Loi. Une des propriétés de la Loi, c'est d'établir des prescriptions naturelles agréables à Dieu. La vôtre se vante de prescriptions empruntées. Que si l'on en élaguait les articles plus anciens, elle ne différerait en rien du geai de la fable : on lui prêta des plumes de toute sorte, on les lui ôta ensuite, et le voilà redevenu geai. 
    g. "S'il en est ainsi, tout le monde jugera inférieure à celle des juifs votre Loi — appelons-la Loi, en attendant, pour te faire plaisir. Et si elle lui est inférieure, elle l'est bien plus à la Loi du Christ, laquelle, de votre aveu et de l'aveu de tous, l'emporte surabondamment sur celle des juifs."

    4. a. Je parlai ainsi. Il se fit un silence assez long. Alors l'interprète — il était issu de chrétiens, aimait les croyances de ses parents et s'opposait à nos interlocuteurs par la pensée, pas autant toutefois qu'il eût convenu — l'interprète donc, transporté comme de juste par nos paroles, le visage joyeux, s'en prit au Perse, mais non ouvertement. Il lui dit à peu près ceci : "Jusqu'à quand, telles des statues, resterons-nous sans riposter ? Il faut que ton courage accomplisse quelque action généreuse, si nous ne voulons pas sortir d'ici couverts de confusion, cédant à d'autres les couronnes de la victoire." 
    b. Lui donc, ayant levé la tête avec une fierté hautaine, regarda les siens, puis, se tournant vers nous, il parla à peu près de la sorte :

    Le Perse 
    5. a. — "J'ai dit, je dis et je dirai que belle et bonne est la Loi du Christ et bien meilleure que la Loi plus ancienne, mais que supérieure aux deux est la mienne. Considère donc ce que je vais dire, tu entendras peut-être quelque chose que tu ne condamnerais pas tout à fait. Votre Loi, dis-je, est belle et bonne, mais elle est très dure et très lourde et ne saurait donc facilement être utile. Tels sont les remèdes trop âpres de goût. Il n'y a donc pas erreur à ne pas la tenir pour totalement parfaites.

    b. "La Loi de Mahomet suit la voie moyenne et proclame des ordonnances abordables et en somme plus douces et plus humaines. Par là elle est en tous points modérée et remporte sur les autres Lois. En effet, les insuffisances de l'ancienne Loi, elle les comble par les compléments qu'elle y a apportés; d'autre part elle réduit les exagérations de la Loi du Christ. Il y a aussi ce qu'elle élague visiblement de l'une et de l'autre Loi, et du coup elle l'emporte tout à fait sur elles. 
    c. "Elle évite également, je pense, la médiocrité et l'imperfection de Ia Loi des juifs d'une part, et d'autre part l'élévation et la hauteur des préceptes du Christ, leur dureté, ce qu'ils ont d'excessif et d'impraticable jusqu'à présent pour les hommes, car ils forcent, pour ainsi dire, notre nature terrestre à monter vers le ciel. Elle évite donc les uns et les autres défauts et s'attache à la modération en tout. Elle est par là et elle apparaît meilleure que toutes les Lois qui l'ont précédée. 
    d. "Les vertus, tu le sais bien, consistent à éviter les excès et à tenir exactement le juste milieu. C'est cela qu'on appelle et qu'est la vertu. Ce qui est vertu est le juste milieu, et ce qui n'est pas tel n'est pas non plus vertu. C'est la doctrine de tous les anciens, et toi-même l'as dit précédemment. 
    e. "Or, dis-moi, est-ce rester dans le juste milieu 
    - que "d'aimer ses ennemis, de prier pour eux", de leur fournir, lorsqu'ils ont faim, des vivres pour leur nourriture; 
    - et cela qui est plaisant — passe-moi cette franchise — de "haïr ses parents et ses frères et même sa propre âme" ; 
    - à qui a pris la tunique, de laisser même le manteau' ; 
    - de donner sans distinction à qui demande ', jusqu'à apparaître plus nu qu'un pilon et ridicule aux yeux de ceux qui feraient alors de vos biens un butin de ^ysiens, en feignant d'être dans la nécessité ; 
    - à qui frappe ' sur une joue, de tendre l'autre; de ne jamais tenir tête au méchant ' ; 
    - de n'avoir ' ni bâton, ni besace, ni monnaie, ni deux tuniques' ' ; 
    - de ne pas s'inquiéter du lendemains ' ? 
    "Quel est l'homme de fer, de diamant, plus insensible que pierre, qui supportera toutes ces choses, 
    - qui supportera l'offense et chérira l'insulteur ; 
    - qui fera du bien à qui est mal disposé à son égard ; 
    - qui par ses bontés supplémentaires invitera les gens de cette espèce à s'acharner sur lui comme les vautours sur les cadavres des morts ? 
    f. "Quelle oreille admettrait cela, à moins qu'on n'exige de nous une grande complaisance à l'égard de prescriptions de toute sorte, même de celles à qui ne suffisent pas nos misères ? Et cela qui est tout à fait insupportable et qui s'oppose au précepte de Dieu édicté jadis, je veux dire la virginité, faut-il l'admettre ? La réponse est évidente. Car vivre dans un corps et vouloir imiter la nature des incorporels et, comme si l'on vivait en pur esprit, ne pas approcher de la femme, est contraire à la raison : c'est un lourd fardeau et une grande violence. 
    g. "De plus, ne pas procréer d'enfants pour assurer sa postérité, du fait de vivre sans se marier, détruit manifestement le monde. Or il est entièrement absurde et indigne de Dieu de faire l'être humain mâle et femelle au commencement, de lui prescrire de multiplier, et ensuite, la prescription ayant atteint sa fin et la terre s'étant remplie d'hommes, de donner aux hommes une loi qui doit faire disparaître les hommes. Ne m'allègue pas le déluge', ni le cas de ceux qui ont été abattus au désert au temps de Moïse, ni ce feu si extraordinaire, à savoir celui de Sodome. Ces cas et les châtiments pareils n'ont pas fait disparaître entièrement le monde; et c'est en raison de la grandeur de la transgression qu'ils ont été infligés aux coupables. Le Christ, lui, n'est pas ministre de la colère. Il n'est pas venu, je pense, tirer vengeance de ceux des hommes qui auraient offensé Dieu, mais plutôt apporter bienfait et secours aux hommes, principalement par une Loi meilleure. 
    h. "Considérons ceci : II est bon de quitter son père et sa mère et de s'attacher à sa femme et par là d'accroître le genre humain, comme le statuait l'ancien précepte. Cela, je pense, ne souffre pas de réplique. ^A Dieu ne plaise que je tente de détruire ce qui a été prescrit par Dieu à nos premiers parents pour la constitution de notre espèce et qui a peuplé d'humains ce monde. Mais la seconde Loi qui établit la virginité, toi tu voudrais la considérer comme l'emportant de beaucoup sur la précédente Eh quoi? Ne faudrait-il pas que tous l'observent'? Que si tous l'observaient, tout le genre humain serait réduit absolument à néant. Ainsi donc ces préceptes, à savoir se multiplier et garder la virginité, ne s'accordent point, ils se combattent plutôt l'un l'autre. Et puisqu'il faut de toute nécessité que, étant donnée leur opposition, l'un soit bon et l'autre pas, est mauvais, à mon sens, celui qui engage les hommes à avoir sur Dieu une opinion indécente. Or c'est bien le cas de ce qui aurait fait disparaître le genre humain, la virginité ainsi que je l'ai dit. 
    i. "Donc la Loi intermédiaire, j'entends la tienne, nous offrant de nombreux exemples pareils, n'est manifestement pas parfaite. Toutefois, elle est sans conteste bien meilleure que celle qui l'a précédée. Mais relativement à celle qui l'a suivie, elle occupe manifestement le second rang.

    6. a. "La Loi dernière venue apparaît donc plus élevée que les autres, comme c'est le cas dans les édifices. C'est pourquoi le juif, soumis à une Loi qui gît en quelque sorte à terre, nous ne saurions l'accueillir quand il vient à la Loi de Mahomet, la plus haut située, à moins qu'il ait d'abord, autant qu'il se peut, pratiqué votre religion. Celui qui vient à Dieu ne doit pas en effet brûler les étapes ni avancer d'une marche désordonnée, mais, comme par degrés, monter à travers le degré intermédiaire vers le dernier, en commençant par le premier : ainsi partout l'ordre sera sauvegardé. 
    b. "Il se produit donc, pour parler bref, que les juifs possédaient la vraie religion jusqu'à l'avènement du Christ, et qu'ensuite ce fut le cas pour ceux qui avaient foi en lui ; les autres étaient alors infidèles à la Loi et n'obéissaient pas à Moïse qui avait prédit le Christ, même s'ils observaient tous les préceptes, même s'ils prétendaient rendre à Moïse la vénération et l'honneur (qui lui reviennent) après Dieu lui-même. II se produit aussi que ceux qui ont cru au Christ étaient le peuple de Dieu, tous successivement, jusqu'à l'arrivée de Mahomet, porteur de la Loi parfaite. Mais, par la suite (appartiennent au peuple de Dieu) ceux-là seuls qui adhèrent à cette Loi. Ainsi donc ceux qui se sont ralliés à Mahomet, ceux-là sont vraiment les disciples et du Christ et de Moïse. Ceux au contraire qui font plus de zèle qu'il ne faut et qui à cause de cela en sont restés aux Lois abrogées, provoquent contre eux la colère des législateurs et par leur folie travaillent à leur perte."

    Le Basileus 
    7. a. Le vieillard, après ces paroles, haussa les sourcils et s'assit. Le cercle des auditeurs dressait l'oreille. La lutte, estimaient-ils, atteignait le point culminant. Les enfants soulignaient de gestes les paroles de leur père, applaudissaient et avaient envie de bondir. 
    b. Je dis donc : 
    8. a. — "Qu'est cela, mon brave? Voici que, par une attaque massive, tu as investi l'acropole avec une arrogance et une fougue acharnées, Tu t'es attendu à la prendre en quelque sorte au premier assaut. Mais tu t'es abusé dans tes espoirs. Il y a des hommes qui l'habitent, et elle est solidement assise sur le roc. Elle est remplie de biens merveilleux. De ces biens dont tu n'as jamais eu l'expérience, tu auras peut-être ta part, la guerre heureusement achevée avec l'appui de Dieu, toi et tes deux fils que voici. 
    b. "Mais il m'est permis de m'étonner de ceci : Tu es à la vérité un homme doué de sens et honoré de la toute première place parmi les docteurs de chez vous, tu es orné de la grande sagesse qui est propre à votre pays, et tu possèdes des mœurs vertueuses, estimant toutes choses inférieures à la vérité. Et pourtant voici que tu te démens et te contredis toi-même ouvertement. Tu as déjà déclaré Loi divine et bonne celle de Moïse, et affirmé fortement qu'elle a été envoyée du ciel aux hommes. Ensuite, comme si tu t'étais repenti des déclarations précédentes, tu ne te lasses pas d'en dire du mal, et de la sorte tu te démens, comme je l'ai dit. Ili n'est pas en effet possible que la même Loi soit divine et bonne et soit par ailleurs telle qu'elle puisse recevoir de justes reproches. Néanmoins, cette Loi et celle du Christ, sous prétexte qu'elles n'ont pas recommandé la modération, tu les ranges parmi les Lois mauvaises. 
    c. "Tu supposes que la Loi la meilleure de tous points, la tienne s'entend, tient le juste milieu. Tu veux par là montrer qu'en raison de ce juste milieu, elle est conforme à la vertu. Tu t'écartes ainsi de la position convenable, ce dont tes amis auront grande honte pour toi. Car il ne convient pas que toi, homme si considérable, tu couvres de longs outrages la Loi du Christ. Tu sais combien tu t'es laissé emporter à la bafouer, l'appelant ouvertement fort insupportable et très violente, et lourde et absurde, voire pareille à un piège, et autres épithètes du même genre. Je tais les nombreux reproches que tu as proférés contre la virginité et au nom desquels tu as beaucoup attaqué le législateur qui l'a instituée, bien que par ailleurs tu le places au-dessus de tous les hommes.

    9. a. "Mais continue à réfléchir sur cela. Tu pourrais aboutir à de meilleurs jugements même sur les points où tu ne sembles nullement te contredire. Il me faut donc présenter ma défense contre tes objections. 
    b. "Les choses extraordinaires et surnaturelles qui, dis-tu, dépassent la vertu humaine, parce qu'elles te semblent au-dessus de la nature humaine, sont à peine au-dessus de l'homme. D'autre part, elles sont accessibles et vraiment très faciles pour les hommes, s'ils le veulent. Cela te semblera peut-être pareil à une énigme, mais c'est tout à fait la vérité. Si l'on considère notre force, ou plutôt notre faiblesse héritée d'Adam, ces points sembleront peut-être au-dessus de toute vertu, mais nullement si l'on considère l'appui et la puissance de celui qui y exhorte. Il n'y engage pas les hommes pour les abandonner privés de son secours, mais invisiblement la main de Dieu accomplit avec eux leurs actions. Là donc où se rencontre une telle assistance, qu'est-ce qui paraîtrait rude, qu'est-ce qui semblerait incommode, qu'est-ce qui ne paraîtrait au contraire très facile ? 
    c. "Mets-toi dans l'esprit que la récompense en est le royaume de Dieu. Le discours précédent l'a déjà montré et toi-même en es demeuré d'accord. Il faut donc que ceux qui nourrissent cette espérance supportent tout. Mais ce n'est pas ici le moment de m'en expliquer. Tes paroles nous entraînent insensiblement vers les assistants, comme un courant. Attachons-nous donc à la défense, en partant des raisons susceptibles de vous persuader, sans que, pour avoir eu besoin d'une réponse, vous ayez à rougir de ce qu'il est juste (de dire). 
    10. a. "Notre Seigneur, du temps qu'il vivait parmi nous, redressant nos mœurs et nous menant à la lumière de la vérité par tous les moyens, paraît commander et prescrire certaines choses indistinctement à tous. Il les établit en effet comme une indication, comme un signe, si tu veux, de l'amour qu'on lui porte. Car, dit-il, ` celui qui m'aime, observera mes commandements'. Tous donc doivent les bien observer. Sans cela, il n'est point possible de devenir en vérité ses serviteurs, d'ennemis qu'on était auparavant par suite du péché des premiers parents. 
    b. "Les autres points, il ne les institue ni comme préceptes nécessaires, ni pour tous, ni en sa qualité de maître absolu. C'est sous forme d'exhortations et de conseils, ou de combat spirituel, si l'on aime les appeler ainsi, qu'il les propose aux plus parfaits, leur promettant le royaume des cieux et la filiation divine. A ceux qui se satisfont d'être des serviteurs, petits ayant des sentiments petits, il donne des biens correspondants. Toutes les richesses, comme on dit, ne sont pas semblables. Au contraire, tous ceux qui accueillent et observent ces conseils-là, bénéficient de la filiation mystique par la participation à la grâce divine. En font foi les opérations et la puissance de l'Esprit divine, qui se révèlent en eux et sortent d'eux, tel un courant d'une source éternelle.

    11. a. "Je veux en parler plus clairement. Qu'on me pardonne si je me laisse prendre par le fil du discours, entraîné, si tu veux, par le courant de la vérité ; il me mène à ce que je ne veux actuellement ni dire ni accorder, et qui ressemble à des fruits verts, ou plutôt, pour en parler plus exactement, prématurés pour vous qui êtes attachés aux choses charnelles. De telles nourritures spirituelles appartiennent à tous ceux qui se trouvent inférieurs à elles, et qui s'attachent tout de même comme il convient aux commandements: car, si on les omet, on ne peut être estimé serviteur irréprochable. Ces hommes donc peuvent non seulement éviter de subir le châtiment, mais aussi bénéficier de jouissances immortelles, par la grâce du Maître à l'égard de ses serviteurs, afin que soit bienfaisant pour tous celui qui, à cette fin, a accepté de ` prendre la forme d'esclave', bien qu'il soit par nature le seigneur de tous. 
    b. "Il est donc clair que respecter les préceptes est une nécessité générale et indispensable. Mais se hausser au niveau des conseils, qui élèvent à la filiation, est l'affaire de ceux-là seuls qui choisissent de souffrir les choses pénibles, quels qu'en soient la qualité et le nombre, en vue de gagner une joie et une gloire sans fin. C'est leur soin que de conserver leur ardeur jusqu'au bout, de ne pas déserter avec le temps le groupe des vertueux qui pratiquent la vertu pour le bien lui-même, et enfin d'obtenir des couronnes qui ne vont qu'aux seules têtes des vertueux. 
    c. "C'est pourquoi, en traitant de cela, le Sauveur, qui voulait montrer ce que je dis, proféra cette parole, très brève si l'on considère les mots seuls, mais vaste comme le ciel si l'on considère sa puissance : ' Comprenne qui pourrai. ' C'est comme s'il disait : grand est le combat actuel, mais plus grandes les récompenses, et éternelles. Il s'agit de signaler l'homme qui fait montre d'un courage juvénile et qui, soutenu par sa réflexion, sait endurer les sueurs. Je n'entends pas (vous) entraîner au stade par force: ce n'est ni normal ni juste. Comprenne qui a la force, c'est-à-dire la volonté de surmonter les sueurs. Voilà qui est digne d'admiration. Car le libre arbitre, cet honneur insigne accordé aux hommes dès le début et par lequel ils sont supérieurs aux autres animaux, il le laisse intact : il ne fallait pas qu'il en fût autrement. Car comment ferait-on don par voie de nécessité, fût-ce d'un royaume, ou couronnerait-on des fainéants ? Au contraire, c'est d'une autre façon, c'est par un art et une puissance convenables' qu'il les pousse tous vers les buts meilleurs. Il a ouvert à tous les hommes le royaume des cieux et indiqué la voie qui y conduit. Menant à bon terme tout ce qui concerne ce dessein, il n'a rien omis des secours destinés à aider les lutteurs et les voyageurs. Bien plutôt il n'est rien qu'il n'ait fortement recommandé à tous en vue du bien. 
    d. "Est-ce une Loi au-dessus de la nature que vous voyez là ? Elle entraîne tous les hommes à la vertu, fournit du secours à la volonté et des rétributions qui correspondent aux combats de chacun."

    Les Perses 
    12. a. — "Nous voyons, dirent certains, que tu dis des mystères et des doctrines plus élevées que nos connaissances. Les préceptes du Christ, tu les divises en commandements et conseils. Tu as fort bien disserté à ce sujet. 
    b. "Mais nous voudrions t'entendre t'expliquer sur cela plus clairement et en détail."

    Le Basileus 
    13. a. — "De quelle manière pensez-vous, dis-je, que je vais achever ma défense ? Celui qui ne peut garder la virginité n'en sera pas pour autant privé des biens futurs : sinon les élus seraient bien peu nombreux. De même, celui qui, dépouillé de son manteau, ne laisse pas aussi sa tunique à qui lui cherche querelle, n'est point pour cela passible d'un châtiment ; ni non plus celui qui, frappé sur une joue, ne présente pas l'autre à l'agresseur. Mais lors même que nous n'avons pu faire preuve d'un empressement à supporter l'injustice plus grand que l'inclination des injustes vers l'injustice, le fait néanmoins que nous souffrons avec douceur l'injustice de la part de qui que ce soit mérite, on le sait, une importante rétribution : car cela n'est pas facile ni accessible au grand nombre. 
    b. "Ce sont vos déclarations du début — vous vous en souvenez — qui nous ont avec raison amenés à ces paroles. Toutefois, même pris de cette façon, le caractère élevé des exhortations nous fait du bien. Car rien ne serait certes plus heureux que de pouvoir les accomplir, de se lancer vers elles comme vers un but et de se dépouiller de l'infirmité de l'esprit. Ce n'est point pour nous une acquisition de nature, loin de là ! Car même si nous n'avons pu donner encore ce qui a échappé à la férocité des injustes, même si nous n'avons pas pratiqué toutes les vertus plus élevées et ne sommes pas de la sorte parvenus au terme de la perfection, si nous n'avons su accomplir, comme on dit, la seconde traversées, à savoir de supporter avec douceur que qui que ce soit empiète sur nous, néanmoins nous gardons la mesure, tout en sachant combien nous sommes en défaut relativement aux meilleures d'entre les bonnes choses."

    Le Perse 
    14. a. — "Comment est-il évident, dit le Perse, que garderont la mesure ceux qui sont en défaut relativement aux choses plus élevées, mais pratiquent la bienfaisance, la justice et les vertus semblables ? 
    b. "Car tu as dit, je pense, que ceux-là auront en partage des biens éternels. Vivre dans de telles espérances ne permet pas de garder la mesure."

    Le Basileus 
    15. a. — "Mais, mon cher, cela est possible de toute nécessité pour ceux du moins qui ont de l'esprit et raisonnent à partir des principes convenables. Si des hommes observent avec soin les commandements bons pour des serviteurs mercenaires, comment les estimerait-on autant que les fils ? Il n'y a rien qui puisse engager un serviteur à s'enorgueillir, si tant est qu'il soit sensé. Si en effet il accomplit les œuvres des serviteurs, même si par son service il a comblé son maître de milliers de biens, faits d'éléments obscurs, indigents et modestes, il a accompli son devoir et n'a pas rendu un service gracieux. Celui qui n'accomplit pas son devoir est passible de coups, de la prison et d'autres châtiments. Celui au contraire qui s'acquitte bien de tout, nul ne l'en admirera; il ne s'admirera pas non plus lui-même, je pense. Y a-t-il lieu de le faire ? Il s'en faut de beaucoup. 
    b. "Toutefois l'exemple, certes, n'est pas heureux. Car pour nous, nous avons besoin du serviteur, et nombreux sont ceux qui, par leurs serviteurs, ont échappé à bien des malheurs et acquis beaucoup de biens. Mais Dieu, quel besoin aurait-il de nos services, lui à qui absolument rien ne manque et qui a tout créé uniquement par bonté ? Ainsi nul homme doué d'intelligence ne pourrait, du fait qu'il observe les commandements du maître, lever le front. Il aura pourtant son salaire, lequel est accordé par grâce. Car il n'est pas dû de salaire à des esclaves. Il obtiendra néanmoins celui qui convient à sa conduite modérée, et il enviera ceux qui ont pratiqué les points que lui-même a délaissés.

    16. a. "En voilà assez là-dessus. Mais il fallait que le discours, qui s'est écarté du sujet à cause de vos questions, ait donné réponse à celles qui en exigeaient une. Il arrive parfois même que, dans le courant de la discussion, le discours nous ramène dans le droit chemin, afin qu'il achève sa course et aboutisse au terme qui lui convient. 
    b. "Il n'est certes pas vrai que tous ceux qui n'ont point réussi à se hausser au niveau des conseils et des exhortations se soient du fait perdus eux-mêmes. Si, sans avoir fait de tort à personne, sans vouloir non plus en subir, nous supportons ensuite avec peine d'être maltraités et recourons au maître du jugement pour accuser le malfaiteur, nous ne serions pas pour cela passibles de blâme. Non certes, pas plus que si nous circulions tout chaussés, endossions deux tuniques, portions bâton, besace et monnaie à la ceinture. Il est aussi permis à ceux qui le veulent de contracter mariage et d'acquérir par des moyens justes de l'or à dépenser de façon raisonnable, bien que ce soit une acquisition meilleure de ne pas vouloir acquérir dans le siècle présent et d'aimer la pauvreté adoptée dès le début par le Christ plus que toute abondance. Bref, accomplir pour un motif raisonnable tout ce qui constitue pour nous la vie, n'est ni condamné par la nature, pour ainsi dire, ni interdit par la Loi.

    17. a. "Disons donc ceci, s'il faut établir des distinctions et résumer ce qui a été dit à ce sujet : 
    b. "C'est le fait d'hommes mauvais, indignes même d'être des serviteurs, de dédaigner les commandements du maître. Les observer est le propre de serviteurs sages et fidèles. Mais accueillir avec plaisir les conseils admirables et les accomplir selon son pouvoir, c'est le propre d'un homme désireux des grandes valeurs, qui ne se contente pas d'être serviteur, lorsqu'il est loisible d'accéder à la filiation. 
    c. "Il faut donc parler ainsi: c'est le propre des hommes supérieurs, j'entends de ceux qui disent se plaire aux valeurs susdites, de fréquenter les anges et de devenir, pour ainsi dire, leurs compagnons de vie. Le propre des hommes inférieurs à ceux-ci, des hommes moyens, est de se contenter d'observer les préceptes qui sauvent et réconcilient Dieu avec les hommes pécheurs. Le troisième groupe, j'entends ceux qui, de leur propre gré, se sont placés en dehors des deux autres groupes mentionnés, c'est le troupeau des pourceaux qui n'ont rien de bon.
    d. "Il me semble, n'est-ce pas, cher ami, que tu ne tiens plus à ta première opinion, après avoir appris cela, et que tu ne déclares plus ouvertement très dure et pareille à un piège notre Loi, ni non plus les exhortations et conseils que tu as dit dépasser la vertu des hommes, contre toute vérité. Car comment cette Loi aurait-elle jugé bon de recommander des choses impossibles ? 
    e. "Que ces conseils te semblent plus pesants que les commandements d'autrefois, cela n'a rien d'étonnant : ils sont manifestement plus élevés qu'eux — car ils les mènent à leur achèvement — comme toi-même en as déjà convenu. Or la chose qui achève est de tous points plus élevée que ce qui reçoit d'elle son achèvement. D'autre part, ce qui est plus élevé et qui va en montant est de soi en quelque sorte plus difficile et rend plus pénible le chemin qui y mène. Car en vérité, étroit, resserré et montant, à le considérer en lui-même, est le chemin frayé à tous par le Dieu qui, sans quitter les cieux, est descendu et s'est fait homme pour le salut de notre espèce. Ce chemin était au commencement inconnu, non pratiqué et malaisé. Ces difficultés lui sont inhérentes, car il est montant : il conduit à l'endroit le plus élevé ; il n'est ni large, ni uni, ni aisé, pour la raison que personne ne l'a parcouru avant. 
    f. "Opposés sont les caractères du chemin que nos premiers parents ont emprunté. Il mène à l'abîme, et nombreux sont les hommes qui dès le début s'y sont engagés, attirés par sa pente inclinée et aisée et par l'appât de la facilité. Rien d'étonnant donc que le Sauveur détourne les hommes des plaisirs qui mènent à l'abîme, et qu'il encourage à s'engager dans la voie susceptible de sauver les voyageurs. Il y aurait eu lieu de s'étonner s'il avait recommandé le contraire. La raison principale en est que nécessairement il n'y a rien de commun entre lui et la jouissance et qu'ensuite il a stigmatisé la vie molle, pour ainsi dire, aux yeux de tous et de ceux mêmes qui la recherchent. 
    g. "En effet, parmi tous les humains, c'est à vous aussi et surtout qu'il montre cela. Car ceux qui chez vous semblent être les nourrissons de la vertu, vous les estimez meilleurs que ceux qui s'enorgueillissent d'une large renommée et que les gros richards. Les Grecs, de toute évidence, pensent

    19. a. "De la sorte, la distinction est claire. Les opinions de tous s'accordent avec les préceptes du Christ. Tels sont les termes du problème. Pour certains comme toi, les prescriptions du Christ seraient plus lourdes que celles de Moïse, du point de vue exprimé plus haut. D'un autre point de vue, au contraire, elles sont plus légères à porter et plus aisées à accomplir. Et cela pour deux raisons : 
    b. "— D'abord les espérances. Les promesses ne sont pas égales ; mais les unes sont humbles, parce que terrestres : En elles', dit-il, vivra celui qui les aura accomplies' ' ; les autres sont élevées, parce que célestes et immortelles. 
    c. "— Ensuite l'assistance que reçoivent du ciel ceux qui ont préféré suivre les traces du Christ législateur. Lui-même en effet, invisiblement, accomplit avec eux leurs œuvres. Il les oint pour les luttes et il les arme, comme je l'ai dit précédemment, de constance pour supporter les sueurs. 
    d. "C'est cela qui fait que le chemin étroit et resserré n'est pas pénible, comme il l'est de sa nature, pour les plus généreux. Pour les hommes doués d'intelligence, le chemin qui conduit à une patrie resplendissante fait que paraissent légères les choses lourdes, et supportables les choses insupportables, non seulement parce que nous ne butons pas constamment aux aspérités du chemin et que nous les traversons vite, niais encore parce que, parvenus au terme du voyage, nous sommes débarrassés de ses peines et habitons la patrie et jouissons sans interruption des biens qu'elle contient. Espérer ces biens donne de supporter avec facilité les aspérités du chemin : nous en sommes d'ailleurs débarrassés avec une telle facilité que nous ne nous apercevons point du temps de la peine. 
    e. "Il est raisonnable, je pense, de préférer les biens immuables et stables, même pour ceux qui font du mariage le suprême bonheur. Mais nous voilà ramenés de nouveau en quelque sorte, malgré nous, aux discussions de doctrine. Il n'est pas, semble-t-il, bien facile à ceux qui mènent la lutte pour la vérité, de se désister d'un tel appoint. C'est pourquoi j'ai lieu de craindre de subir peut-être encore la même chose à l'avenir, c'est-à-dire que le discours ne nous renvoie à un autre discours, par force certes et non sans raison, si l'on n'a point perdu de vue ce que nous avons déjà dit. 
    f. "Mais je vais vous montrer, sans tarder, que Celui à qui il n'est rien d'impossible ne recommande pas des choses impossibles. Appuieront certes mon discours tous ceux qui ont mené jusqu'au bout cette lutte, et ils sont nombreux à l'avoir fait, même si tous n'accomplissent pas tout chaque jour mais accomplissent tous fragmentairement ce tout : ils le font d'ailleurs si bien qu'on ne saurait rien reprocher à aucun d'entre eux. Je parle non seulement des commandements, mais aussi bien de tous les conseils. 
    g. "Ainsi donc il n'a point conseillé des choses impossibles, il ne les a pas imposées à ceux qui en sont incapables, ni d'une façon intempestive ou pesante. Il a donné à qui et quand il convenait les conseils qu'il lui convenait à lui de donner et qu'il convenait aux bénéficiaires de recevoir. Car tout ne convient pas à tous, en tout temps et de toutes façons. Mais certaines choses conviennent à ceux-ci, d'autres à ceux-là, hier à un tel, aujourd'hui à tel autre, et cela pour des milliers de raisons.

    20. a. "C'est pourquoi nombreux sont les choix de vie qui ont été aménagés et donnés pour assurer le salut des âmes, ` nombreuses aussi sont les demeures chez le Père' '. C'est ainsi, en effet, que le Sauveur s'exprime, montrant qu'il n'accordera pas des rétributions égales aux hommes vertueux, c'est-à-dire à ceux qui ont vécu conformément aux seuls commandements et à ceux qui sont allés plus avant par l'observation des conseils. Mais aux uns et aux autres, par ordre de mérite, il offrira des couronnes immortelles et des récompenses dignes des bienheureux, mais différant grandement l'une de l'autre par la splendeur. Elles différeront, non seulement celles des fils de celles des serviteurs, mais aussi celles des uns et des autres entre elles dans le même groupe. 
    b. "Il y a, dis-je, beaucoup de genres de vie. Il me semble qu'il faut en parler. Les distinguer tous les uns après les autres en unités, espèces et genres, ne serait pas à propos. Ce qu'il faut, c'est les distinguer plutôt en parties d'un même tout. Il y aura ainsi, selon les sages, un triple groupe. Parmi ceux qui rendent un culte à Dieu, les uns choisissent de s'abstenir du mal par crainte du châtiment. Ceux-ci, lorsqu'ils sont amenés à se purifier de leurs passions, se trouvent dans une situation pénible : ils souhaiteraient assurer à leurs âmes une condition plus facile. De la sorte leur situation est fort absurde, et ils ne diffèrent absolument en rien de serviteurs paresseux et mauvais 3. Ils n'offrent pas une somme de bonnes oeuvras qui l'emporte de beaucoup sur les peines d'ici-bas, car ils n'entreprennent pas ces oeuvras avec une âme joyeuse. Ils se retiennent eux-mêmes malgré eux, pour ainsi dire, par peur des coups. 
    c. "D'autres règlent leur vie par l'espoir du profit. Ils offrent l'image de mercenaires à les comparer aux hommes qui sont plus près de Dieu. Car les bons ne doivent pas faire le bien pour quelque autre raison, mais pour le seul bien lui-même. 
    d. "Le troisième groupe, dont il nous arrive de ne parler que maintenant se place en fait au premier rang par la qualité et la nature. C'est le groupe le plus parfait. Ces hommes ne poursuivent le bien ni par crainte des peines, ni par espoir du profit. Mais, quelque mal qu'ils éprouvent à se conduire de la sorte — tu t'étonneras, je le sais bien, de m'entendre dire la vérité — ils aiment mieux le subir que de gagner les faveurs de qui que ce soit au prix d'une conduite non agréable à Dieu. C'est ce qui leur vaut leur filiation. Les biens terrestres, ils ne les estiment pas dignes de souci', sauf en cas d'extrême nécessité. Mais songer au ciel et aux affaires de là-bas, tout en vivant dans un corps, montre que chez ceux qui choisissent d'agir ainsi, les passions sont mortes. Ils ont toujours devant leurs yeux le Dieu qui les a blessés3 : blessés d'un amour à la folie pour lui, ils pensent à lui toujours et méprisent les choses de la terre. Ils se façonnent sur lui autant qu'il leur est possible, afin, je pense, d'attirer à eux le modèle par leur ressemblance avec lui, bien que le Divin soit impassible et que petite et ténue soit la ressemblance avec lui des hommes les meilleurs, par l'opération de la grâce la plus grande.

    21. a. "Il apparaît donc — je parlerai maintenant brièvement — que les uns, par crainte, demeurent dans les limites déterminées : ce sont des serviteurs et rien de plus. Les autres ne refusent pas d'accomplir les œuvres des serviteurs ; ils s'en acquittent donc, poussés par l'espoir du salaire : ils sont assurément bons et raisonnables, ils échangent les biens périssables contre les biens éternels ; mais ils ne sont point des fils et ne sont donc pas dignes non plus de la filiation. Les autres enfin nourrissent en outre l'ambition de dépasser tous ceux-là en tout ; ils essayent, en plus des commandements, de garder avec soin les conseils et de tourner les regards vers la vie du Maître, absolument comme vers un modèle : ceux-là seuls seront les véritables disciples et amis' ; ils seront inscrits par la grâce divine dans le chœur des fils. Ceux qui ont fait preuve d'une telle ardeur, accompli de telles œuvres, qui ont connu Dieu vraiment et tenu leur âme toujours tournée vers lui tout entière, obtiennent naturellement cette faveur et au-delà de leur attentez. 
    b. "Certes les biens d'en-haut dépassent dans une large mesure le désir des hommes. Ineffables sont la gloire, la jouissance et la lumière que (Dieu) donne à ceux qui l'aiment, à présent dans la mesure du possible, mais dans le siècle à venir avec plus d'éclat et de pureté. Quelles sont la grandeur et la qualité de cette félicité, ' nulle oreille ne l'a entendu, nul œil ne l'a vu ', l'esprit est incapable d'y tendre même en s'y efforçant'. Seuls le comprendront ceux qui y participeront alors. Quant aux meilleurs parmi les hommes ici-bas, ils se représentent la béatitude ' comme dans un miroir, d'une manière confuses ', dit un homme de Dieu 6 ; l'excellence de cette jouissance, ils la conjecturent d'après les choses présentes ; ils y volent par l'âme, chacun selon la mesure de son amour pour le Maître. Car c'est à la mesure de l'amour que seront répartis les dons divins. 
    c. "Quel peut donc être ce don de Dieu qui, même entrevu obscurément, nous attire à lui assez fortement pour nous persuader de faire peu de cas de la vie et de tenir ses biens, ses agréments et ses côtés enviables pour simple bagatelle au regard de luit ? Il me serait fort aisé, si je le désirais, d'allonger encore cette apologie, de présenter des développements meilleurs et en plus grande abondance. Mais c'est assez, je pense, de ce qui a été dit. Il est franchement superflu pour un foulon de venir jusqu'à l'Euphrate et au Tigre, quand il s'est servi de fontaines qui suffisent à son dessein ; d'autant plus que ce dont la précellence est médiocre requiert beaucoup de discours pour la confirmation et l'illustration de sa supériorité. Au contraire ce dont le triomphe est total en requiert peu, si ce n'est (pour convaincre) certaines personnes grossières ou qui ne veulent pas bien voir la splendeur des choses éclatantes. 
    d. "Si vous demeurez d'accord, nous sommes arrivés au but recherché ; sinon, voyez comment vous répondrez à mon développement."

    Le Perse 
    22. a. — "Il serait trop long, dit le Perse, de répondre à ce développement. Ce que tu as dit a été estimé bon par tous, à n'examiner que le discours seul ; mais confronté avec d'autres considérations, je ne sais s'il paraîtrait tel. 
    b. "Il nous reste encore à examiner les Lois elles-mêmes, comme il a été convenu entre nous dès le début. Ce que j'ai dit de notre Loi ne paraîtra pas, je pense, paroles de vantard."

    Le Basileus 
    23. a. — "Pourquoi, dis-je, te semble-t-il que ce qui a été dit ne concerne pas les deux Lois ? Est-ce que la puissance de l'une et de l'autre Loi n'est pas devenue par là manifeste ? Ou plutôt la force de la nôtre et la débilité, la vanité et l'infirmité de l'autre ? Tu veux encore, à ce qu'il parait, entendre prouver que ta Loi n'a rien de bon. Cela se produira nécessairement lorsque, l'ayant tirée au clair, tu l'auras comparée à celle qui ne lui est semblable en rien. — A la plaine lydienne ! comme on dit. 
    b. "C'est donc à toi d'expliquer le premier ceci : comment est-il vrai, à ce que tu affirmes, que la Loi de Mahomet s'accorde avec la nôtre ? Qu'a-t-elle de commun avec elle ? De quelle manière la complète-t-elle ? Comment, en occupant le juste milieu, est-elle meilleure qu'elle, comme celle-ci est meilleure que l'ancienne ? Pour moi, c'est tout le contraire que je vois. Tu t'abuses : ta Loi s'oppose indubitablement à la nôtre et se rapproche de celle de Moïse. Tu as donné dans ces erreurs malgré toi, emporté par la difficulté du discours. 
    c. "Parle, explique-moi, j'écouterai et apprendrai avec beaucoup de plaisir. Ce faisant, tu te libéreras des blâmes et tu recueilleras des louanges non négligeables. C'est là en effet que se situe presque tout le nœud de l'argument. 
    d. "Mais tu n'y réussiras pas. Même si Mahomet s'accorde quelque peu avec la Loi du Christ, il n'en résulte pas immédiatement qu'il porte vraiment et clairement secours à cette Loi. Celui qui vient en aide et porte vraiment secours, c'est non point celui qui, tout en favorisant telle partie, ne cesse pas de combattre telle autre, mais c'est celui qui a le dessein de faire pleinement de l'homme qu'il aide un athlète couronné, et de ne rien négliger, si possible, des moyens qui mènent à ce but. Si quelqu'un te louait et qu'aussitôt il te couvrît d'outrages, tu ne l'inscrirais pas parmi ceux qui veulent ta prospérité, je pense. Tu le considérerais plutôt comme hostile à toi et le rangerais dans la liste de tes ennemis."

    Le Perse 
    24. a. — "Eh bien 1 dit le Perse, Mahomet ne prodigue-t-il pas défense et soutien à votre Loi, si, la prenant pour ainsi dire par la main, il soulève le fardeau (de votre Loi)1 ?"

    Le Basileus 
    b. — "S'il le soulève, dis-je, il apporte tout à fait de l'aide. Mais tu le dis toujours et ne le prouves jamais."

    Les Perses 
    c. Alors quelques-uns parmi les assistants, qui étaient du parti du Perse, dirent : "Montre toi-même le contraire."

    Le Basileus 
    25. a. — "Fort bien ! M'exclamai-je. Ainsi donc, quand vous devriez vous-mêmes prouver la vérité de vos déclarations par des syllogismes valides, voilà que, à peine le Mudarris s'est-il avancé, vous m'ordonnez à moi, au mépris de l'ordre, de remonter le courant et épargnez par là celui qui y est engagé. Combien cela est plaisant, c'est clair. Je ne devrais donc nullement céder, mais vous amener par force au comportement normal. Toutefois puisque la joute que vous me proposez n'est pas pénible, je l'accepterai avec joie'. 
    2. Il est plus aisé d'objecter que d'apporter une preuve positive. Manuel se charge du rôle le plus difficile. Il ne trouve cependant pas la joute pénible. 
    b. "Je montrerai que votre Loi, outre qu'elle n'apporte aucune aide à la Loi du Christ, la combat clairement. D'abord j'exposerai le tout en quelques mots choisis entre beaucoup ; ensuite j'essayerai de démontrer la thèse. 
    26. a. "Si vraiment Mahomet, quel qu'il ait été jadis — je ne soumettrai pas ici sa vie à l'examen, ni ne m'occuperai de sa Loi, ni non plus ne désire passer au crible sa conduite' — par ce qu'il a dit et réglementé, a donné la Loi selon toi la plus parfaite et paraît porter à son accomplissement la Loi du Christ — je reprends vos mots — comme le Christ a porté à son accomplissement celle de Moïse et cela avec raison — c'est encore toi qui l'as dit — alors Mahomet (dis-je), est tout bon, tout utile et tout parfait. On doit le proclamer ministre de la vérité, prophète aussi, si tu veux, et tout ce qu'il te paraîtrait bon et agréable de lui décerner en fait de titres qui ne dépassent pas la créature. Si, d'autre part, il décerne au Christ les meilleurs éloges et le place au-delà de toute créature', déclarant fortement le glorifier comme esprit et verbe et âme de Dieu', mais que, en fait, à savoir dans sa Loi et ses enseignements, il brouille tout et renverse tout, portant sans aucun doute des lois opposées à celles du Christ et accomplissant des actions contraires à ses déclarations, moi alors je me tairai. 
    b. "Il n'est pas nécessaire, je pense, de s'attarder là où les choses parlent presque d'elles-mêmes et confirment avec éclat mes paroles. Tu sauras ce que tu as à faire, tu feras ce qui convient à ton intelligence et à ta vieillesse. C'est le propre, je pense, d'un homme sage, tel que toi, d'appuyer ceux qui s'accordent avec lui sur la vérité et de combattre ceux qui la combattent. Mais il convient de poursuivre l'examen de la question.

    27. a. "Les articles de l'ancienne Loi que le Sauveur a pour ainsi dire abrogés en les transformant de fort épais et de corporels en plus divins et en spirituels, Mahomet, lui, les a retenus. Ainsi, fort clairement, il abolit notre Loi. Or donc, ô Mahomet, si tu fais mal de les reprendre, tu n'es pas bon ; si tu fais bien, comment alors le Christ, que tu n'arrêtes pas de louer, serait-il bon, s'il a mal fait de les abolir ? Que Mahomet, pris de honte, se retire de devant nous. Mais c'est avec vous qu'il faut discuter. 
    b. "Il est facile de constater qu'il fait donc revivre à sa guise les prescriptions de l'ancienne Loi qui avaient pour ainsi dire vieilli. Il faut citer ces prescriptions. La Loi de Moïse ordonne de s'abstenir de certains aliments — je veux parler des aliments impurs — et surtout de la viande de porc. Elle permet d'épouser à la fois plusieurs femmes; elle permet aussi que la même femme soit épousée successivement par plusieurs frères', si son mari meurt sans avoir d'enfants. Elle accorde même à ceux qui le veulent de répudier leurs femmes. A qui arrache une dent, elle impose de subir le même tort; elle ordonne de crever oeil pour oeil, et d'autres pratiques semblables. 
    c. "Ces prescriptions, Mahomet vous les donne en guise de Loi. Ou plutôt les ayant honteusement dérobées, il les présente comme étant les siennes. Bref, pour ne pas trop prolonger le discours, la Loi la plus récente suit totalement la plus vieille. S'il en est ainsi, on ne saurait en toute rigueur appeler Loi la vôtre, ni du moins la comparer à celles qui l'ont précédée. Je vais donc me mettre à craindre, puisque la nécessité s'impose de la comparer avec les deux autres Lois et surtout avec la nôtre. Il me pardonnera bien, à moi qui supporte, en vue d'une fin tout à fait bonne, qu'ait lieu cette chose terrible, Celui qui a été crucifié pour le salut des hommes au milieu des larrons, le sage et l'insolent.

    28. a. "Je parlerai maintenant d'une manière concise et claire. Si dans les points principaux, la Loi la plus récente est identique pour ainsi dire à la plus ancienne, et si Mahomet reconnaît que la Loi du Christ est meilleure que celle-ci, il montre par là — cela lui a échappé — qu'elle est aussi meilleure que la sienne. Les choses apparentées sont en tous points susceptibles des mêmes jugements. 
    b. "Il faut en dire autant au sujet des points cités un peu plus haut. Ce n'est pas, je pense, un sujet de reproche que de reprendre les mêmes paroles, quand quelque affaire pousse à réfléchir sur les mêmes sujets. 
    c. "Le Christ a donc pris dans l'Écriture — je parle de l'ancienne Loi — certains articles et les a enrichis d'un sens élevé, digne d'une Loi céleste, puis il nous les a donnés. Il les a menés à leur perfection, eux qui souffraient de lacunes. Car il n'est ' pas venu abolir la Loi mais l'accomplir' '. D'un autre point de vue, il les a abrogés, puisqu'il n'a pas permis de les comprendre comme auparavant'. Or ce que le Sauveur a nettement abrogé, Mahomet, lui, l'a ressuscité et rétabli à sa guise pour ses disciples et lui a fait occuper chez vous la première place. Il est donc clair pour tous qu'il est en accord et en harmonie avec la Loi de Moïse, qu'il jugeait imparfaite et servant d'introduction. Quant à notre Loi, il lui est opposé, lui qui se vantait de lui prêter concours et défense. Qu'en dites-vous, n'en est-il pas ainsi ? Tous l'avoueraient sans doute et même vous, si vous vouliez vous attacher à la vérité'. 
    d. "Si donc il est convaincu d'avoir détruit à sa guise la Loi qu'il admire en paroles, et d'être d'accord avec celle dont il recommande de s'éloigner, est-il besoin de te fournir plus de preuves encore pour t'apprendre que c'est un imposteur' ? 
    e. "Au demeurant il n'est pas purement et simplement en accord avec la Loi de Moïse. Et si nous l'avons dit, c'est qu'il y avait besoin de le dire. Mais que parlé-je d'accord, quand il n'arrête pas de l'outrager ? On voit qu'il le fait de beaucoup d'autres manières, et spécialement lorsqu'il se préfère à elle. Mais surtout il ne se corrige pas de cette insulte, car il s'approprie la plupart des prescriptions de l'autre, et il y en a même qu'il corrompt. Tels les voleurs de chevaux et de boeufs : ils leur tranchent les oreilles,  tondent le poil, changent les empreintes et ils les marquent de signes ; bref, ils leur prêtent un faux signalement. 
      
    29. a. "Que t'en semble ? N'est-ce point assez pour convaincre d'erreur ton opinion — j'entends celle qui concerne ton législateur et ta Loi ? Car ce pour quoi tu pensais vénérer convenablement la Loi plus ancienne aboutit pour toi à l'opposé, et ce pour quoi tu pensais exalter celui qui l'a donnée, cela même sert plutôt à l'abaisser. "Mais, ô toi qui as pillé les prescriptions les plus légères de la Loi et dérobé aussi quelques-unes des nôtres - car tu as été convaincu d'avoir non institué mais volé ce que tu as affirmé avoir appris de Dieu — tu aurais dû, gardant bien ton rôle, ne pas t'abstenir de vols plus considérables, mais prendre dans les deux Lois les choses vraiment élevées qui transforment l'âme et l'élèvent vers place propre. 
    "Mais en réalité, tu n'as rien entrepris dans ce sens. Tu as su que cela était au-dessus de toi et de ta force. Tu t'es donc livré tout entier aux prescriptions plus légères, pour ainsi dire. Et cela est naturel. Un pillard ou un perceur se laisse emporter à la fois par l'impatience et l'élan oratoire : on en aura des preuves dans les quelques pages qui suivent.

    ***/***
    de mur doué d'une force débile, s'il trouve des vases d'or très lourds, n'essayera même pas de les remuer : la vigueur de son corps n'est point proportionnée au poids des vases qu'il convoite. Ceux qu'il peut porter, il les emporte et s'en va, même s'ils sont faits d'une matière plus vile. 
    d. "Tel est ton cas, même si tu as pris grand soin de rajuster ta fraude et d'arranger les fruits de ton vol. La charge que tu as emportée ne te fera réaliser qu'un gain médiocre. En effet, tirer des Lois certains points et les donner à tes partisans comme tiens propres, cela est une supériorité accessible à tout homme qui le voudrait. Même si tu as ajouté quelque chose de ton cru, cela a paru, en raison de ses défauts, comme une souillure dans un beau visages. 
    e. "Donc, les prescriptions qui sont proportionnées à ta force, tu les as assurément volées et cela dans l'une et l'autre Lois. Celles qui en elles sont plus lourdes et requièrent des hommes, tu les as laissées à porter à ceux qui sont les proches de Moïse et dont tu t'es beaucoup éloigné."

    30. a. Ayant ainsi parlé, je sollicitai leur jugement. — "A vous, dis-je, de prononcer la sentence." Eux, ils demandaient un délai, promettant de le faire le lendemain. Mais moi, j'insistais, ne leur laissant point de répit. Bien en vain auraient-ils tenté de différer.

    Le Perse 
    31. a. -- "Sans mentir, dit le Perse, j'avouerai qu'on n'a pas facilement de quoi répondre aux nombreux que tu as produits contre nous, à moins d'insister et de dire que notre Loi aide aussi pour sa part les deux autres Lois qui l'ont précédée, en empruntant par moitié à la plus ancienne sa facilité et à la plus récente sa difficulté, et en établissant de la sorte avec raison la règle qui est à la fois saine et susceptible d'être observée très aisément. 
    b. "Considérons cela à présent, si tu veux, avec plus de soin. Je sais bien que tu seras tout de suite d'accord avec nous et admettras que notre Loi occupe la place la plus élevée."

    Le Basileus 
    32. a. Ces paroles me remplirent de surprise. Je dis donc : — "Je ne sais ce qu'il faut faire. Je crains d'avoir l'air de verser de l'eau dans un tonneau percé'. Je ne mettrai jamais un terme à mes peines, si tu retournes constamment aux mêmes choses. Je pense qu'il te faut, à toi qui t'exposes pour défendre l'opinion de tes pères, reconnaître tes prises de position dès le débute. Si tu tentes d'échapper à toute force aux réfutations, il convient simplement de ne pas discuter du tout. Mais d'autre part j'estime qu'il convient de céder à ta volonté. Eh bien ! passons encore autant de temps que tu veux à discourir au sujet des Lois. 
    b. "Or donc, explique-moi : Comment est-elle meilleure que l'ancienne Loi, la tienne qui a été convaincue avec éclat de tenir d'elle ses titres à être estimée par vous comme Loi ? Comment occupe-t-elle le juste milieu ? Tu faisais grand cas de cette situation, car c'est par là qu'elle aurait même dépassé la Loi du Christ, à laquelle il n'est nullement juste de la comparer — car cela n'est pas convenable, ni admissible, c'est plutôt un outrage. Et de quelle manière convainc-t-elle clairement les deux autres de ne point recommander la mesure — j'emploie vos mots — elle qui n'entend rien à la mesure et qui le cède sans mesure, comme il a été démontré, à la Loi de Moïse' ? Or cette Loi (de Moïse), il est nécessaire de la tenir pour aussi inférieure à la Loi du Christ que l'est Moïse au Christ. Quelle est cette admirable règle que Mahomet a établie avec bonheur, qui est saine et susceptible d'être accomplie très aisément ? A quel titre dis-tu que ta Loi s'est élevée au sommet, du fait qu'elle a évité les excès, qu'elle est parvenue au sommet de la perfection comme par degrés ? 
    c. "Mahomet a dérobé certains points des deux autres Lois, les a liés ensemble avec grande ignorance et les a déclarés non point Loi à la vérité, à en considérer attentivement le contenu, mais quelque chose d'autre, de bigarré et de désordonné. 
    d. "Montre donc que tes affirmations sont valables. Si cela plaît à l'un des tiens, qu'il se mette à se défendre avec les forfanteries que tu as proférées au sujet de ta Loi. Mais si cela ne vous est pas possible, je vous montrerai, moi, où est, selon nous, la vérité."

    Le Perse 
    e. — "En attendant, explique toi-même, dit le Perse, ce que tu voudrais dire."

    Le Basileus 
    33. a. Je dis donc : — "Ce Mahomet nourrissait l'ambition de paraître le plus grand des législateurs, mais il ne l'a nullement paru par ses œuvres. Comme il a été dit, il a emprunté tous les principes et les fondements soit à la Loi de Moïse soit à la nôtre. Ainsi donc, soit la circoncision, soit l'abstinence des aliments et les autres prescriptions de même nature perfectionnent l'homme qui est selon Dieu, grâce à Moïse qui les a instituées ; ou plutôt elles sont bonnes pour des enfants et sont devenues comme superflues, grâce au Christ qui, à leur place, a établi les prescriptions qui conviennent à des adultes selon Dieu. 
    b. "Toutefois, si la circoncision et toutes les choses que Mahomet a dérobées des prescriptions de la Loi étaient bonnes et parfaites, la Loi du Sauveur n'est donc pas bonne, qui a voulu les abolir et les a toutes supprimées en son temps et remplacées par d'autres. Mais si le Sauveur a bien fait — comme toi-même le confesses avec raison —en les transformant en mieux, celui qui tente de les ramener à ce qu'elles étaient auparavant, est évidemment le fléau des choses bonnes. De deux choses l'une : ou il apparaîtra en proie à la déraison et à l'égarement, ou il semblera s'être fait un métier de tromper les naïfs.

    34. a. "Que la Loi de Moïse fût imparfaite, toi-même tu l'as dit plusieurs fois. Si donc la Loi est imparfaite, le sont également ses parties. Et si la circonsision et les autres points que nous avons cités plus haut constituent des parties de la Loi, ils sont imparfaits et ne sauraient rendre parfait. Par conséquent le Sauveur est bon, lui qui a ajouté des choses parfaites et capables de rendre parfait. Celui qui entend les supprimer, est au contraire mauvais. b. "Si en effet le Sauveur, en ajoutant à l'ancienne Loi, comme à une peinture, les couleurs qu'il fallait, lui a accordé la perfection, que diras-tu de celui qui essaye de les effacer et de gâter la beauté du tableau ? Je sais bien que tu ne dirais rien de lui et de son action. Tu préféreras te taire, car tu n'as pas d'autre choix que le mensonge, ou quelque prétexte futile comportant un blâme à l'adresse de ton prophète. Ce qu'un autre aurait dit à bon droit en s'adressant à cet homme, c'est qu'il l'aurait appelé ouvertement un fléau, parce qu'il détruit au gré de sa fantaisie des bourgeons qui vont porter un fruit d'immortalité.

    35. a. "Je veux maintenant réfuter ta prétention d'attribuer le rang le plus élevé à la Loi de Mahomet. Je parlerai à présent d'une façon concise et simple. 
    b. "D'abord est venue la Loi de Moïse, que tu estimes imparfaite. Elle a institué par écrit la circoncision et tout ce que ta Loi y a puisé — car il n'est pas nécessaire de parler des autres points où elle diffère de celle de Moïse. Ensuite sont venus le baptême, le chrême et nos sacrements, et une Loi meilleure et plus parfaite que la première — c'est toujours toi qui l'accordes. Enfin de nouveau la circoncision et presque toutes les prescriptions de la première Loi. 
    c. "Si tel est le cas, est-ce que tu appelles cela un progrès ? Est-ce là de l'ordre et de la bonne organisation ? Nullement, n'est-ce pas ? Aller de la circoncision à la circoncision, comme qui tourne en cercle, et des choses les plus élevées redescendre aux plus basses, et venir après cela nous disputer de la sorte le rang le plus élevé, cela ne signifie pour tout homme, je pense, rien de plus que s'escrimer à des choses vaines. 
    d. "Ainsi donc, considère le terme auquel a abouti ton zèle pour ta Loi et prononce toi-même le juste jugements."

    36. a. Il s'éleva dès lors entre eux une grande et ardente discussion. Ils disputaient entre eux, je pense, sur mes propos, et ils conversaient en langue perse. Ils avaient coutume de faire cela, toutes les fois qu'ils voulaient dissimuler leur pensée aux interprètes. 
    b. Ensuite, comme ils ne se mettaient naturellement pas d'accord et craignaient de paraître impolis pour avoir passé une si grande partie de la nuit à converser entre eux, ils jugèrent qu'on devait se retirer. Même celui qui ne semblait pas en avoir assez de nos développements) — car il nous aurait retenus à converser des nuits entières si cela lui avait été loisible -- acculé alors par la force de mes raisons, prit un air de douceur et se tourna vers nous :

    Le Perse 
    37. a.  Il convient, dit-il, de ne point s'acharner fort tard dans la nuit. Je vois ton corps rompu de froid et de fatigue, car tu passes à la chasse cette saison d'hiver. Chasser avec mesure est bon ; autrement, c'est le contraire. Fâcheux en tout est l'excès. Mais si notre chef actuel dédaigne maintenant la mesure sur ce point, comme il le fait sur presque tous les autres'', il recevra sans doute des imprécations, même de la part de ceux qui sont passionnés de la chasse."

    Le Basileus 
    b. Il recommandait donc de cesser alors l'entretien et de nous réunir comme à l'accoutumée au lever du soleil. Moi, pour éviter d'être impoli et d'étaler au grand jour leur dérobade, j'affirmai que la mesure est la meilleure des choses, et je me levai. Nous nous séparâmes tous pour aller nous coucher. 


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  • -1- Abu Qurrah dit : Tandis que j'étais, en compagnie d'autres chrétiens, au Tombeau du Christ notre Dieu[1], je fus approché par un musulman accompagné de plusieurs de ses amis. Ce sont eux qui, s'adressant à notre groupe, nous dirent : "Notre ami va vous poser une question par laquelle il vous obligera à abandonner le christianisme."

    -2- Nous répondîmes : "Quelle est la question ?"

    Il dit : "Le Christ n'est-il pas votre Dieu ?"

    Nous : "Oui."

    Il dit : "Dites-nous, était-ce ou non en accord avec sa volonté que les juifs l'ont crucifié ?"

    -3- Je lui dis : "Si nous disons que c'était en accord avec sa volonté, tu nous diras alors qu'ils n'ont commis aucune offense. Mais si par contre nous disons que ce n'était pas en accord avec sa volonté, tu nous diras que dans ce cas il était faible, et ne pouvait par conséquent pas être un dieu."

    Il répondit : "C'est exact ! Tu as bien compris la conclusion logique en ce qui vous concerne : vous ne pouvez pas y échapper. Et cela détruit votre religion."

    -4- Je dis alors à ses amis : "Pouvez-vous attester que votre ami considère ce raisonnement comme valide ?"

    Ils répondirent : "Nous l'attestons !"

    -5- Alors, je lui dis : "Ton raisonnement fonctionne contre toi, et non contre nous. N'hésite pas à me contredire si tu n'es pas d'accord, mais n'affirmez-vous pas que nous inventons des mensonges contre Dieu ?"

    Il dit : "Oui, les mensonges les plus abominables !"[2]

    -6- Je dis : "Est-ce ou non en accord avec sa volonté que nous inventons ces mensonges contre lui ? Si tu dis que c'est en accord avec sa volonté, alors nous ne commettons aucune offense. Si tu dis que c'est contre sa volonté, alors, c'est que ton Dieu est faible. Apprécie-donc ce que ton raisonnement t'a coûté !"

    -7- Ses amis dirent : "Par Dieu, quelle honte pour notre ami !"

    -8- Ils me dirent : "En ce qui concerne notre ami, tu lui as véritablement cloué le bec avec son propre raisonnement. Maintenant, dis-nous comment tu sors de cette impasse ?"

    Je répondis à celui qui me questionnait : "Dis-moi, lorsque vous menez une attaque contre les territoires des Roumis[3], ton désir n'est-il pas de souffrir en martyr dans la voie de Dieu dans la mesure où - selon ce que vous dites - cela vous conduit au paradis ?"[4]

    Il répondit : "Oui."

    -9- Je lui dis alors : "Imagine que toi et ton frère - je veux dire, ayant même père et mère[5] - ce frère que tu aimes plus que qui que ce soit d'autre, vous preniez part ensemble à une attaque, avec précisément cet objectif et qu'un roumi tue ton frère durant la bataille. Que ferais-tu à ce roumi si tu l'avais à ta merci ?"

    Il dit : "Je le tuerais !"

    Je lui répondis : "Que tu es un homme cruel, puisque tu voudrais tuer quelqu'un qui a réalisé le plus grand désir de ton frère!"

    -10- Il resta songeur à ce propos pendant un moment, puis parla comme suit : "Lorsque le roumi a tué mon frère, il ne cherchait pas à agir en accord avec ses désirs. La seule chose qu'il voulait, c'est de le détruire. C'est pourquoi le châtiment que je lui dois est en fonction de ce qu'il voulait, et de ce qu'il a fait à mon frère, quand bien même son acte aurait coïncidé avec les désirs de mon frère."

    -11- Je lui dis alors : "Sois donc logique, et reconnais que quand les juifs ont crucifié le Christ, ils ne cherchaient pas à agir en accord avec ses désirs. En fait, ils voulaient seulement le détruire, quand bien même ce qu'ils faisaient était en accord avec sa volonté. C'est pourquoi, ils seront châtiés pour la cruauté de ce qu'ils voulaient faire, indépendamment du fait que la volonté du Christ a été accomplie à travers ce qu'ils lui ont fait."

    -12- Tous ses amis s'écrièrent alors : "Par Dieu, il nous a vaincu ! Jamais nous n'aurions pensé qu'il nous répondrait de cette manière !" C'est assez pour cela.

    -13- Et encore, Abu Qurrah leur dit : "Imagine que tu souffre d'un ulcère dont la douleur intolérable te saisisse jusqu'au cœur, au point de t'amener à désirez la mort. -14- Moi, je suis ton ennemi, et le gouverneur t'a placé à ma merci par ces mots : frappe-le un coup, de ta propre main, à quelque endroit de son corps que tu souhaites. -15- Souhaitant que la douleur, causée par mon coup, atteigne ton cœur et te tue, je frappe précisément sur l'ulcère ; mais le résultat, c'est que se perçant, l'ulcère laisse s'écouler ce qui à l'intérieur te causait cette douleur, de sorte que tu es guéri. -16- Dis-moi. Si, après cela, c'est moi qui suis à ta merci, ne me tuerais-tu pas - si tu en as la possibilité - pour me punir d'avoir voulu te tuer, même si c'est par ma main que ta guérison est advenue ?"

    Il dit : "Oui."

    -17- Je dis : "C'est de cette manière que le Christ a été crucifié ; et il y a de nombreux autres exemples semblables pour confirmer ce que je dis."

    -18- Ils dirent alors : "Tu as raison, et tu nous as convaincu."

    Puis ils partirent.

     


    [1] Le "Tombeau du Christ" : Il s'agit de la grande basilique de Jérusalem, édifiée entre 325 et 335 sur ordre de l'empereur Constantin, appelée "Anastasis" (Résurrection) par les grecs, et "Saint Sépulcre" par les latins. Cette basilique englobe trois "lieux" liés à la Passion du Christ : le Golgotha où Jésus fut crucifié, le Tombeau où son corps fut déposé et dont il sortit ressuscité et le Fossé où, selon la tradition, la Croix fut retrouvée par Ste Hélène en 326. Quoique son utilisation par les chrétiens ait été garantie par les autorités musulmanes après la prise de Jérusalem par les troupes d'Omar en 638, son accès est contrôlé par les musulmans et soumis à paiement d'un droit d'entrée.

    Nous avons donc là un témoignage de la présence d'Abu Qurrah à Jérusalem.

    [2] "Vous affirmez que nous inventons des mensonges contre Dieu : Selon l'islam, le plus grand blasphème possible consiste à "associer" des divinités à "Allah". Ainsi lit-on dans le Coran (5.72-73) Quiconque associe d'autres dieux à Dieu, Dieu lui interdira le Jardin. Ceux qui disent " Dieu est un des trois dans la trinité " blasphèment; car il n'y a pas de Dieu si ce n'est le Dieu Unique. Les chrétiens – qui confessent que Dieu est par nature "Père, Fils et Saint-Esprit" – sont considérés comme "donnant des associés" à Dieu. Il est par ailleurs à noter que la manière dont la Trinité est perçue dans le Coran est assez… curieuse. En effet, on lit dans le Coran (5.116) cette question posée par Allah : Jésus, fils de Marie, as tu dit aux hommes: prenez moi et ma mère à coté de Dieu ?, à quoi "Jésus" répond bien sûr par la négative. Sur le reproche de blasphémer, voir aussi Coran 3.94, 6.21, 6.93, 6.144…

    Dans le "dialogue en présence d'Al-Mamoun", le reproche fait est clairement celui-là.

    [3] "Une attaque contre les territoires des Roumis" : Au IXe siècle, ce que l'on appelle aujourd'hui "Empire byzantin" s'appelait encore "Empire romain", même si sa capitale était Constantinople. Les habitants de cet Empire romain étaient donc des "romains", ou, selon la forme arabisée, des "roumis". L'Empire romain étant chrétien, le terme "roumi" désignait aussi les chrétiens.

    [4] "Cela vous conduit au paradis" : L'islam enseigne que ceux qui meurent pour la défense de la foi enseignée dans le Coran sont des "shahid", c'est à dire des martyrs. En arabe, le même terme est employé pour les martyrs chrétiens et musulmans, toutefois, une différence de taille différencie le martyr musulman du martyr chrétien : si ce dernier se laisse dépouiller de la vie pour ne pas renier le Christ, dans l'islam le titre de "martyr" (shahid) est décerné au combattant musulman qui meurt au combat. A ceux-là, le Coran (VI. 74) annonce "Que ceux qui veulent échanger la vie présente contre celle de l'au-delà combattent dans le chemin de Dieu ! Qu'ils succombent ou qu'ils soient vainqueurs, Nous leur accorderons une généreuse récompense." Notons aussi que, quoique cette réflexion soit anachronique, les djihadistes qui meurent dans des attentats-suicides sont aussi considérés comme "shahid".

    [5] "Ayant même père et mère". Cette précision est une allusion à la polygamie existant dans le monde musulman, allusion qui se retrouve dans le "fragment sur le libre arbitre" mais disparaît dans la traduction grecque. Par ailleurs, concernant la polygamie, voir DJ 7

     


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    La Divine et Sainte Liturgie de St Jean Chrysostome bilingue, arabe français


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  • Il y a quelques temps, j'ai reçu une demande inhabituelle : pourrai-je (à l'intention d'un catéchumène adulte, syrien d'origine) trouver une version bilingue Arabe- Français de la Divine Liturgie de St Jean Chrysostome,.

    Un premier coup d'oeil à internet me laissa désemparé : pas moyen de dénicher quelque chose qui y ressemblât.

    Sans doute fallait-il composer soi-même le document. Bon, pour une traduction française,cela ne pose guère de problème. Mais où dénicher le texte arabe de la Divine Liturgie ?

    Je décidais donc de recourir à certains de mes contacts, spécialistes du christianisme de langue arabe.

    Très vite les informations affluèrent, de sorte que je suis maintenant en mesure de signalerun site qui donne une traduction en arabe de la Divine Liturgie en ligne .

    Pour rendre la chose plus pratique, j'en ai préparé un pdf que j'ai placé sur Archive

     

    Mais leur bienveillance ne s'est pas arrêtée là, et grâce à eux je suis en mesure de vous proposer deux authentiques éditions bilingues, qui ont été numérisées tout exprès, afin de rendre service.

    *

    *  *

    D'une part, édité par le Patriarcat orthodoxe d'Antioche (et ayant transité en Grande Bretagne, puis en Roumanie) une édition orthodoxe de cette Liturgie :

    La Divine et Sainte Liturgie de St Jean Chrysostome bilingue, arabe français, sur Archive

    En fait, ce document a été édité en quatre langues (arabe, français, anglais et allemand), et je l'ai aussi placé sur Archive de cette manière (mais comme il est assez volumineux, j'ai préféré offrir le "bilingue" en plus).

    *

    *  *

    Mais il n'y a pas que les Orthodoxes à célébrer avec cette Liturgie ; il y a aussi les Melkites, c'est à dire des chrétiens orientaux rattachés à Rome (rappelez-vous ce petit billet).

    Pour eux, et en provenance directe de l'éparchie grecque catholique de Beyrouth, un livret de la Divine Liturgie, publié en 1970.

    La Messe de St Jean Chrysostome bilingue, arabe français, sur Archive

     

     

    Dans tous les cas, le texte ne contient pas l'office de la Proscomidie (qui concerne le clergé seul) et commence à la Liturgie des catéchumènes.

    Rappelons enfin que les usages liturgiques varient selon les "Langues" : on trouve chez les Russes des prières inconnues des Grecs, ou qui sont placées différemment... Il en est aussi de même dans l'usage Arabe : il n'y a donc pas lieu de s'affoler si l'on décèles des "différences" d'avec le détail du texte suivi dans votre paroisse...


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  •  Histoire d'Abraham le Syrien 

    Patriarche Copte d'Alexandrie

    Traduction par L. Leroy

    publiée dans la Revue de l'Orient Chrétien

    vol.14 (1909) pp. 380-400 et vol 15 (1910) pp. 26-41.

    Basée sur le manuscrit Karshuni Paris Syr. 65.

     

    Introduction :

    Le texte présenté ici est basé sur le récit que l'on trouve dans "L'Histoire des patriarches Coptes d'Alexandrie", mais très nettement amplifié, de sorte que si l'on ne saurait garantir l'authenticité de tous les détails de "L'Histoire des patriarches...", nous sommes par contre ici clairement dans le roman pieux*. Pour autant, quoique romancé, ce récit donne un aperçu de l'ambiance, des relations entre chrétiens, juifs et musulmans dans les siècles qui suivirent.

    Le patriarche Abraham le Syrien** n'est guère connu en dehors de "L'Histoire des Patriarches...", et le cordonnier appelé ici Simon n'est pas nommé dans la source***. Quant au calife Al-Muizz li-Dîn Allah, qui régna de 953 à 975, il est bien connu de l'historiographie.

    Il faut comprendre comme pure fiction la conversion de ce calife au christianisme, et son entrée au monastère.

    Notes :

    * Voir à ce propos l'étude "Apologetic Elements in Coptic-Arabic Historiography", sur ce texte et ses évolutions

    **On le trouve sous le nom Ibrahim/Abraham, mais aussi sous le nom Afram (ou Afraham)/Ephrem. Quant au nom de son père, que Leroy nomme Ar'a (ce qui semble être une étrange coquille), il se nommait Zar'a (ou Zur'a).

    *** Voir dans Christian-Muslim Relations vol 3 (CMR3), p 84-88 l'article sur Michael of Damru, auteur de cettepartie de l'Histoire des patriarches.

    *

    *  *

     Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Dieu unique.

    Nous allons avec la grâce de Dieu et sa faveur, exposer la vie du Père saint, vénéré et vertueux Anbâ Ibrahim (Abraham) le Syrien, le 62° patriarche spirituel de la liste des patriarches, appelé aussi Ibn-Ar'a, décédé le sixième jour de Koiakh. C'est de son temps qu'eut lieu le transfert de la montagne, sous le règne de notre souverain Al-Moëz, le premier des califes de l'empire musulman[1].

     Le Père Anba Ibrahim était marchand dans les affaires périssables de ce monde, et il devint marchand pour les précieuses choses spirituelles. Je vais raconter (son histoire) avec la protection du Seigneur, que sa bénédiction soit sur nous. Amen ! Et gloire à Dieu à jamais !

     Il dit : Celui qui éclaire par sa loi les flambeaux des intelligences, qui ouvre par sa doctrine les portes des cœurs, qui nous fait connaître par ses indications les chemins de la vie, qui par ses directions a donné des lois et des constitutions aux chefs des prêtres ; qui a donné une preuve de sa bonté parfaite par l'incarnation de son Verbe ; qui a révélé les mystères ineffables de ses attributs : nous le glorifions à cause de son excellence sans bornes, et nous le remercions pour ces bienfaits dignes de la reconnaissance la plus grande et la plus entière, telle que la langue ne se lasse pas de la redire. Nous le prions de nous rendre dignes d'écouter sa parole divine et de lui plaire par nos actions, par notre docilité et par notre obéissance à nos prélats, selon qu'il nous ordonne d'observer les lois et les canons qui nous ont été donnés par nos pères les Apôtres dans la paix du Seigneur. Amen.

     Mes amis, c'est avec le plus vif intérêt que j'entreprends de vous raconter la vertueuse vie et les actions merveilleuses de notre Père Anbâ Abràm (Abraham) le Syrien, et quelques-uns des prodiges et des miracles que Dieu (louange à lui) a opérés par ses mains, dans la paix du Seigneur. Amen .

    Mes amis, quand le Seigneur Patriarche Anbâ Mina (Mennas),le soixante et unième de la liste de nos Pères les Patriarches, vint à mourir et remit son troupeau au Pasteur des Pasteurs, Notre-Seigneur Jésus-Christ – gloire à Lui ainsi qu'à son Père et à son Esprit vivant et saint ! – le siège (patriarcal) resta vacant. Les évêques du Delta et du Saïd se réunirent avec les scribes de Misr et les prêtres d'Alexandrie. Ils restèrent plusieurs jours sans trouver personne dont l'élévation leur agréât.

     

    I. Présentation du patriarche copte Abraham

    Désignation d'Ibrahim ibn Ar'a comme patriarche

    Or il y avait à Misr un marchand Syrien nommé Ibrahim (Abraham) Ibn-Ar'a. Il faisait d'abondantes aumônes aux veuves, aux pauvres, aux nécessiteux et aux malades. C'était un vieillard dont la longue barbe descendait sur la poitrine comme Abraham l'Ancien. Il était lié avec al-Malek al-Moëz et avec ses soldats par une vive affection, parce qu'il était leur fournisseur et leur intendant. Les principaux personnages de l'Egypte l'aimaient et l'honoraient. On admirait ses grandes vertus et sa charité pour les pauvres ; sa probité, sa science et ses bonnes œuvres étaient bien connues. Un jour tout le peuple s'était réuni à l'église des grands et illustres martyrs Sergius et Bâkhous à Misr, dans le quartier de Kasr al-Djam'a[2]. Les évêques, les prêtres et les notables étaient venus également pour la fête. Ibrahim ben-Ar'a entra à son tour à l'église pour prier. A ce moment un notable fit signe à l'un des évêques et lui dit : "Vous cherchez un homme apte au patriarcat : voici celui qui en est digne. C'est Dieu (qu'il soit béni !) qui nous l'envoie." Les évêques présents entendirent ce propos et l'approuvèrent, sans toutefois laisser paraître leur sentiment. Mais, par la volonté de Dieu, et avec leur agrément, un des notables, ami d'Ibrahim, l'appela sous prétexte de l'entretenir d'une certaine affaire. Puis lorsqu'il fut au milieu d'eux, ils s'écrièrent tout d'une voix : "Voici celui qu'a choisi le Seigneur !" Il poussa un cri, pleura et dit : "Je ne mérite point cette dignité." Ils l'emmenèrent à l'instant et le conduisirent à Alexandrie, où ils le sacrèrent patriarche.

     

    Réformes morales et contestations

    Dès qu'il fut assis sur la chaire de Marc, il distribua toute sa fortune aux couvents, aux pauvres et aux indigents. Il extirpa les mauvaises mœurs dans tout le ressort de son patriarcat. II défendit à tout prélat d'accepter des présents de qui que ce fût pour le promouvoir aux dignités de l'Église et prononça l'anathème contre cet abus. Ensuite il interdit à tout fidèle de prendre des concubines.

    Cette prohibition sembla dure à un grand nombre ; néanmoins les concubinaires. en l'apprenant, craignirent le Dieu Très-Haut et l'anathème du patriarche, et renvoyèrent tous leurs concubines. Ils se présentèrent ensuite au patriarche et firent pénitence en sa présence. Il agréa leur repentir et leur pardonna. Il n'y eut qu'un seul homme qui désobéit. C'était un membre du Divan, qui occupait une haute situation dans le gouvernement. Ce malheureux ne craignit pas Dieu le Très-Haut, ni l'anathème de ce Père. Celui-ci multiplia les exhortations et usa d'une grande patience envers lui ; il lui fit des promesses (?), mais le coupable ne se rendit point et ne craignit pas que Dieu le perdît, bien qu'il vît ce saint vieillard prosterné à terre à ses pieds. Le patriarche ne cessa pas pour cela de l'instruire et de l'exhorter au bien : il s'humilia devant le Christ son Créateur, puis il se rendit à la demeure "du coupable. Quand ce mécréant apprit que le Père venait chez lui, il ferma sa porte, et le Père resta debout au dehors, l'espace de deux heures, frappant à la porte. Mais il ne lui ouvrit point et ne lui adressa pas une parole. Constatant alors que le malheureux préférait sa propre satisfaction à l'obéissance au Christ et qu'il était devenu décidément un membre pourri, le vénérable Père reconnut qu'il n'avait plus rien à se reprocher à cause de lui, et il crut bon de le retrancher du corps de peur qu'il ne corrompît les autres membres. Il laissa donc sa faute retomber sur sa tête et il l'excommunia ; puis il secoua la poussière de sa chaussure sur sa porte souillée. Dieu le Très-Haut fit paraître en cet instant un prodige aux yeux des assistants : le linteau de la maison, qui était en pierre, se cassa en deux. Chose étonnante ! le cœur de ce malheureux ne fut pas fléchi. Mais, dans la suite, Dieu donna en lui un signe éclatant de sa justice ; il devînt si pauvre qu'il ne lui resta plus un seul dirhem ; il perdit sa situation et tomba dans le mépris ; il fut affligé dans son corps par de douloureuses maladies et il subit une mort cruelle après qu'on lui eut coupé la main, sous le règne d'Hakem, servant ainsi d'exemple à tous. Il était souillé de nombreux péchés et son châtiment inspira une grande crainte. Ce fut aussi pendant le pontificat de ce Père, que le calife vint avec sa cour visiter un monastère, bien qu'il fût souverain musulman, et il fut témoin du déplacement de la montagne sur une parole du Père.

    II. Le miracle de la Montagne

    Débat théologique avorté

    Voici comment eut lieu ce prodige : Quand les musulmans eurent conquis le pays d'Egypte, ce furent les califes qui gouvernèrent à la place des anciens souverains, et le pays échut à Al-Malek al-Moëz. Cet Al-Moëz faisait venir à chaque instant le saint Père Anbâ Abràm, et prenait son avis en tout ce qui lui arrivait ; puis il lui demandait sa bénédiction. Il le pria de venir se fixer à Mîsr, car jusqu'à cette époque il résidait dans la ville d'Alexandrie. Le vizir d'Al-Malek al-Moëz était un Juif nommé Yakoub Ibn-Khalis qui était venu de l'Occident avec le calife et avait embrassé l'islamisme par complaisance pour lui. Ce vizir avait pour ami un juif nommé Mousa (Moïse). Il avait reçu de grandes largesses d'Al-Moëz et il était devenu très riche grâce à son amitié avec le vizir. Quand il fut témoin de l'affection du calife pour le vénérable patriarche et des fréquentes visites qu'il lui faisait, il lui porta envie et ourdit contre lui une intrigue. Il dit à Al-Moëz : "Je désire que tu fasses venir ici avec moi le patriarche des chrétiens pour que je discute avec lui en ta présence. Il exposera sa religion et l'expliquera." Le calife ne présenta pas la question de cette manière au patriarche, et ne lui proposa point de discuter avec le Juif ; mais il lui dit : "Si vous voulez faire venir quelqu'un des évêques, vos fils, pour discuter avec le Juif, faites-le." Ils fixèrent donc un jour pour la réunion. Parmi les évêques présents il y avait le saint et vertueux prélat qui occupait le siège d'Al-iskandar (Alexandre) d'Al-Achmounaïn appelé Sâouïrous (Sévère) et surnommé Ibn-Al-Mokaf'a. Il avait été scribe, puis il était devenu évêque. Le Seigneur lui avait accordé la faveur d'une connaissance approfondie de la langue arabe grâce à laquelle il avait écrit un grand nombre de livres, d'homélies et de traités de controverse. Ceux qui ont lu ses livres reconnaissent son talent et sa science profonde. Il avait discuté maintes fois avec les principaux cheikhs musulmans, sur l'ordre d'Al-Malek al-Moëz, et il les avait vaincus par la puissance de Dieu et sa grâce. Le patriarche Anbâ Abrâm le prit avec lui au jour convenu et ils se rendirent au palais. Le juif Mousa y était également avec le vizir Ibn-Khalis. Ils restèrent longtemps assis en silence. Al-Malek Al-Moëz leur dit alors : "Vous ne parlez pas de la question pour laquelle vous êtes réunis." Puis se tournant vers le patriarche, il lui dit : "Que n'ordonnes-tu à ton représentant de dire ce qu'il pense ?" Le patriarche dit alors à l'évêque : "Parle, mon fils, et que Dieu te soit en aide." L'évêque se tournant vers le calife Al-Moëz : "II n'est pas permis, dit-il, d'adresser la parole à un Juif en présence du Commandeur des Croyants." Le Juif répondit : "Tu me fais affront en disant devant le Commandeur des Croyants et son vizir que je suis un infidèle." L'évêque Anbâ Sévère lui répliqua : "Sache, ô Juif, que, lorsque la vérité aura paru aux yeux du Commandeur des Croyants, il ne s'irritera pas." Al-Malek Al-Moëz intervint : "On ne doit pas, dit-il, s'emporter pendant la discussion, mais que chacune des parties expose librement sa pensée et les explications qui conviennent à sa thèse." (fol. 250, a) L'évêque dit alors : "Ce n'est pas moi, à Juif, qui te convaincs d'igno- rance, mais c'est un prophète grand et glorieux auprès de Dieu. — Qui est ce prophète ?" demanda le Juif. — Il lui répondit : "C'est Isaïe le prophète qui dit au commencement de son livre : Le bœuf connaît son possesseur, et l'âne connaît l'étable de son maître, mais Israël ne me connaît pas[3]." AI-Moëz dit alors à Mousa : "Est-ce vrai ?" Il répondit: "Oui." L'évêque reprit : "Dieu n'a-t-il pas dit que les animaux sont plus intelligents que vous ? II ne m'est donc pas permis, dans une séance présidée par le Commandeur des Croyants (puisse durer sa puissance), d'adresser la parole à quelqu'un qui est moins intelligent que les animaux et que Dieu qualifie d'ignorant." Al-Malek Al-Moëz admira ce raisonnement et leur ordonna de s'en aller. Il en résulta une grande inimitié entre les deux parties.

     

    Le défi du Vizir

    La colère du vizir fut grande et il chercha à prendre en défaut le patriarche, parce qu'il avait confondu le Juif en présence d'Al-Malek Al-Moëz. Mais le Seigneur Christ garde ses élus et ses serviteurs. Un jour, le vizir trouva un expédient et vint dire à Al-Malek Al-Moëz : "Il est écrit dans l'Évangile des Chrétiens que celui qui a de la foi gros comme un grain de sénevé n'a qu'à dire à la montagne : déplace-toi et jette-toi dans la mer, et elle se déplace[4]. Que le commandeur des croyants agisse selon sa prudence pour la vérification de cette parole et qu'il se rende compte que tout n'est chez eux qu'absurdité et mensonge s'ils ne peuvent l'accomplir. Dans ce cas ils doivent être traités comme le mérite leur imposture." Cette proposition plut au calife. Il fit venir Anbâ Abràm, le patriarche, et lui dit : "Que dis-tu de cette parole ? Est- elle, oui ou non, dans votre Évangile ? "Le patriarche répondit : "Oui, elle y est." Al-Malek Al-Moëz lui dit alors : "Sache, ô patriarche, que la nation des chrétiens coptes compte dans ce pays des milliers et des milliers de membres ; je veux que tu m'amènes l'un d'entre eux et qu'il opère ce prodige en ma présence, sinon c'est toi, leur chef, qui en répondras. Et si vous ne le faites pas, je jure par Dieu que je vous exterminerai par l'épée." Le patriarche resta interdit, et fut frappé d'une grande crainte et il ne sut que répondre. Mais Dieu le Très-Haut lui rendit la présence d'esprit et il dit au calife : "Accorde-moi un délai de trois jours pour que je prie Dieu (glorifié soit son nom) de rendre le cœur du Commandeur des Croyants favorable à ses serviteurs." Cette demande lui fut accordée.

     Jeûne et supplications des chrétiens

    Le patriarche descendit dans sa cellule à Misr al-'Atika[5]. Il convoqua les prêtres ainsi que l'assemblée des notables de Misr et tout le peuple orthodoxe et il leur annonça en pleurant l'ordre du calife. Or il y avait en ce moment à Misr des moines du Ouadi Habit[6]. Il leur communiqua à tous un ordre enjoignant que pas un d'entre eux ne retournât à son monastère avant trois jours, et qu'ils se réunissent tous à l'église pour prier jour et nuit. C'est ce qu'ils firent pendant trois jours et trois nuits. Ce fut, chez tous les fidèles, une grande désolation, avec des pleurs, des gémissements, des prières et des supplications adressées à Dieu pour qu'il les délivrât de cette calamité. Le saint Père, le Patriarche ne prit aucune nourriture pendant tout ce temps, ni le jour, ni la nuit. Certains restaient à jeun d'une nuit à l'autre et ne prenaient que du pain, du sel et un peu d'eau. Anbà Abràm le Patriarche resta constamment debout, pleurant devant Dieu (louange à Lui), pendant ces jours et ces nuits, et il ne fit pas un mouvement. Cette réunion bénie avait lieu dans l'église de Notre-Dame, la Vierge sainte et pure, la Mère du Sauveur du monde, sainte Marie, à Qasser al-Djama'a, appelé aussi Al-Mu'allaqa[7]. Le Père fit aussi annoncer ce qui se passait à tous les couvents de religieuses et de vierges qui se trouvaient à Misr al-Qâhira[8], et les mit au courant de l'affaire. Il leur ordonna de jeûner sans interruption pendant ces trois jours et ces trois nuits, de prier sans cesse le jour et la nuit, de prier Dieu le Très-Haut et de s'humilier devant Lui ; de prier aussi Notre-Dame, la gloire de notre race. Ils firent ce qu'il leur ordonnait. Lui-même ne prit aucun repos, parce qu'il était le Pasteur et que tout pasteur est responsable de son troupeau. Il dit comme David le prophète : "Je ne donnerai point de repos à mes tempes ; je n'accorderai point le sommeil à mes yeux ni l'assoupissement à mes paupières jusqu'à ce que j'aie sauvé le peuple de Dieu"[9]. Et il levait en son temps les mains vers le ciel avec un cœur brisé, et de tout son cœur il adressait ses supplications au Seigneur. Il parla ainsi : "Seigneur, ne fais pas de nous la risée des nations étrangères. Console nos âmes en nous délivrant d'elles. Eloigne de nous cette terrible épreuve. Sauve ton peuple et bénis ton héritage, Sois miséricordieux pour nous, ô Seigneur, sauve-nous et délivre-nous. Pardonne-nous et ne nous punis pas selon la malice de nos actions. Ne fais pas venir sur nous les péchés que nous avons commis et ne nous induis pas dans cette dure épreuve. Accorde-nous ta bienveillance et ta miséricorde. Tu connais la situation de tes serviteurs ; tu sais qu'ils n'ont pas d'aide et personne qui intercède pour eux auprès du pouvoir par de bonnes paroles ; que personne ne s'occupe d'eux et ne les secourt et que personne ne leur est favorable, si ce n'est toi seul, ô notre Seigneur Jésus-Christ. Fais-nous parvenir ton secours, car tu as dit et ta parole est vraie : Si vous avez de la foi gros comme un grain de sénevé, dites à cette montagne : Déplace-toi, et elle vous obéira sans difficulté. Nos ennemis se sont emparés de cette parole. Agis avec nous selon ta coutume. Si nous n'avons ni confiance, ni foi, si nos cœurs sont pleins de doutes, ne nous en tiens pas rigueur, mais fais en sorte que ta parole soit une lumière devant ces infidèles, afin que ton saint nom soit glorifié." Le saint Patriarche ne cessait de répéter cette prière. Il récitait les psaumes et des formules de louanges et célébrait le Seigneur (gloire à Lui), debout devant la colonne où est représentée l'image de Notre-Dame sainte Marie. Chaque fois qu'il finissait sa prière, il levait ses yeux remplis de larmes et suppliait la miséricordieuse Vierge Marie. Il demeura dans cet état pendant trois jours et trois nuits en présence de Dieu et de Notre- Dame de miséricorde, sainte Marie. Quand arriva le matin du troisième jour, il redoubla ses prières et ses supplications, il s'appliqua davantage à la méditation et mortifia son corps jusqu'à l'heure de l'aurore. Il se rappela alors que les satellites du gouverneur devaient venir de grand matin pour le conduire à leur maître. Il implora à grands cris le Dieu Très-Haut et pleura amèrement à cause de la douleur qu'il éprouvait pour le peuple de Dieu. Il s'endormit à ce moment se trouvant seul debout près de la colonne. La Dame de Miséricorde lui adressa la parole pendant son sommeil et lui dit avec un visage joyeux : "Que t'est-il arrivé ?" Il répondit : "Ne vois-tu pas ma douleur, ô Notre Dame, et en quelle situation me met le souverain de ce pays ? Il m'a dit : Si tu ne me montres pas le miracle de la montagne, je tuerai tous les chrétiens et je les ferai disparaître par l'épée de tout mon empire." Notre-Dame de Miséricorde lui dit : "Ne crains pas. Mon fils bien-aimé est avec ceux qui ont recours à lui. Et moi-même je serai ton aide et ton secours, car je ne négligerai point les larmes que tu as répandues dans mon église. Mais lève-toi, descends de ce lieu ; sors par la porte de la rue Neuve qui conduit au grand marché. En sortant tu rencontreras un homme portant sur son épaule une cruche d'eau. Comme signe particulier, il n'a qu'un œil. Prends-le avec toi, car c'est lui qui opérera le prodige." Le patriarche s'éveilla à ce moment plein de trouble. Il se leva promptement et alla, sans saluer aucun de ceux qu'il connaissait, jusqu'à ce qu'il arrivât à la porte. Il la trouva fermée et il éprouva un doute dans son cœur et il se dit : "Je pense que c'est le démon qui s'est joué de moi." Il appela le portier et celui-ci lui ouvrit la porte.

     Simaan le cordonnier

    Le premier qui entra fut l'homme dont il lui avait été parlé dans la vision. Il le prit à part et lui dit : "C'est le signe (?) du Seigneur. Aie pitié de ce peuple." Puis il l'informa du motif de la réunion. L'homme lui répondit : "Pardonne-moi, mon Père, je suis un pécheur ; je ne suis point parvenu à un tel degré." Le patriarche lui dit : "En vérité, tu es bien celui de qui dépend le salut du monde..." Le porteur d'eau répondit : "Mon Père, je suis un pécheur chargé de fautes." Or ce porteur d'eau était auparavant cordonnier et s'appelait Sima'àn (Simon). Il était arrivé qu'une femme était venue chez lui chercher sa chaussure et avait découvert sa jambe. Cette femme était d'une grande beauté. L'homme dont nous parlons aperçut la jambe de cette femme ; son œil le scandalisa et il la considéra d'un œil de concupiscence. Il se rappela alors la parole de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans son saint Evangile où il est dit : "Si ton œil te scandalise, arrache-le et jette-le loin de toi, car il vaut mieux pour toi entrer dans la vie avec un seul œil que d'avoir tes deux yeux et d'être jeté dans le feu de l'Enfer[10]." Le cordonnier s'étant rendu compte que son œil considérait la jambe de cette femme d'un regard de concupiscence, y enfonça son poinçon de fer qui lui servait à travailler le cuir, et arracha son œil qui resta suspendu sur sa joue. A cette vue, la femme fut épouvantée et s'écria : "Cet homme est fou." Il lui répondit : "Un esprit a disparu de lui et il est plus raisonnable que tous les habitants de la terre." La femme le quitta à ce moment. A partir de ce jour, il ne trouva plus de travail dans la cordonnerie et il dut entrer comme mercenaire chez un tanneur. Il distribuait aux pauvres et aux indigents et à ceux qui étaient dans le dénuement tout le superflu qui lui restait après avoir mangé. Ce saint homme pourvoyait d'eau les églises, les couvents et les pauvres. Quant à la femme perverse à cause de laquelle il s'était arraché l'oeil, elle était partie pleine d'admiration. Elle annonça à ses voisins ce qu'avait fait le cordonnier. Une femme de mauvaise vie dit alors : "Gagez avec moi que j'entraîne cet homme à pécher avec moi." Les femmes gagèrent avec elle, puis elles lui dirent : "Cela n'arrivera jamais à cet homme qui s'est conduit ainsi et qui, pour un regard, s'est arraché l'œil." Cette femme alla donc et employa toutes les ruses, usa de tous les artifices féminins propres à exciter la convoitise. Mais cet homme n'en fut pas troublé, et ne lui céda point. Il ne la regarda même pas et il pria Dieu de le fortifier contre ses pièges et sa ruse. Plein de courage, il résista à la femme et la repoussa. Elle lui dit alors, quand elle fut fatiguée et qu'elle n'eut plus de stratagème à employer contre lui : "Écoute-moi ; je te connais. Par Dieu, si tu ne me donnes satisfaction, je te livrerai à quelqu'un qui n'aura point pitié de toi, et je te convaincrai d'imposture." Saint Simon lui répondit : "Déploie tous les artifices, car c'est Dieu qui est mon soutien. Il me sert de voile ; il me protège et il me sauve de ta malice." Cette méchante femme reconnut alors qu'il l'avait vaincue par la puissance de Dieu et elle le quitta pleine de confusion. Quant à cet homme béni, il continua comme par le passé à porter de l'eau et il ne cessa de vaquer à ce travail jusqu'à ce que Notre-Dame, la Vierge de Miséricorde, dévoilât son secret au vénérable patriarche. Il le prit avec lui et l'obligea à rester là. Puis il dit : "Mon fils, il m'a été révélé en songe que le salut du peuple dépend de toi." Et il l'obligea par la parole de Dieu à rester à cet endroit jusqu'à l'arrivée des émissaires du gouvernement qui devaient venir le chercher avec tout le peuple.

     Première partie du défi : prières des juifs et des musulmans.

    Au point du jour, les envoyés arrivèrent en effet chez le patriarche, avec les chambellans, les émirs et les chefs, et ils l'emmenèrent ainsi que le cordonnier qui était avec lui, les fidèles et tous les évêques, les prêtres et les diacres qui l'entouraient à ce moment. Ils portaient à la main des encensoirs, des croix et des cierges. Ils furent conduits devant Al-Malek Al-Moëz. Le calife leur dit : "Voici que les trois jours sont écoulés." Ils répondirent : "Oui, Seigneur, traite-nous comme tu le voudras, mais le Seigneur montrera sa puissance." Le calife sortit, suivi par tout le peuple, et alla au pied de la montagne. Il dit alors aux chrétiens : "Je veux que vous fassiez venir cette montagne, que vous l'enleviez de la place qu'elle occupe et que vous l'établissiez dans un autre lieu. Cela ne vous sera pas difficile. C'est votre Évangile qui le dit." Ils lui répondirent : "Seigneur, nous vous demandons d'être équitable." II leur dit alors : "Que voulez-vous que je fasse de plus pour vous ? Je vous ai accordé trois jours de délai ; que voulez -vous de moi maintenant ?" Ils lui répondirent : "Nous désirons que nos Seigneurs les Musulmans prient les premiers et demandent à la montagne de changer de place ; que les Juifs prient ensuite et nous prierons en dernier lieu." Je veux, dit le calife, me conformer à leurs désirs pour qu'ils n'aient plus d'autre réclamation à faire." Ils répondirent : "C'est entendu et nous obéissons." Les Musulmans firent alors leurs ablutions et se purifièrent, car ils sont persuadés que l'eau les rend purs ; ils annoncèrent l'izan[11] à grands cris et prièrent longtemps. Un de leurs Cheikhs les plus vénérés appela la montagne de toute sa voix et lui ordonna de changer de place, mais elle ne bougea pas. Les Juifs s'avancèrent à leur tour avec leur grand-rabbin. Ils commencèrent leur prière et la prolongèrent jusqu'à ce que le calife en fut ennuyé. Ensuite ils crièrent tout d'une voix à la montagne de quitter le lieu où elle était, mais elle ne bougea pas. Les Musulmans s'approchèrent alors du calife et lui dirent : "Cette parole se trouve-t-elle dans les écrits des Musulmans ou dans ceux des Chrétiens ?" Il leur dit : "Dans ceux des Chrétiens." Ils lui répondirent : "Pourquoi imposes-tu aux Musulmans l'opprobre de se mêler aux communautés infidèles ?" Il leur dit : "Il n'y a aucun opprobre si la montagne s'ébranle et change de place par les prières des chrétiens ; mais si elle ne bouge pas, vous verrez ce qui arrivera ; par la vérité de la religion de l'Islam, je ne laisserai pas subsister chez les chrétiens un enfant de deux jours, mais je les passerai au fil de l'épée ; j'enlèverai leurs femmes, je rendrai leurs enfants orphelins et je purifierai la terre de leur présence, car désormais ils ne pourront invoquer aucune bonne raison."

     Deuxième partie du défi : prières des chrétiens et miracle.

    Puis il fit venir le patriarche en sa présence et lui demanda : "Avez-vous autre chose à dire ?" Il lui répondit : "Non, Seigneur." Le calife lui dit : "Pourquoi alors nous faites-vous attendre : priez et invoquez la montagne."

    A ce moment le patriarche ordonna à tout le peuple de dire à haute voix Kyrie eleison et tous répétèrent ensemble le Kyrie eleison quatre cents fois. Ensuite ils offrirent l'encens et prononcèrent les paroles de l'absolution. Le patriarche se tenait devant le peuple et derrière lui était Simon le cordonnier. Le patriarche ordonna à Simon d'appeler la montagne et il lui dit : "Parle, je parlerai après toi, et, s'il plait à Dieu le Très-Haut, la montagne bougera de sa place et nous serons sauvés." Et le Père Patriarche s'écria en même temps que le cordonnier : "Je t'ordonne, ô montagne bénie, par la vérité de Celui qui t'a établie et qui t'a affermie dans ce lieu, de quitter la place que tu occupes et de venir près de nous sans causer la perte d'aucune créature de Dieu." Et à l'instant la montagne s'ébranla de sa place et s'avança peu à peu vers les assistants. Le calife s'écria : "Arrête-la, ô patriarche, de peur qu'elle ne fasse périr les hommes et ne les anéantisse." Le patriarche ordonna donc à la montagne de s'arrêter au lieu où elle était et elle cessa de bouger. Les témoins oculaires attestent qu'au moment où la montagne remua, il se produisit un grand bruit et un grand tremblement de terre et l'on crut que la résurrection était arrivée ; toutes les femmes enceintes qui étaient à Misr et dans les villages environnants enfantèrent par suite du tremblement de terre, et l'on crut que le ciel tombait sur la terre. Le calife ordonna ensuite au patriarche de retourner chez lui, félicité et honoré par tous. Les chrétiens étaient dans une joie et un bonheur qui ne se peuvent décrire.

     III. Entretien du Calife avec le patriarche 

    Dieu a un Fils

    Ce même soir, le calife envoya chercher le patriarche qui vint à lui au milieu des plus grands honneurs, quand il fut arrivé chez Al-Malek al-Moëz, celui-ci congédia ses esclaves et tous ceux qui étaient présents, il baisa la main du patriarche et embrassa ses pieds sans que le patriarche put l'en empêcher. Ensuite le calife dit au patriarche : "Je reconnais la vérité et j'ai acquis la certitude que la croyance des chrétiens est la vraie. Mais je désire savoir, ô patriarche, quelle est l'ordonnance de votre doctrine, et je voudrais que tu m'expliquasses comment vous attribuez un fils au Dieu Très-Haut. Est ce que Dieu (qu'il soit loué et exalté) a épousé une femme pour avoir d'elle un fils ?" Le patriarche lui répondit : "Cette parole ne convient pas dans la bouche d'un homme intelligent, instruit, plein de cœur et de mérite comme vous l'êtes, et celui qui la prononce blasphème contre Dieu le Très-Haut. Loin de Dieu (magnifique est sa puissance et sublime est sa gloire), qu'il ait un enfant d'une épouse, comme le reste des hommes ! Seulement il a envoyé son Verbe à Marie, fille de Joachim, parfaite en toute pureté, remplie de toute grâce, exempte de tout défaut, sans aucune souillure, le vase de pureté et d'élection. Ce fut Gabriel qui fut envoyé vers elle. A sa vue elle fut saisie de crainte, mais l'ange la rassura et apaisa son trouble et sa frayeur. Il la salua, lui adressa la parole avec douceur et lui révéla le mystère caché, ce mystère dont Paul l'Apôtre dit qu'il est resté caché depuis la création du monde[12]. Et lorsque l'ange lui dit : Salut à toi, ô pleine de grâce, le Seigneur est avec toi[13], au moment où il lui dit : Il est avec toi, quand Marie l'eut entendu et eut donné son contentement, à cet instant même, le Verbe de Dieu s'incarna dans ses entrailles et il passa dans son sein neuf mois comme tous les hommes. Et quand les mois furent passés, elle enfanta comme le lui avait dit l'ange de Dieu, Gabriel : Celui qui naîtra de toi sera saint et sera appelé Fils de Dieu[14]. Après sa naissance, il grandit peu à peu comme tous les hommes et quand il fut parvenu à l'âge de trente ans, il fut baptisé par Jean fils de Zacharie dans le fleuve du Jourdain et il nous légua (dans sa vie) un modèle pour que nous le suivions.

     Nécessité du baptême

    Il dit dans le saint Evangile : Celui qui n'est pas baptisé dans l'eau et l'Esprit[15] ne verra pas le bonheur du royaume. D'après notre doctrine, celui qui n'est pas baptisé de la main du prêtre et meurt inopinément, quand même il serait dans la situation de notre Père Abraham, il ne verra pas la grâce et la sainteté de Dieu.

    "Il aurait beau jeûner comme Jérémie, être parfait comme Abraham, l'ami de Dieu, passer par toutes sortes d'épreuves comme le juste Job ; être parfait comme Élie ; quand même il ferait des miracles comme les saints, et ressusciterait les morts, s'il meurt subitement sans avoir été baptisé de la main du prêtre, il va sans miséricorde en un lieu où il n'y a point de repos et il ne voit point le bienfait de Dieu qui est puissant et glorieux dans l'éternité. Il a dit en effet dans son saint Évangile, lui dont la parole est véridique : Celui qui ne naît pas de l'eau et de l'Esprit, ne verra pas le royaume de Dieu[16]. Et cette parole ne sera jamais en défaut quand même le ciel et la terre cesseraient d'exister ; car notre Sauveur a dit : Le ciel et la terre passeront, mais ma parole ne passera point[17] (3). C'est un point de doctrine certain que le principe de la doctrine chrétienne est le baptême et qu'il est la base de la religion chrétienne en même temps qu'il en est le principe, la lumière, la force, la garantie, l'appui et la vertu. Un enfant d'un jour ou d'une heure qui mourrait sans avoir été baptisé, ne verrait pas le royaume de Dieu, et ses parents commettraient un grand péché en négligeant de le baptiser. Seigneur, est-ce que l'enfant d'un jour a commis le péché, et sait-il distinguer le bien du mal ?" Le calife répondit que non. Le patriarche lui dit alors : "C'est que la parole de Dieu dans l'Évangile d'après laquelle l'enfant (non baptisé) ne verra point le royaume des Cieux est une autorité suffisante d'après la parole déjà citée : Le ciel et la terre passeront, mais ma parole ne pas- sera point. Vous savez donc, Seigneur, que la foi sans le baptême n'a pas de valeur.

     

    L'incarnation du Fils

    Quant à la question que m'a faite votre Seigneurie, comment le Verbe de Dieu, par qui les cieux et la terre ont été créés, a pris un corps dans les entrailles de la Vierge, l'Evangile glorieux dit que le Verbe s'est fait chair, et en même temps, Seigneur, votre Coran rend ce témoignage à la Vierge Marie que Dieu lui inspira de son Esprit et c'est de cet Esprit que vint le Christ qui est la merveille du monde. Vous dites dans votre Coran qu'il a parlé au berceau, et il est rapporté de lui qu'il guérissait les sourds, les muets, les lépreux et les paralytiques, qu'il ressuscitait les morts et qu'il opérait toutes sortes de prodiges. Vous concédez que toute parole est sûre dans la bouche de deux ou trois témoins. Nous avons la même chose écrite dans la Thora et dans l'Evangile. Or votre livre rend au Christ ce témoignage qu'il est l'Esprit de Dieu et son Verbe.

    Les juifs se sont trompés de mille trois cents ans dans leur évaluation et ils l'attendent encore. Quant à nous, Chrétiens, tous nos livres, les anciens comme les nouveaux attestent que c'est lui qui est désigné par les prophéties et que c'est par lui que les cieux et la terre ont été créés. Dieu dit en effet, par la bouche de Moïse, que c'est par le Verbe de Dieu que les cieux et la terre ont été créés et qu'ils ont été fondés par l'esprit de sa bouche. Et Paul l'apôtre dit du Seigneur Christ que Dieu a créé par lui l'univers, et qu'il est la splendeur de sa gloire et son image éternelle."

     Le Père et le Fils, deux dieux ?

    Le calife lui dit alors : "Patriarche, je crois à ta parole depuis que j'ai vu la montagne s'ébranler sur ton ordre et trembler à ton commandement. Je ne doute pas de ta parole ; cependant tu affirmes que le monde a été créé par lui et qu'il est la splendeur de la gloire de Dieu et son image éternelle. Tu établis ainsi une dualité et tu fais entendre qu'il y a deux Dieux."

    Le patriarche reprit : "A Dieu ne plaise qu'il en soit ainsi. Nous disons qu'il n'y a qu'un seul Dieu et un seul Seigneur, Père, Fils et Saint-Esprit, Dieu unique. Le Père est le principe substantiel, le Fils est la Parole éternelle et l'Esprit-Saint procède du Père et du Fils. Ce ne sont pas deux substances ni deux êtres séparés l'un de l'autre, ni divisés, mais une seule substance, un seul Dieu et un seul Seigneur. Seule la personne du Verbe s'est revêtue d'un corps glorieux, a conversé de vive voix avec les hommes, a séjourné parmi eux, a mangé, a bu, a eu faim et soif, a dormi et s'est éveillée, s'est fatiguée et s'est reposée, a souffert et a possédé intégralement l'humanité à l'exception du péché originel. Car il ne provient pas du péché et il ne l'a pas commis, parce qu'il n'est pas venu par la volonté de l'homme ni de la chair, mais il a été engendré par Dieu d'une génération qui surpasse l'intelligence humaine. Tous les philosophes et tous les sages de la Grèce ont été impuissants à pénétrer ce mystère et il surpasse la portée de tous les savants du monde."

    Le Christ, Dieu incognito

    Le calife lui demanda alors : "Patriarche, pourquoi tout cela, puisqu'il possède la puissance de faire ce qu'il veut et qu'il règne dans le lieu de sa magnificence ?"

    Le patriarche lui répondit : "Seigneur, Paul l'Apôtre a dit : Qui a été le conseiller de Dieu et qui a connu la pensée du Seigneur[18] ? De même qu'il est impossible de savoir ce que pense l'homme, il n'y a pas d'ange ni d'homme qui puisse pénétrer la pensée intime de Dieu si ce n'est l'Esprit de Dieu. Qui donc pénétrera le plan divin dans l'Incarnation, la merveille des merveilles, dans la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ de la Vierge demeurée vierge après l'enfantement sans que sa virginité eût à souffrir. On dit chez vous du Seigneur Christ qu'il est la merveille du monde. Je citerai à mon Seigneur une comparaison qui pénétrera dans son intelligence : Les califes, les rois, les Chosroès[19], les souverains, les Césars, les pharaons, lorsqu'ils ne voulaient pas être connus comme rois mais passer pour de simples particuliers, se travestissaient sous des habits de marchands ou d'autres professions, et ils allaient sans être connus au milieu de leurs ulémas ; ils parcouraient les marchés, et se promenaient parmi les vendeurs et les acheteurs, faisant avec eux des échanges. Ils entendaient parfois des injures et des paroles outrageantes à leur égard, mais ils n'y prenaient pas garde et faisaient comme s'ils n'entendaient pas. Ils retournaient ensuite à leur situation première, à leurs affaires et à leurs plaisirs, et ils ne se rappelaient plus ce qui s'était passé. De même Notre-Seigneur (gloire à Lui !) s'est mêlé aux hommes, a opéré les mêmes actions à l'exception du péché ; et à partir du moment où il revêtit un corps humain, il eut à entendre et à endurer de la part de l'infidèle peuple juif des choses que ne méritait pas sa bonté. Parfois ils en font seulement le fils de Joseph le charpentier[20]. ou bien ils prétendent qu'il chasse les démons par Bâalzaboul (Béelzébub). chef des démons[21], ou encore ils lui disent en face qu'il est un possédé[22]. Quand il les instruisait et leur reprochait leurs mauvaises actions, ils prirent des pierres pour le lapider, mais il se cacha à leurs yeux et ne revint pas. Ils avaient pourtant en ce jour été témoins de miracles, de preuves et de prodiges de nature à frapper l'intelligence : il avait ouvert les yeux de l'aveugle-né qui était en même temps paralytique. Notre-Seigneur avait craché à terre, et prenant de cette boue, il en avait oint les yeux de l'aveugle[23] et avait ainsi perfectionné son corps pour montrer que l'homme avait été créé de boue, et pour prouver que celui qui perfectionnait le corps de l'aveugle sans peine et sans fatigue, était le même qui avait créé Adam de terre sans aucune fatigue : il ordonna et il fut. Nous disons de lui qu'il était hier, qu'il est aujourd'hui et qu'il sera dans l'éternité. Sache, ô seigneur, que toute chose revient à son principe et retourne à son élément. Ainsi Notre-Seigneur (gloire à Lui !) est venu de Dieu et retourne à lui ; il est lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu. Il était de Dieu et il est retourné à Dieu après avoir réparé l'état du genre humain qui était plongé dans l'infidélité et la corruption. Lorsqu'il fut remonté au ciel, il envoya les Apôtres qu'il avait choisis et leur ordonna d'aller dans tout l'univers. Il leur donna le pouvoir et la puissance de guérir les malades, de chasser les démons, d'ouvrir les yeux des aveugles et de ressusciter les morts. Il souffla sur eux et leur dit : Recevez le Saint- Esprit[24] ; et, à partir de ce jour, ils parlèrent les langues étrangères et annoncèrent les événements avant qu'ils fussent arrivés. Ils dévoilèrent aux hommes les événements futurs ; ils parlèrent toutes les langues répandues dans le monde. Ils travaillèrent avec le plus grand zèle ; ils nettoyèrent le monde de l'ivraie et ramenèrent tout l'univers à la connaissance de la vérité.

     Supériorité du christianisme sur l'islam.

    L'univers entier, Sire, est composé de vingt-quatre parties dont vingt-trois sont chrétiennes, tandis que l'Islam ne possède qu'une partie. Votre Majesté sait que cette vingt-quatrième partie n'est venue à l'Islam que par l'épée et Dieu est témoin que la plupart des musulmans pensent autrement qu'ils ne paraissent, parce qu'ils craignent l'épée, et bon nombre d'entre eux vont en secret à l'église et en public à la mosquée où ils prient à contre-cœur. Quand ils sont malades, ils reviennent au Seigneur Christ dont l'image est présente à leur esprit à cause de l'intensité de leur foi. Aucun ne va chez vous de son propre mouvement, mais ils y sont entraînés contre leur gré. Vous tentez les hommes par les richesses et les présents, par les habits précieux et les dons magnifiques, par les vanités flatteuses de ce monde qui exercent sur tous les hommes une attraction. Par ces faveurs vous en attirez un certain nombre ; d'autres viennent à vous par crainte du châtiment qui les menace. Il n'est pas nécessaire que je multiplie les paroles, que je donne de longues explications, ni que je m'étende à faire l'éloge de notre religion, et à démontrer son excellence et sa supériorité sur toutes les autres doctrines. Votre Majesté a vu hier le prodige accompli par la puissance de notre religion en témoignage de sa dignité et de sa gloire. Soyez persuadé que les idées de la plupart des assistants ont été modifiées et qu'ils ont été ébranlés ; leur croyance n'est plus aussi forte depuis qu'ils ont vu tous leurs cheikhs et leurs ulémas impuissants à remuer la montagne. Ils n'étaient donc pas appelés [par Dieu], puisqu'il n'a pas exaucé leur demande. Et nous, pauvres que nous sommes, nous avons imploré Notre-Seigneur Jésus-Christ et nous lui avons demandé de ne pas nous rendre l'opprobre et la risée du monde et de ne pas repousser notre prière. Aussi lorsque nous avons adjuré la montagne, elle s'est ébranlée avec toutes les montagnes adjacentes, et si nous n'avions pas demandé à Dieu de l'arrêter et de la fixer, toute la terre aurait été ruinée. Ce que Votre Majesté a vu provient de l'excellence de notre religion et prouve sa vérité. Et si Votre Majesté veut être sauvée et venir à nous, elle le fera de son plein gré, et il n'y aura point en elle un cœur double. Si elle agit ainsi, elle sera témoin dans notre religion de choses plus grandes que celles que je lui ai montrées de sorte que tu croiras n'avoir rien vu ni rien entendu jusqu'alors. Je vous les ferai connaître bientôt."

     Conversion du Calife et ses promesses

    Al-Malek Al-Moez demanda alors au patriarche : "Notre Père le Patriarche, je te demande de m'accorder un délai jusqu'à demain, et, si telle est la volonté du Dieu Très-Haut, je ferai sans tarder ce qui est en moi, car le retard est sujet à trop d'accidents. Tout ce que vous voudrez, ô notre Père le Patriarche, je le ferai, et ce sera pour moi une règle éternelle."

    Le Patriarche lui dit alors : "Tu as, Sire, augmenté considérablement, pour les chrétiens, l'impôt de la capitation: tu as pris contre eux des mesures préjudiciables, plus dures que les conditions ordinaires, et tu as causé leur perte. Maintenant que Dieu a enlevé de dessus ton cœur le voile de l'ignorance et qu'il a illuminé ton âme et ta pensée, et que tu as passé à des dispositions nouvelles, fais cesser l'oppression que tu leur as imposée, car Notre-Seigneur a dit dans son saint Évangile : "Voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles[25]." Sache donc que Dieu n'abandonne pas cette humble communauté. Il lui suscite en tout temps des pasteurs, il en prend soin et il est pour elle plein de bonté et de miséricorde."

     Le calife lui dit : "Demande-moi encore autre chose et je le ferai. Ce que tu viens d'indiquer est chose facile et de peu d'importance." Le patriarche répondit : "Je te demande en outre de t'occuper sans retard du salut de ton âme."

    Le calife lui dit alors : "Baptise-moi cette nuit même de ta main bénie.

    — Il n'est pas possible, lui répondit le patriarche, de te baptiser ici, mais cela doit avoir lieu dans la sainte église. Sache bien, Sire, que tant que tu resteras parmi les musulmans tu agiras comme eux. Tu n'empêcheras pas l'accès auprès de ta personne aux cheikhs, aux cadis et à toutes sortes d'ulémas musulmans qui fortifieront ta croyance dans la religion musulmane, et t'inculqueront cette idée que les chrétiens sont des impies et des magiciens et te persuaderont que la magie a un grand pouvoir, et que, par ce pouvoir, ils remuent les montagnes et nous font voir quelqu'un qui ébranle la terre en frappant sur un morceau d'étoffe et en invoquant l'architecte de la terre ; qu'ils font semblant aussi d'évoquer les esprits, de les attirer et de les faire descendre de l'air, et qu'ils font de nous des magiciens, des enchanteurs et des astrologues, et ils ne négligeront rien de ce que l'ennemi peut dire quand il s'agit de son ennemi. Je prends les devants et je te préviens que, tant que tu ne seras pas baptisé, tu inclineras facilement vers leurs discours et une forte attraction t'entraînera de leur côté. Hâte donc la question de ton baptême. Je t'avertis que l'ennemi du bien, c'est-à-dire Satan qui cherche à semer l'ivraie parmi tous les hommes, représente à tes yeux la grandeur de ton empire, et exagère l'abandon du trône que tu occupes. Il te tente et te dit : Comment abandonneras-tu ta situation et le rang suprême, ta grandeur et ton empire ? Il te dépeint sous des couleurs attrayantes les enfants, les femmes, les concubines, les villas, les palais et les richesses, et il te représente les difficultés qu'il y aurait à abandonner ta situation actuelle. Voilà ce dont je t'avertis. Je te fais savoir en outre, Sire, que si tu abandonnes ces biens périssables, tu recevras cent pour un. Ne dis pas : Comment abandonnerai-je ce que voit mon œil pour rechercher ce qu'il ne voit pas ? Sachez que celui qui est le plus proche de toi est celui qui a adapté paupière à paupière et tous ces biens passagers que tu laisses, le Seigneur te les conservera en lieu sûr et il te rendra plus que tu ne désires. Tu contempleras un bonheur, un royaume et des biens que l'oreille n'a point entendus, que le Cœur de l'homme n'a point soupçonnés et que son œil n'a point vus[26]."

    Le calife s'apercevant que l'aube commençait à poindre, dit au patriarche : "Mon Père, que cette nuit m'a semblé courte en ta société !" Puis il lui répéta ce qu'il lui avait déjà promis : "Mon Père le Patriarche, dis-moi ce que tu veux que je fasse pour toi avant que je renonce à l'empire." Le Patriarche lui dit : "Puisqu'il en est ainsi, je dois te demander, Sire, de faire reconstruire l'église du grand Martyr Mar Qourius (Mercurius). Cette église avait été construite primitivement, puis elle fut détruite."

    Il y avait près de cette église un fort dans l'enceinte du Khan du Roseau. Le calife fit construire une grande église sur l'emplacement de l'ancienne église et du fort. Il fit reconstruire également l'église d'Al-Muallaka à Misr, dans le quartier de Qasr al-Djamaa, dont les murs étaient en grande partie détruits. Le patriarche demanda de la réparer, et à l'instant le calife fit dresser pour lui un acte l'y autorisant et il lui donna, sur le trésor public, une somme considérable pour être employée à cette restauration. Le patriarche prit l'acte et lui exprima le vœu que Dieu le confirmât dans la foi. Puis il prit congé et se retira plein de joie.

     Mise en oeuvre des travaux

    Il se rendit à l'église du grand martyr Mercurius et lut publiquement l'acte d'autorisation. Les marchands du quartier et la populace s'assemblèrent alors et lui dirent : "Si nous passions tous les chrétiens au fil de l'épée, nous empêcherions qu'il n'y en eût un seul capable de mettre une pierre sur une pierre dans cette église." Le patriarche retourna chez le calife et le mit au courant de ce qui se passait.

    Il entra dans une violente colère et partit aussitôt a cheval avec ses soldats. Il se rendit sur les lieux et donna l'ordre de creuser les fondations, ce qui fut fait rapidement. Il réunit un grand nombre de maçons et fit apporter des pierres de tous côtés et l'on se mit aussitôt à la construction de l'église.

    Personne n'osa dire un mot à l'exception d'un cheikh qui priait avec les marchands à la mosquée voisine. C'était celui qui avait ameuté les foules et leur avait recommandé d'empêcher le patriarche de construire l'église. Il vint et se jeta dans les fondations en disant : "Je veux mourir aujourd'hui plutôt que de permettre à qui que ce soit de bâtir cette église." Le calife, apprenant cela, ordonna de jeter des pierres sur lui et de bâtir sur son corps. Voyant qu'on jetait sur lui du plâtre et des pierres, il voulut se relever, mais les ouvriers ne le lui permirent pas, car Al-Malek Al-Moëz avait ordonné de l'ensevelir dans les fondations puisqu'il s'y était jeté.

     Le patriarche s'en aperçut, descendit de son siège (?) et se jeta aux pieds du calife en lui demandant la grâce du cheikh. Il le fit retirer des fondations au moment où il désespérait d'en sortir sain et sauf, ayant vu la mort de si près.

    Le calife retourna à son palais et personne n'osa plus dire un mot jusqu'à ce que l'église fût restaurée. Il fit de même réparer les parties endommagées de l'église de Notre- Dame d'Al-Muallaka, et il fit restaurer toutes les églises qui en avaient besoin sans que personne y fit la moindre opposition. Il reconstruisit également toutes les églises d'Alexandrie et il dépensa dans ce but des sommes considérables.

     Le vizir Qazmân

    Quant au vizir Yakoub Ibn Khalis dont il a été question précédemment, il usa de son influence auprès du souverain pour perdre un homme nommé Qazmân Ibn Mina (Côme fils de Mennas) et le calife irrité voulait le mettre à mort. Mais le Seigneur le sauva en faisant connaître au calife son innocence et l'imposture du vizir. Le calife mit à mort le vizir et établit Qazmân à sa place après l'avoir comblé de faveurs, d'honneurs et de dignités. Ce Qazmân, le fils béni de Mennas, prit sur ses biens quatre-vingt-dix mille dinars et les confia à saint Anbà Abrâm, puis il partit pour un lieu éloigné, après avoir fait au patriarche la recommandation suivante : "Si je meurs, emploie cette somme pour les églises, les monastères, les pauvres et les indigents." Son absence s'étant prolongée longtemps sans qu'il revînt, le saint patriarche employa la somme comme il le lui avait recommandé. Quelque temps après, le béni Qazmân, fils de Mennas, revint et réclama l'argent au seigneur Patriarche. Celui-ci lui apprit l'usage qu'il en avait fait. Qazmân s'en réjouit grandement et remercia Anbà Abrâm de l'emploi excellent qu'il en avait fait.

     Baptême du calife

    Le calife, de son côté, voyant saint Anbà Abràm occupé à la restauration des églises, sortit en cachette par une porte secrète de la citadelle et se rendit dans un couvent où il reçut le baptême. Ensuite il se fit moine et s'adonna à des austérités qui dépassent l'imagination. Sa retraite passa en proverbe chez les habitants de Misr et des provinces et quand quelqu'un faisait des vœux pour son enfant, il lui disait : "S'il plaît à Dieu, tu sortiras de chez moi comme s'est retiré le calife."

     

    La montagne fut appelée, par les Égyptiens, la Montagne coupée ou encore la Montagne taillée parce que son sommet, qui auparavant était uni, se trouva désormais partagé en trois pointes qui se suivaient à une distance de vingt coudées l'une de l'autre. Ce fut un prodige, digne de la plus grande admiration, qui eut lieu sous le pontificat du grand saint Anbà Abrâm le Syrien. Il siégea sur le trône patriarcal pendant trois ans et six mois. Enfin le Seigneur voulut qu'il se reposât. Il y avait un homme nommé Babis-Sourour al-Kabir. C'était un personnage puissant qui avait un grand nombre de concubines. Le patriarche lui ordonna de les renvoyer, mais il n'en fit rien ; le saint prononça alors l'anathème contre lui et l'excommunia. Mais cet homme, qui ne craignait pas Dieu et n'avait pas d'égards pour les hommes, usa de perfidie et lui fit boire un poison violent qui le fit mourir. Ce Père saint alla ainsi au bonheur éternel, tandis que l'impie alla à l'enfer éternel et au ver qui ne meurt point, là où il y a des grincements de dents.

    Ce grand saint ressemblait à notre Père Abraham l'Ancien par ses œuvres agréables à Dieu. Il fut mis au nombre des Justes dans le royaume des cieux que Dieu a préparé pour ses saints et ses élus. Nous le prions de nous pardonner nos péchés, d'être indulgent pour nos fautes et nos chutes, d'effacer nos iniquités et de nous accorder la grâce d'accomplir de bonnes œuvres avant le terme de cette vie ; d'éloigner de nous les tentations du démon, les maladies du corps et les épreuves temporelles. Qu'il nous fasse entendre cette parole d'allégresse : Venez, les bénis de mon Père, prenez possession du royaume qui vous a été préparé avant la création du monde[27], que l'œil ne voit point, que l'oreille n'entend point, que le cœur humain ne conçoit point[28], par l'intercession de Notre-Dame la Vierge pure, des Anges, des Pères et des Prophètes, des Apôtres, des saints Martyrs et de tous ceux qui ont plu à Dieu par de bonnes actions et lui seront agréables à l'avenir. Amen. Amen.

     

    Fin de l'histoire du transfert de la montagne par Anba Ibrahim le Syrien.

    Le jour béni où elle fut terminée fut le troisième de Qânoun al-Aoual de l'année grecque.

    Elle a pour auteur le plus chétif des serviteurs de Dieu, le nommé Qouriaqons (Cyriacus), moine et prêtre du pays de Diarbékir dans la province de Mardin la bien gardée, de Ouàstira, la bénie, la victorieuse.

    Que Dieu, le Très-Haut,

    fasse miséricorde à quiconque sera miséricordieux

    pour l'écrivain, pour le lecteur et pour leurs parents.

    Amen. Amen. Amen.

      

     

     


    [1] 2). Al-Moëz-le-Din-Illah (donnant force à la religion do Dieu), premier Khalife fatimide d'Egypte et fondateur du Caire, régna sur ce pays de 969 à 975. Zotenberg place la consécration d'Abraham en 693 des martyrs (977 de J.-C), sous le règne do Moëz (Mou'izz)..

    [2] Ordinairement appelé Kasr ach-Cham'a, la forteresse du flambeau.

    [3] Is., I, 3.

    [4] Math., XVII, 20. — Luc, XVII, 6

    [5] Masr el-'Atika (le vieux Caire) est la même ville que Fostat fondée par Amrou sur l'emplacement de l'ancienne Babylone d'Egypte. Elle a été supplantée par le Caire actuel.

    [6] L'orthographe ordinaire est Ouadi Habib. On l'appelait encore la vallée du Natron ou d'Al-Askit, ou désert de Nitrie ou de Scété. Ce fut un centre de vie religieuse intense. Saint Macaire, disciple de saint Antoine, qui s'y établit le premier, y attira de nombreux disciples. Cent monastères s'échelonnaient dans cette vallée aride, entrecoupée de marais salins alternant avec des rochers abrupts. D'après Makrizi, soixante-dix mille moines auraient habité les couvents de cette vallée célèbre, à l'époque de la conquête de l'Egypte par les Musulmans.

    [7]L'église d'Al-Mu'allaqa (la suspendue), ainsi appelée parce qu'elle était supportée par des arcades, se trouvait au vieux Caire dans le quartier de Kasr ach-Chama'. C'était l'Église patriarcale et elle était dédiée à la sainte Vierge.

    [8]Misr ou Masr al-Qahira (l'Egypte la Victorieuse) est la ville actuelle du Caire. Elle fut fondée en 972 par El-Moëz le-Din-Illah au nord-est de Fostât. Cette dernière ville s'appela dans la suite Misr ou Masr el-'Atika (le vieux Caire).

    [9]Ps. cxxxi, 4, 5

    [10]Matth.. V. 29 ; XVIII. 9 ; Marc, IX. 46

    [11]L'appel à la prière.

    [12]Colossiens I. 26

    [13]Luc I. 28

    [14]Luc I. 35

    [15]Jean III. 5

    [16]Jean, III. 5.

    [17]Matth. XXIV. 35 ; Marc, XIII, 13

    [18]Rom., XI, 34 ; I Cor., II, 16. Cf. Sap., IX, 13 ; Is., XL, 13

    [19] Nom de plusieurs empereurs de la dynastie Sassanide perse.

    [20]Matth., XIII. 55 ; Marc, VI. 3 ; Jean, VI. 42

    [21]Matth., XII. 24 ; Marc, III. 22 ; Luc, XI. 15.

    [22]Jean, VII. 20

    [23]Jean, IX. 6, 11, 14.

    [24]Jean XX. 22

    [25] Matth., XXVIII. 20

    [26] I Cor. II. 9

    [27] Matth., XXV. 34

    [28] I Cor. II. 9.


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  • Les onze sources de l'islam,

    d'après une brève notice dans deux manuscrits syriaques.

     

    I. Présentation

    On trouve, dans deux manuscrits syriaques[1] du "Candélabre du Sanctuaire" de Bar Hebraeus, parmi d'autres textes placés en pêle-mêle en appendice, une curieuse notice d'origine jacobite concernant les sources de l'islam.

    Cette notice tardive, toute anachronique et artificielle qu'elle apparaisse par certains aspects, n'en est pas moins fort intéressante dans sa concision, c'est pourquoi j'en donne la traduction, avec le minimum d'explication nécessaire. Pour les curieux qui voudraient en savoir plus, l'étude de Yonatan Moss[2] "A religion assembled from many religions" est accessible sur Academia.

     

    II. Traduction et note

     

    Extrait du commentaire de St Cyrille[3] sur Isaïe, à propos de la religion des musulmans.

    La religion des fils d'Hagar est un assemblage de nombreuses religions.

    Premièrement, elle tient des chrétiens leur façon d'appeler le Christ "Parole de Dieu"[4].

    Et des Juifs la circoncision.[5]

    Et des païens, les sacrifices (d'animaux)[6].

    Et  des Chaldéens, la fatalité et le destin[7].

    Et des Egyptiens, la magie[8].

    Et de le secte pharisienne, la résurrection[9].

    Et des saducéens, le mariage après la résurrection.[10]

    Et, de l'opinion de Sabellius, leur confession de l'unicité de Dieu.[11]

    Et de l'opinion d'Arius, leur confession de Dieu en tant que créature[12].

    Et de Julien le Phantasiaste[13], leur affirmation que le Christ ne mourut pas[14].

    Et des Samaritains, leurs ablutions rituelles[15].

    C'en est assez.

     

    Notes


    [1] Manuscrits Berlin Syr. 190 ( = Sachau 81) et Yale Syr. 7.

    [2] MOSS Yonatan : "A religion assembled from many religions:' A syncretizing characterization of Islam attributed to Cyril of Alexandria," in Henoch 39 (2017), 287-305.

    [3] Attendu que le seul "Commentaire sur Isaïe" connu attribué à un St Cyrille est celui de St Cyrille d'Alexandrie, cela pose un problème certain : St Cyrille est mort en 444, soit 126 ans avant la date estimée de la naissance de Mahomet. St Cyrille n'est donc qu'un prête-nom aisé et prestigieux pour une note anonyme, à moins que notre copiste n'ait réellement trouvé cette "analyse" dans une traduction syriaque du Commentaire, ajouté par quelque copiste antérieur. En tout état de cause, Cyrille est, d'un point de vue Jacobite, la référence ultime comme lien avec l'Eglise indivise, c'est à dire avant les "crises" nestoriennes et chalcédoniennes.

    [4] Voir Coran 3.39, 45 et Coran 4.171. Bien sûr, l'islam ne comprend pas cette affirmation de la même manière que les chrétiens (cf Jn 1.1-14).

    [5] Il faut chercher l'imposition de la circoncision qui s'est globalement généralisé dans l'islam non pas dans le Coran, mais dans la tradition. cf http://www.droitaucorps.com/circoncision-musulmans-islam-pourquoi . Notons que le judaïsme sera de nouveau convoqué plus loin.

    [6] Alors que les sacrifices rituels ont disparu du judaïsme avec la destruction du Temple de Jérusalem en 70, et n'ont jamais été pratiqués dans le christianisme, ils reprennent vie dans l'islam notamment lors de l'Aïd al-Adha.

    [7] Un des grand débats entre chrétiens et musulmans a longtemps porté sur le Libre-Arbitre, généralement nié dans l'islam au nom d'un "destin" implacable, décidé par Dieu quelles que soient nos actes et volontés.

    [8] Sur ce sujet, voir COULON, Jean-Charles : "La magie arabe : une affaire de grimoires ? " http://www.lhistoire.fr/la-magie-arabe-une-affaire-de-grimoires

    [9] Cette affirmation est un écho de la plaidoirie pro-domo de St Paul devant Festus, où, après s'être défini comme Pharisien, explique que c'est à cause de sa croyance en la résurrection qu'il est persécuté. (Actes 26. 2-9). On sait, par ailleurs, que les Saducéens ne croyaient pas en la résurrection (Mt 22.23)

    [10] Il y a là un étonnant contresens, puisque cette assertion s'appuie sur un passage de l'Evangile (Mt 22.23-33) dans lequel il est précisé que c'est par ironie que les saducéens – "qui ne croient pas à la résurrection" – posent la question du devenir marital "après la résurrection" d'une femme qui a été l'épouse successive de sept frères. Néanmoins, cette assertion, sous le calame de notre auteur syriaque, vise les "70 vierges" censées accueillir les "martyrs" de l'islam.

    [11] L'unicité de Dieu, telle qu'elle est vue par l'islam, n'a que peu à voir avec la doctrine de Sabellius. Toutefois, l'un et l'autre – par des approches différentes – affirment l'unicité de Dieu en niant la Trinité.

    [12] En l'occurrence, c'est le refus de reconnaître la divinité du Christ, pierre de touche de la théologie d'Arius, qui est visé ici.

    [13] Sur Julien d'Alicarnasse et sa doctrine, voir Chronique de Michel le Syrien, Livre 9, chap 27 (Trad Chabot, tome 2, p 224) http://archive.org/stream/MichelLeSyrien2/michael_the_syrian2#page/n228/mode/1up .

    [14] Cette affirmation repose, dans l'islam, sur un passage obscur du Coran : "Or, ils ne l'ont ni tué ni crucifié ; mais ce n'était qu'un faux semblant ! Et ceux qui ont discuté sur son sujet sont vraiment dans l'incertitude : ils n'en ont aucune connaissance certaine, ils ne font que suivre des conjectures et ils ne l'ont certainement pas tué Mais Allah l'a élevé vers lui, et Allah est puissant et sage"» (Sourate 4, 157-158) Que ce soit chez Julien ou dans le Coran, il est donc question (si l'on peut me pardonner ce jeu de mot) d'une "cruci-fiction" et non de la crucifixion du Sauveur".

    [15] Notre auteur aurait tout aussi bien pu faire dériver les ablutions rituelles de l'islam du judaïsme, qu'il a déjà sollicité par trois fois. Le renvoi aux Samaritains permet d'ajouter une origine supplémentaire au conglomérat que constitue l'islam.

     


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  • En attendant de trouver une traduction complète du Martyr de St Pierre de Capitolias, je place ici ce que l'abbé Fleury en dit[1] (sous le nom de "Pierre de Majume", c'est à dire, Pierre de Maiouma), et que l'on trouve réimprimé à l'identique en d'autres ouvrages :

     Vers l'an 743, le calife Walid II, neveu et successeur de Hescham, fit couper la langue à Pierre, métropolitain de Damas, parce qu'il réfutait ouvertement l'impiété des Arabes et des Manichéens. Il l'envoya en exil dans l'Arabie, où il mourut.

     Pierre de Majume s'attira aussi le martyre dans le même temps. Etant malade, il appela les magistrats des Arabes, qui étaient de ses amis, car il avait la recette des impôts, et leur dit : "Je prie Dieu de vous récompenser de la visite que vous me faites; mais je veux que vous soyez témoins de mon testament que voici. Quiconque ne croit pas au Père, au Fils, au Saint-Esprit et à la Trinité consubstantielle, est aveugle de l'âme et digne du supplice éternel, comme Mahomet, votre faux-prophète, précurseur de l'antéchrist. Renoncez donc à ces fables, je vous en conjure aujourd'hui, et j'en prends à témoin le ciel et la terre."

    Il leur dit plusieurs autres choses sur ce sujet, et, bien qu'ils en fussent irrités, ils résolurent de prendre patience, le regardant comme un malade en délire. Mais quand il fut guéri, il commença à crier plus haut : "Anathème à Mahomet et à son livre fabuleux, et à tous ceux qui y croient !"

    Alors on lui coupa la tête.

    Saint Jean Damascène fit son éloge[2].

    *   *

    Sur l'identité entre Pierre de Maiouma et Pierre de Capitolias, voir Paul Peeters. — La passion de S. Pierre de Capitolias [compte-rendu].

    *   *

    Peter of Capitolias : A priest of Capitolias, a city of the Decapolis in the Transjordan. He was cruelly executed there for his stubborn refusal to refrain from violent invective against Islam, by order of the caliph al-Wahid on 13 January 96/715. Traduction anglaise partielle dans : "Three Christian Martyrdoms from Early Islamic Palestine: Passion of Peter of Capitolias, Passion of the Twenty Martyrs of Mar Saba, Passion of Romanos the Neo-Martyr" par S. J. Shoemaker.

      

    Notes :


    [1] Histoire Ecclésiastique, tome IX, 1720, p 295

    [2] Selon Théophane le Confesseur. Mais comme le note l'abbé Goujet (Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, tome 2, 1736, p 600) "Ce discours ne s'est trouvé nulle part", affirmation qui reste vraie, sauf à considérer comme authentique le martyr de St Pierre dont le texte est conservé en Géorgien, et que le titre attribue à St Jean de Damas. Voir "Peter of Capitolias", traduction partielle par Shoemaker.


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