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Par Al-Bossikad le 3 Octobre 2022 à 11:34
Depuis que je côtoie les textes d'Abu Qurrah, un truc me tracasse : que lui doivent les écrits conservés en grec ? Car si l'arabe et le syriaque étaient pour lui des langues usuelles, en était-il de même pour le grec ? De fait, certains indices laissent à penser que le grec ne devait pas lui être d'un usage courant, et peut-être même qu'il n'en possédait que des rudiments.
Oh, bien sûr, nous avons quelques poignées de textes grecs qui lui sont attribués, mais outre que ce sont souvent des fragments assez brefs, nous savons – du moins pour certains – qu'ils ont été traduits de l'arabe en grec par une main autre que la sienne.
Ainsi en est-il du "recueil du diacre Jean"*, ainsi en est-il surtout de la lettre aux Arméniens**.
Il faut dire qu'elle est imparable, cette "lettre aux Arméniens", du moins en ce qui concerne la question de la langue employée. En effet, en préface à cette "lettre" (en fait, un traité théologique), le syncelle Michel, secrétaire du patriarche Thomas de Jérusalem, explique qu'il a lui-même traduit en grec cette lettre rédigée en arabe par Théodore, lettre qu'il a ensuite porté à son destinataire.
Or, si Théodore avait su le grec correctement, n'aurait-il pas pu lui-même rédiger cette lettre en grec ? S'il a eu besoin d'un traducteur, n'était-ce pas qu'il était loin de maîtriser cette langue ? CQFD, donc.
Oui, mais d'un autre côté, dans ses traités arabes, il fait montre d'une redoutable pertinence par rapport à des phrases grecques. Et même si les sources auxquelles il puise sont loin d'être toutes identifiées, il est clair qu'il a lu des auteurs grecs qui – à son époque – n'avaient encore été traduits ni en syriaque, ni en arabe.
Alors ?
Alors j'avais juste négligé un paramètre important dans cette histoire de "lettre aux Arméniens" : c'est que si les Arméniens employaient couramment le grec dans leurs correspondances avec Constantinople et l'empire byzantin, ils employaient tout autant l'arabe dans leurs échanges avec le califat abasside.
De sorte que Théodore Abu Qurrah a écrit sa "lettre" dans une langue parfaitement compréhensible pour ses destinataires.
Et la traduction en grec, alors ?
Michel le Syncelle devait se rendre à Constantinople à la période où eut lieu cet épisode : sans doute a-t-il jugé utile d'en faire un copie dans la langue de l'empire byzantin. Il aura remis la "lettre" arabe à son destinataire, et aura gardé la traduction grecque qui, de copies en copies, nous est parvenue...
Et le grabar ?
C'est le nom que l'on donne à l'arménien ancien, celui qui était employé à cette époque. Mais là, ni Théodore ni le syncelle Michel ne le parlaient.
Notes
* Le "recueil du diacre Jean" est une compilation d'anecdotes relatives à l'islam qu'un certain diacre Jean a rassemblées en grec. Plus de précisions ici, en attendant que je me décide à mettre mon brouillon en ligne.
* La "lettre aux arméniens" est le traité n° 4 dans l'édition de Migne. La seule traduction que je lui connaisse est celle de Lamoreaux, 2005, en américain.
Et, en illustration de ce billet, la Cathédrale et l'église du Christ Sauveur, deux des églises d'Ani, l'ancienne capitale du royaume arménien Bagratide.
Reprise de l'article Arabe, syriaque, grec et grabar
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Par Al-Bossikad le 4 Septembre 2022 à 18:57
Chrétiens en débat avec l'islam
VII°-XXI° sièclePaul d'Antioche,
Anba Jirji al-Semani
Théodore Abu Qurrah
Timothée I de Bagdad
…A commander chez votre libraire, ou sur la page de l'éditeur.
Existe aussi en version numérique
Sur la page de l'éditeur : https://www.editions-harmattan.fr/livre-chretiens_en_debat_avec_l_islam_viie_xxie_siecle_albocicade-9782140267994-74060.html
- Date de publication : 23 août 2022
- Broché - format : 13,5 x 21,5 cm • 232 pages
- ISBN : 978-2-14-026799-4
- EAN13 : 9782140267994
- EAN PDF : 9782140268007
- (Imprimé en France)
Recension (en anglais) par Lukáš Eduard Nosek de mon livre "Chrétiens en débat avec l'islam" dans la revue tchèque "PARRÉSIA : Revue pro východní křesťanství /A Journal of Eastern Christian Studies", vol 16, 2022 ; p 269-272.
Table des matières :
Préambule : Deux regards ...........................................................5
Introduction ................................................................................7I. La lettre de Paul d'Antioche à un ami musulman........................13
§ 100 Introduction à la lettre de Paul d'Antioche ...........................15
§ 101 Préambule .......................................................................17
§ 102 Un chrétien doit-il devenir musulman ? ...............................17
§ 103 Dieu en tant que Trinité .....................................................25
§ 104 Le Verbe de Dieu incarné...................................................29
§ 105 Le Coran, référence pour les chrétiens ? ............................31
§ 106 Compréhension charnelle ou langage spirituel.....................32
§ 107 Vocabulaire : "substance" et "accident" .............................34
§ 108 Après la Justice, la Grâce ................................................35
§ 109 Conclusion.......................................................................36II. Au fil des thèmes et des auteurs.............................................39
§ 200 Présentation ....................................................................41
§ 201 Islam et christianisme, si proches que cela ? .....................43
§ 202 Foi et raison ....................................................................44
§ 203 La paix soit sur toi ! ..........................................................45
§ 204 Au nom de Dieu................................................................46
§ 205 Martyrs, qu'est-ce à dire ? ................................................48
§ 206 Djihad .............................................................................50
§ 207 L'Evangile a-t-il pu être modifié ? .......................................51
§ 208 Un chrétien pourrait-il modifier l'Évangile ? ..........................53
§ 209 L'authentique Injil ? ..........................................................54
§ 210 Les "Évangiles de l'enfance du Christ"................................55
§ 211 L'Évangile de Barnabé.......................................................57
§ 212 Le Coran a-t-il pu être modifié ? ........................................60
§ 213 Mais, au fond, le Tahrif est-il possible ? .............................63
§ 214 Mahomet, un prophète annoncé dans la Bible ? .................65
§ 215 Mahomet dans le Cantique des cantiques ? ......................67
§ 216 Mahomet annoncé par Isaïe ? ..........................................69
§ 217 Mahomet, annoncé par Jésus ? .......................................73
§ 218 Paraklétos ou Périklutos ? ..............................................76
§ 219 Que dire de Jésus-Christ ? ..............................................79
§ 220 Que dire de Mahomet ? ..................................................80
§ 221 Lequel est le plus grand ? ...............................................83
§ 222 Et la Trinité ? .................................................................84
§ 223 Les vainqueurs du monde ? ............................................86
§ 224 L'âne ou la Croix ? .........................................................87
§ 225 A quoi servent les icônes des églises ? ...........................90
§ 226 Que manger ? ...............................................................91
§ 227 Vivre en chrétien ...........................................................95
§ 228 Conclusion....................................................................98III. Le dialogue du moine Jirji ..................................................99
§ 300 Présentation ..............................................................101
§ 301 Préambule .................................................................104
§ 302 Le mode de vie des moines et ses raisons.....................105
§ 303 Arrivée des lettrés musulmans......................................107
§ 304 Les caractéristiques d'un envoyé de Dieu.......................109
§ 305 L'accusation d'avoir falsifié l'Evangile .............................114
§ 306 Histoire de Mahomet ...................................................116
§ 307 La croyance des chrétiens...........................................122
§ 308 Intervention d'Abou al-Fadl............................................124
§ 309 L'incarnation du Christ .................................................124
§ 310 Fin de la première journée ............................................126
§ 311 Deuxième jour .............................................................127
§ 312 Le Christ, Dieu et homme.............................................128
§ 313 Mathal du prisonnier gracié...........................................133
§ 314 Actions humaines et divines du Christ ...........................137
§ 315 Mathal du serviteur rebelle et du roi incognito..................140
§ 316 La vénération de la Croix ..............................................146
§ 317 Mathal du maître se substituant à son serviteur...............148
§ 318 Les quatre religions ......................................................151
§ 319 La religion des sabéens.................................................153
§ 320 La religion des juifs ......................................................154
§ 321 La religion des chrétiens................................................158
§ 322 La religion des musulmans ...........................................162
§ 323 Mathal du roi, du prince et du médecin ..........................166
§ 324 Ordalies et tour de passe-passe....................................170
§ 325 Ablutions rituelles, circoncision et baptême....................172
§ 326 Humilité ou splendeur ?................................................175
§ 327 Les merveilles du Hadj .................................................177
§ 328 Séparation et départ ....................................................180IV. Annexes.........................................................................183
§ 401 Petit glossaire de l'islam .............................................185
§ 402 Petit glossaire du christianisme ...................................191
§ 403 Index des auteurs chrétiens cités dans cet ouvrage........197
§ 404 Deux formules théologiques chrétiennes........................209
§ 405 Accord entre "monophysites" et "chalcédoniens" ...........211
§ 406 Accord entre "nestoriens" et "chalcédoniens" ................215
Bibliographie .......................................................................219
Table des matières ..............................................................226Quatrième de couverture :
Dès ses origines au VII° siècle, l'islam s'est répandu dans tout le Moyen-Orient. Ainsi, dès cette période, des chrétiens arabes et syriaques furent en contacts d'abord sporadiques, puis fréquents avec des tenants de la nouvelle religion, avant de se trouver dans la situation de citoyens minoritaires dans un pays où les vainqueurs du jour s'imposaient tant au niveau culturel, social et politique que religieux.
Que fallait-il faire ? Résister ou s'adapter ? Et s'il fallait s'adapter, jusqu'à quel point ? Ce fut le rôle des évêques, des prêtres et des moines que d'écrire pour réconforter leurs frères chrétiens et les encourager à persévérer dans la foi des Apôtres au Christ ressuscité. Il fallait par ailleurs apprendre à connaître cette nouvelle religion – et en particulier son Livre – pour montrer ce qui en elle était compatible avec l'Evangile, et ce qui en elle y était opposé.
Ce sont plus de vingt-cinq de ces auteurs chrétiens qui sont convoqués ici, soit pour un éclairage ponctuel, soit pour un texte plus long.
Liste des auteurs cités :[NB : dans le livre, chaque nom de cette liste est accompagné d'une notice le concernant]
Nota : la première ligne de chaque notice, placée entre crochets, regroupe les informations essentielles suivantes :
- Siècle durant lequel vécut l'auteur ;
- Régions où il vécut ;
- Langues qu'il employait dans ses écrits ;
- Église à laquelle il appartenait ;
- Notice de présentation dans le "CMR" ;
- Sections du présent ouvrage où l'auteur est cité.
Abd al-Masih al-Kindi.
[IX° siècle ; Syrie ; Langue : arabe ; Église nestorienne (?) ; CMR 1 p 585 ; § 205]
Abraham de Beth-Halé
[VIII° siècle ; Iraq ; Langue : syriaque ; Église nestorienne ; CMR 1 p 269 ; § 223]
Abraham de Tibériade
[IX° siècle ; Iraq, Syrie, Jérusalem ; Langues : syriaque, arabe ; Église melkite (?) ; CMR 1 p. 876 ; § 207, § 209, § 221]
Abu l-Hayr ibn al-Tayyib
[XIII° siècle ; Egypte ; Langue : arabe ; Église copte ; CMR 4 p. 431 ; § 225]
Abu Raïtah al-Takriti
[VIII°-IX° siècle ; Irak ; Langue : arabe ; Eglise jacobite ; CMR 1 p. 567 ; § 222]
Afif ibn Muammal
[XI°-XII° siècle ; Syrie ou Egypte ; Langue : arabe ; Église melkite ; CMR 2 p. 714 et CMR 5 p. 745 ; § 202]
Ali ibn Daoud al-Arfadi
[IX°-XI° siècle (?) ; Syrie ; Langue : arabe ; Église jacobite (?) ; CMR - ; § 200]
Al-Mutaman ibn al-Assal
[XIII° siècle ; Egypte, Damas ; Langues : copte, arabe ; Église copte ; CMR 4 p 530 ; (§ 204)]
Amr ibn Matta de Tirhan
[XI° siècle ; Irak ; Langue arabe ; Eglise nestorienne ; CMR 2 p. 627 ; § 226]
Aréthas (pseudo)
[X° siècle ; Byzance ; Langue : grec ; Eglise orthodoxe ; CMR- ; § 220 § 224]
Bahira.
[VII° siècle ; Syrie (?) ; Langue : syriaque ; Église nestorienne (?) ; CMR 1 p. 600 ; § 204]
Bar Hebraeus (Grégoire)
[XIII° siècle ; Turquie, Irak, Iran ; Langue syriaque ; Eglise jacobite ; CMR 4 p. 588 ; § 200, § 213]
Bartholomé Georgievitz (Djurdjevic).
[XVI° siècle ; Croatie, Moyen Orient, Italie ; Langues : croate, turc, latin ; Église catholique ; CMR 7 p. 321 ; (§ 204)]
Enbaqom.
[XVI° siècle ; Moyen Orient, Ethiopie ; Langues : arabe et guèze ; Église d'Ethiopie ; CMR 7 p. 794 ; (§ 204), § 212]
Ilminskii (Nikolaï)
[XIX° siècle ; Empire russe ; Langues : russe, tatar, arabe ; Église orthodoxe ; CMR - ; § Introduction]
Jean I d'Antioche.
[VII° siècle ; Syrie ; Langues : syriaque, arabe ; Église jacobite ; CMR 1 p 782 ; § 208, § 222 ]
Jean Damascène.
[VIII° siècle ; Syrie, Jérusalem ; Langues : grec, arabe ; Église melkite ; CMR 1 p 295 ; (§ 221), (§ 306)]
Jirji al-Semani
[XII°-XIII° siècle ; Syrie ; Langue : arabe ; Eglise melkite ; CMR 4 p.166 ; § 207, § 223 ; Texte complet : § 301-328]
Macaire III ibn al-Zaïm
[XVII° siècle, Syrie ; Langue : grec, arabe ; Église melkite ; CMR 10, p 343 ; § 204]
Michel le Sabaïte
[VIII°-IX° siècle ; Jérusalem ; Langue : arabe ; Eglise melkite ; CMR 1 p. 911 ; § 220]
Nau (Michel)
[XVII° siècle ; France, puis Moyen Orient ; Langues : français, arabe ; Église catholique ; CMR 9 p. 601 ; § Introduction]
Paul d'Antioche.
[XII° siècle ; Syrie, Liban ; Langue : arabe ; Église melkite ; CMR 4 p 78 ; § 204, Texte complet : § 101-109]
Pfander (Karl).
[XIX° siècle ; Allemagne, Inde, Turquie, Perse ; Langues : allemand, persan, turc, arabe ; Eglise protestante ; CMR - ; § 215]
Sophrone de Jérusalem
[VI°-VII° siècle ; Syrie, Jérusalem ; Langue : grec ; Église orthodoxe ; CMR 1 p. 120 ; § 206]
Spiridon (Archimandrite)
[XIX° siècle ; Russie ; Langue : russe ; Eglise orthodoxe ; CMR - ; § 227]
Théodore Abu Qurrah.
[VIII°-IX° siècle ; Syrie, Moyen Orient ; Langues : syriaque, arabe, grec ; Église melkite ; CMR 1 p. 439 ; § 202, § 203, § 214, § 219, [§ 221], § 224, § 225]
Timothée I de Bagdad.
[VIII-IX° siècle ; Irak, Langues : syriaque, arabe ; Église nestorienne ; CMR 1 p. 515 ; § Introduction, § 214, § 216, § 217, § 220, § 224]
Texte de la vidéo de présentation
Pouvez-vous nous parler de votre livre ?S'il est un domaine méconnu, c'est bien celui que l'on appelle – dans un fourre-tout facile – les "Chrétiens d'Orient".Parmi leurs caractéristiques historiques, il convient de noter que ces chrétiens furent les premiers à être confrontés à l'islam. Un islam émergeant, puis conquérant puis dominant.Depuis quelques décennies, les écrits de ces auteurs syriaques, coptes, arabes et autres commencent à être édités et traduits, et on découvre ainsi, au milieu de traités de médecine, de théologie, d'histoire, d'exégèse ou de philosophie une littérature de résistance, modérée dans ses propos, ferme dans son fond, face à la nouvelle religion.En effet, dès le début, les musulmans convaincus que l'islam était la continuité de la révélation divine transmise par Abraham, Moïse, Jésus et bien d'autres, ne manquèrent pas de s'interroger sur le refus des juifs et des chrétiens à adopter la révélation que Mahomet affirmait transmettre. Et leurs interrogations se transformèrent vite en questions, critiques et reproches auxquels il fallut bien répondre et faire face.Dans cet ouvrage, c'est à ces chrétiens – quelle que soit leur appartenance confessionnelle, car qu'ils soient nestoriens, jacobites ou melkites, face à l'islam, ils étaient simplement chrétiens – c'est donc à ces chrétiens que je donne principalement la parole, dans ce qui pourrait s'apparenter à une sorte d'anthologie.S'agit-il simplement d'un livre d'érudition ?Pas seulement. Car nombre des questions et reproches formulés à l'époque le sont encore aujourd'hui, et souvent dans les mêmes termes, et les réponses que ces chrétiens orientaux ont apporté dans leurs contextes historiques conservent toute leur pertinence dans les débats actuels de sorte que je me suis efforcé de mettre ces textes anciens en lien avec notre contexte moderne.Est-ce un livre militant ?D'une certaine manière, sans doute, car c'est aussi en tant que chrétien orthodoxe que j'aborde ces questions. Pour autant, il ne s'agit pas d'un brûlot polémique, et je ne pense pas que ceux de mes amis musulmans qui le liraient se sentiraient agressés. D'une certaine manière, il a pour but de ne pas laisser un chrétien actuel déconcerté, voire déstabilisé par le genre de questions, syllogismes et reproches que l'on peut entendre formulés par des musulmans trop zélés, et sans doute mal informés. Et ça, c'était déjà le but des auteurs que je cite.Bien sûr, on ne couvre pas 14 siècles de débats dans un petit livre – une simple énumération bibliographique prendrait déjà des milliers de pages – et même si je donne in extenso deux documents – la lettre de l'évêque Paul d'Antioche à un ami musulman d'une part, et le débat entre un moine syrien et plusieurs lettrés musulmans d'autre part, je ne fais qu'effleurer le sujet. C'est pourquoi, j'ai placé en annexe – à l'intention de ceux qui voudraient aller plus loin dans cette démarche – pour chaque auteur que je cite une notice de présentation, ainsi que les références bibliographiques indispensables : si l'on sait quoi chercher, on trouve beaucoup plus aisément.votre commentaire
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Par Al-Bossikad le 2 Août 2021 à 16:12
Conversion et apostasie au regard du droit malikite médiéval
RÉSUMÉ
L’apostasie, plus que la conversion elle-même, est ce qui préoccupe au premier chef les sources narratives et les juristes de l’Islam médiéval. Le corpus juridique permet de préciser selon quelles formules légales et quels rites s’effectuent ces changements de statut. L’examen du fiqh permet de souligner les liens entre conversion et abjuration et d’analyser la doctrine de la « sincérité ». Il révèle une image de la conversion islamique plus complexe que celle que l’on retient habituellement.
ENTRÉES D'INDEX
TEXTE INTÉGRAL
- 1 Que nous distinguerons ici du processus de conversion, qui se déploie sur une plus longue temporal (...)
- 2 Houellebecq 2015, p. 297.
- 3 Voir à ce sujet les remarques de Van Nieuwkerk 2006, p. 96.
1L’acte légal de conversion1 à l’islam est généralement perçu, tant par les spécialistes que par la vox populi, comme une formalité simple et peu contraignante qui consisterait principalement à manifester sa volonté de passer à l’acte et à réciter devant témoins la šahāda, ou profession de foi islamique. L’absence de cérémonial, ou plutôt le choix d’adopter un rituel simplifié et dépouillé, donne l’image d’une religion à laquelle on peut aisément, rapidement et spontanément adhérer, sans devoir affronter de trop lourdes contraintes formelles comme dans le judaïsme ou, dans une moindre mesure, le christianisme. C’est ainsi que le héros du roman de Michel Houellebecq, Soumission, juge cette cérémonie bien moins contraignante que les pesantes manifestations de la Sorbonne2 ! Si l’on analyse les récits de conversion qui prolifèrent aujourd’hui dans les médias grâce au formidable outil de diffusion offert par Internet3, ils mettent l’accent sur une mutation préliminaire à l’acte de conversion, ou consécutive à celui-ci, mais se montrent généralement laconiques sur l’opération qui scelle le changement de statut religieux, comme si celle-ci ne constituait pas le temps fort de ce processus. Cette apparente facilité, qui semble contraster avec les autres religions, est soigneusement mise en avant par les sites apologétiques : pas d’obligation de formation préalable, pas d’intermédiaires ni d’étapes nécessaires, des règles simples et en nombre limité à respecter ensuite... Pour être musulman, il suffit de le vouloir : tel est l’axiome de cette théorie de la conversion comme simple volition. La minoration des barrières à franchir peut naturellement contribuer à la promotion du passage à l’islam.
2Si l’on remonte vers des périodes plus reculées, celles qui virent se former les rites et les dogmes de l’islam, celles encore où les pouvoirs islamiques furent massivement confrontés à la question du changement de religion de leurs sujets, on constate que l’acte de conversion n’occupe pas non plus une place centrale dans l’économie du récit. Bien plus, les sources juridiques, qui constituent a priori le gisement de données le plus important en ce qui concerne les conditions et les normes de la conversion, répondent surtout au défi de l’apostasie. Le corpus malikite andalou et maghrébin, dont les grandes références datent principalement des IXe-XIIe siècles, n’en est pas moins riche d’enseignements sur la façon dont les juristes abordent ce problème, et l’on y trouve matière à débuter une enquête sur l’histoire sociale de la conversion et de ses rites, enquête que le cloisonnement régional des études islamiques n’a pas encore permis de réaliser.
La conversion dans l’économie du récit islamique
- 4 Voir ainsi Calasso 2001 pour Baṣra, l’analyse détaillée, pour la Syrie, de Jalabert 2004, p. 187-2 (...)
- 5 Pasquier 2011, p. 2 souligne par exemple la fortune littéraire des récits basés sur le paradigme d (...)
- 6 Voir notamment Turan 1959.
- 7 Voir par exemple Deweese 1994.
3Quelle est la place réservée par les sources à ce fait majeur de sociologie religieuse ? Toutes les études le notent : la tradition narrative islamique semble éluder la question des conversions4, centrale au contraire dans la littérature chrétienne de la fin de l’Antiquité et du haut Moyen Âge5. Ce n’est que si l’on déplace son regard vers les terres de frontière ou les peuples nouveaux de l’Islam – de l’Afrique subsaharienne aux confins turcs, centrasiatiques et indiens – que le thème du prosélytisme religieux et de la conversion des élites « païennes » prend réellement du relief. L’essor de l’hagiographie soufie, aux XIIe-XIIIe siècles, favorise d’ailleurs le développement d’une apologétique de la conversion, elle-même intégrée à une culture du miracle : conversion intérieure de celui qui s’engage sur la voie de Dieu, mais aussi propagation de la foi aux marges de l’Islam. De grands mystiques, bientôt relayés par les confréries, font basculer vers l’islam leurs auditoires. Emblématique de cette nouvelle spiritualité de l’illumination par la parole et les actes, Ğalāl al-Dīn Rūmī (m. 1273) aurait ainsi converti 18.000 chrétiens en Anatolie6. À partir de la fin du Moyen Âge, l’Asie centrale et les terres d’implantation de la Horde d’Or semblent aussi livrer une moisson de récits édifiants7.
4Toutefois, pour en revenir au bassin méditerranéen et à l’Occident islamique, force est de constater que les récits de conversion à proprement parler sont rares, allusifs, laconiques, et par ailleurs bien connus. Bien souvent le changement de religion n’est marqué que par l’emploi du verbe aslama – se « livrer », se « soumettre », donc se convertir –, que viennent enrichir quelques rares compléments sémantiques stéréotypés, comme daḫala fī dīn al-islām (« entrer dans la religion de l’islam »).
- 8 Ibn Ḥazm 1948, p. 502-503.
- 9 Ibn al-Qūṭiyya 1982, p. 3-6.
- 10 Ibn ʻIḏārī 1998, I, p. 37.
5Sporadiquement, la geste des conquêtes comporte cependant des anecdotes sur le passage à l’islam des groupes et des individus. À l’arrivée des musulmans, l’ancêtre du lignage des Banū Qasī, ancré dans la vallée de l’Èbre, se serait ainsi rendu à Damas pour s’y convertir en devenant le client (mawlà) du calife omeyyade al-Walīd b. ‘Abd al-Malik (r. 705-715) – la conversion étant alors indissociable d’une soumission politique marquée par l’établissement d’un lien de clientèle8. L’adhésion des populations à la nouvelle Loi peut d’ailleurs être suggérée autrement que par la mention explicite des conversions, par exemple grâce à des légendes relatives à la fusion ou alliance des peuples. C’est ainsi que Sarah la « Gothe » fait le voyage jusqu’à Damas pour y rencontrer le calife, épouse l’un des membres de son entourage, et donne ainsi naissance à un lignage musulman qui concilie le peuple des vaincus (les « Goths ») et celui des vainqueurs (les « Arabes »)9. L’absorption du Maghreb par l’islam est figurée par l’épisode où la Kāhina, figure de proue de la résistance « berbère », confie ses trois fils, dont l’un est « grec » – donc chrétien de rite byzantin – à Khālid b. Yazīd, le chef des troupes arabes10.
- 11 Euloge 1973, II, p. 440-441.
- 12 Al-Ḫušanī 1914, p. 130-133.
- 13 Aillet 2008 et 2010 (b).
- 14 Ibn Ḥayyān 1937, p. 128 ; Ibn Ḥayyān 1979, p. 138-140 et 215-217 ; Aillet 2010 (a), p. 99-103.
- 15 Ibn Ḫaldūn 2012, p. 152.
6L’accent est mis sur la soumission politique, elle-même rattachée à la problématique plus large de l’instauration du nouvel ordre. Dans le prolongement de la Révélation, la conquête constitue en effet une « ouverture » (fatḥ) du monde à l’islam. Une fois que les terres et les peuples ont été rattachés politiquement, le regard des mémorialistes se détourne de l’évolution religieuse des sujets pour se fixer sur la construction de l’autorité légitime qui garantit l’imposition de la nouvelle Loi. La conversion n’est alors mentionnée, le plus souvent, que si elle suscite le doute. L’abandon du christianisme par Qūmis b. Antunyān, l’un des secrétaires de l’émir omeyyade Muḥammad I (r. 852-886), est vivement stigmatisé par les sources chrétiennes des années 86011, tandis que le Livre des cadis de Cordoue d’al-Ḫušanī (Xe siècle) le mentionne principalement à propos de l’accusation d’apostasie portée contre cet individu par l’un des grands généraux de l’émirat12. De même, c’est à l’occasion des révoltes qui soulèvent al-Andalus au IXe siècle, et auxquelles participent des populations musulmanes d’origine autochtone, les muwalladūn, que ces dernières sont assimilées à des apostats ou à des convertis vacillants13. Leur principal meneur, ‘Umar ibn Ḥafṣūn, aurait ainsi renié secrètement l’islam pour revenir à la foi de ses aïeux14. Quant aux Berbères, lorsqu’Ibn Ḫaldūn les accuse d’avoir rejeté l’islam douze fois15, il ne fait que grossir, non sans quelque humour, le préjugé tenace des sources arabes orientales, pour qui les Berbères, très tôt ralliés au kharijisme, étaient d’éternels rebelles, rétifs à l’autorité des califes. Le changement de religion n’est dévoilé que pour assimiler la révolte contre le souverain légitime à une forme d’apostasie.
7La conversion fait donc l’objet, dans la littérature arabe classique, d’une ellipse narrative qui contraste avec la manière dont la littérature chrétienne s’en empare à des fins apologétiques. Dans les sources arabes, tout se passe comme si elle ne constituait que l’une des modalités de la « soumission » des sociétés à l’islam, la dimension apologétique reposant justement sur cette élision des conditions d’adhésion à la nouvelle foi. La progression des conversions est ainsi présentée comme naturelle, inéluctable, indépendante de toute contrainte extérieure, comme le veut le fameux verset lā ikrāha fī d-dīni (« pas de contrainte en religion », Coran II, 256). La formule fréquemment employée, aslama ṭāy‘an (« se convertir de bon gré »), reprend d’ailleurs cette idée. Ce qui retient les chroniqueurs n’est donc pas tant le cheminement vers l’islam que les résistances à ce processus inexorable.
- 16 Pour une première approche de l’apostasie dans le droit islamique : Fattal 1958, p. 163-168.
- 17 Nous employons cette expression par analogie avec les « vieux chrétiens » du XVIe siècle, et pour (...)
8Or parmi les phénomènes qui viennent enrayer ce déroulement harmonieux, l’apostasie domine16. Sur quelque terrain que l’on se situe, il est évident que la conversion fait surtout parler d’elle lorsqu’elle est jugée suspecte ou qu’elle est remise en question. L’apostasie éclaire soudainement, et avec vivacité, les mutations religieuses des sociétés. Elle met également en lumière les espaces d’indécision entre l’appartenance à la ḏimma – « protection » légale accordée aux « gens du Livre » en Islam – et la fusion complète dans le groupe des « vieux musulmans17 ». Si la conversion ne constitue pas une préoccupation centrale du droit, l’apostasie y occupe en revanche une place importante, suscitant des fatwas spécifiques. Tandis que le vocabulaire de la conversion est relativement pauvre, celui de l’apostasie est prolixe et édifiant, il frappe les esprits.
Quelles sources pour l’enquête ?
9L’étude des normes de la conversion peut toutefois s’appuyer, en Islam, sur la manne des sources juridiques, florissantes à partir du IXe siècle. Pour construire une histoire comparée de la conversion, il serait même profitable de pouvoir croiser les différentes traditions juridiques qui ont coexisté dans l’Islam médiéval, y compris dans les domaines chiite et ibadite. Il s’agit cependant d’ensembles massifs, dans lesquels le thème de la conversion est en réalité noyé dans une masse d’autres questions. Cette question n’est en effet jamais abordée dans une section (kitāb) spécifique, elle apparaît dans d’autres rubriques. L’effort de régulation des juristes porte d’ailleurs sur d’autres enjeux, comme le statut de l’individu – est-il un homme libre ou un esclave ? a-t-il le statut de ḏimmī ou est-il étranger au dār al-Islām ? – et son affiliation religieuse – fait-il partie des « gens du Livre » ou est-il païen ? Par ailleurs, c’est la question de l’indécision religieuse et de l’apostasie qui occupe en priorité les juristes, soucieux de contrôler les frontières de la communauté des fidèles autant que d’en ouvrir les portes. Dans ces vastes compilations, des chapitres sont d’ailleurs spécialement consacrés à l’apostasie et aux apostats.
- 18 Simonsohn 2013 (a) et (b).
- 19 Abū Bakr al-Ḫallāl 1996.
- 20 Saḥnūn s.d. ; Ibn Rušd al-Ğadd 1988-1991 ; Fernández Félix 2003.
10Pour cette enquête, la présente contribution s’appuie principalement sur le corpus des juristes malikites andalous et maghrébins, dans lequel on a sélectionné une cinquantaine de questions (masā’il) qui portaient spécifiquement sur la conversion. Ce corpus pourrait naturellement être élargi par l’exploitation d’autres sources ou le dépouillement exhaustif des grandes compilations. Les travaux récents d’Uriel Simonsohn, qui confronte aux sources islamiques des témoignages issus du judaïsme et du christianisme en terre d’Islam18, ont attiré notre attention sur le recueil d’Abū Bakr al-Ḫallāl (m. 923-924), un juriste bagdadien qui a rassemblé les avis d’Aḥmad ibn Ḥanbal (m. 855)19. En 1994, il en a été tiré un recueil comprenant 260 questions consacrées aux ḏimmī-s, aux apostats et aux hérétiques. Il semblait donc intéressant de mettre en regard cet ensemble cohérent avec les avis juridiques des auteurs malikites contemporains comme Saḥnūn (m. 854) à Kairouan ou al-‘Utbī (m. 869) à Cordoue20, les divergences entre ces écoles n’étant d’ailleurs pas considérables dans ce domaine.
- 21 Chalmeta 1986 et, avant lui, Abumalham 1985.
11Le corpus malikite offre cependant une ressource inestimable, puisqu’il conserve des formulaires de conversion dans des manuels destinés aux notaires et aux juristes : le Livre des formulaires juridiques (Kitāb al-waṯā’iq) du Cordouan Ibn al-‘Aṭṭār (m. 1009), la Source de satisfaction en matière de science des actes juridiques (Al-Muqniʿ fī ʿilm al-šurūṭ) du Tolédan Aḥmad b. Muġīṯ al-Ṭūlayṭulī (m. 1067), et le Projet réalisable de résumé des documents juridiques (Al-Maqṣad al-maḥmūd fī talh̲īṣ al-ʿuqūd) du Maghrébin ‘Alī b. Yaḥya al-Ğazīrī (m. 1189). Ces trois sources reposent sur un protocole juridique commun tout en répondant à des situations différentes. Pour leur analyse, nous sommes grandement redevables aux travaux de l’historien espagnol Pedro Chalmeta, éditeur et traducteur avec Federico Corriente du traité d’Ibn al-‘Aṭṭār, et auteur d’un article sur « le passage à l’islam dans al-Andalus au Xe siècle21 ». Nous essayerons donc de compléter et d’élargir son enquête à la lumière des éditions d’Ibn Muġīṯ et d’al-Ğazīrī – postérieures à ses écrits même s’il en connaissait les apports – et au prisme d’autres sources.
Entrer dans l'islam ou y revenir : entre conversion et abjuration
12Les différences introduites dans les formulaires de ces trois auteurs traduisent tout d’abord la prise en considération du passé doctrinal et de l’origine religieuse du converti. Ibn al-‘Aṭṭār propose en effet cinq formulaires : pour un chrétien, pour un juif, pour un « mağūs », pour une femme mariée chrétienne et pour une « mağūsiyya ». L’ouvrage d’Ibn Muġīṯ en comporte le même nombre, pour le chrétien ou le juif indifféremment, pour le juif exclusivement, pour l’apostat qui revient à l’islam (ruğūʿ al-murtadd ilà l-islām), pour l’hérétique (rağul tazandaqa), et pour l’apostat qui se repent (tāba). Quant à al-Ğazīrī, il propose un formulaire standard pour le chrétien, le juif et les infidèles (ahl al-kufr).
- 22 Voir Ibn al-ʻAṭṭār 1983, éd. p. 405-406, trad. p. 632-633.
13Pour décrypter le protocole légal de la conversion, on peut partir d’un document concret qui nous servira de base pour l’analyse. Prenons donc l’acte de conversion d’un chrétien chez Ibn al-‘Aṭṭār22, que nous retraduisons ici le plus littéralement possible :
- 23 Coran, IV-171.
Fulān ibn Fulān, converti à l’islam (islāmī), a pris à témoin les témoins de cet acte écrit (kitāb), qu’étant en bonne santé, libre de ses actes et possesseur de toute son intelligence et de toute sa raison, il a rejeté derrière lui la religion chrétienne, de façon volontaire, et est entré dans la religion de l’islam, de manière volontaire. Il a témoigné qu’il n’y avait de Dieu que le Dieu unique et qu’Il n’avait pas d’associé, et que Muḥammad était Son serviteur, Son messager et le sceau de Ses prophètes. Que le messie Jésus fils de Marie – la bénédiction et le salut de Dieu soient sur lui – est Son serviteur et Son messager, « Son verbe et Son esprit, insufflés en Marie23 » – la bénédiction et le salut de Dieu soient sur elle. Qu’il s’est lavé entièrement (iġtasala) pour sa conversion à l’islam et a fait sa prière. Qu’il connaît les préceptes obligatoires (šarā’i‘) de l’islam : les ablutions, la prière, la zakāt, le jeûne au mois de Ramadan, le pèlerinage à la Maison [du Prophète] pour celui qui en a les moyens. Qu’il connaît les crimes légaux (ḥudūd) et les temps sacrés (mawāqīt). Il s’est imposé tout cela comme un devoir en s’agrippant à l’islam (tamassakan bi-l-islām) et en désirant y entrer. Qu’il a loué Dieu pour ce qu’Il lui a révélé [de l’islam] et de ce qu’il lui incombait de faire en son sein. Qu’il sait que l’islam est la seule religion de Dieu, abrogateur (nāsiḫ) de toutes les autres religions, que c’est la religion qui domine toutes les autres et n’est dominée par aucune autre, que Dieu n’accepte que celle-ci et qu’Il ne se satisfait d’aucune autre.
Sa soumission (islām) s’est faite de bon gré, en étant libre de ses mouvements, sans fuir quoi que ce soit, sans subir de contrainte, sans attendre [d’avantage quelconque], en présence de Fulān al-Fulānī. Si ce dernier est un juge, tu diras : « En présence de Fulān b. Fulān, grand qāḍī (qāḍī l-ğamā‘a) de Cordoue, ou bien qāḍī de telle localité, ou bien ṣāḥib al-šurṭa, [ṣāḥib] al-madīna, [ṣāḥib] al-sūq, [ṣāḥib] al-radd à Cordoue ». Sont témoins du témoignage de Fulān b. Fulān – converti à l’islam de son propre fait, connu et entendu par eux, se trouvant dans les conditions déjà décrites –, consigné dans cet acte écrit, après que celui-ci eut été établi au su et au vu de tous, constituant ainsi pour lui une obligation de s’y astreindre [emplacement des signatures]. Fait à telle date [emplacement de la date].
Si, au lieu de mettre « connu par eux », tu mets « qui s’est informé de lui-même », cela suffit. Ensuite, tu diras : « à tel mois, l’année tant, l’acte ayant été rédigé en double », ou bien « en plusieurs exemplaires ». S’il n’y a qu’un seul document, entre les mains d’une personne digne de confiance (ṯiqqa), cela convient aussi, mais c’est préférable et plus solide quand il y a plusieurs copies, si Dieu le veut.- 24 Abū Bakr al-Ḫallāl, p. 372-373.
- 25 Ibid., p. 376.
- 26 Ibid., p. 381.
- 27 Ibid., p. 376.
- 28 Ibid., p. 377-378.
- 29 Ibn Muġīṯ al-Ṭulayṭūlī 1994, p. 346.
- 30 Ibn al-ʻAṭṭār 1983, éd. p. 409, trad. p. 636.
14On peut constater qu’il s’agissait d’un formulaire-type, à trous, que le représentant légal chargé d’enregistrer et de valider la conversion n’avait plus qu’à remplir avec le nom du candidat, ceux du magistrat et des témoins nécessaires à la validité de l’acte juridique, et la date. Remarquons aussi que, contrairement à ce que l’on retient de nos jours de l’acte de conversion chez les malikites, le modèle transmis par Ibn al-‘Aṭṭār comporte non seulement l’énonciation de la šahāda, mais aussi une brève réfutation des principaux articles de la foi antérieure, ici la croyance en la divinité de Jésus. En réalité, il y avait de légères variations dans les formules que les juristes admettaient pour la conversion. Certes, la šahāda était le sésame par excellence pour entrer dans l’islam, mais il fallait la prononcer correctement, car toute variation entraînait l’invalidation de l’acte légal24. Certains hommes de loi estimaient qu’il suffisait de déclarer : « Je suis musulman et Muḥammad est prophète25 ». D’autres disaient que si l’on faisait sa prière en prononçant : « Je suis musulman », on le devenait26. Abū Ḥanīfa trouvait cela insuffisant et rajoutait que l’on ne pouvait se dire converti que si l’on précisait : « Je me dissocie de l’infidélité où je demeurais » (anā barī’ min al-kufr al-laḏī kuntu fīhi)27. Selon une autre tradition, attribuée à Abū Bakr al-Mazūdī, cette « dissociation d’avec l’infidélité » (barā’a min al-širk) devait s’exprimer sous la forme : « Je suis sorti du judaïsme (ou du christianisme) pour entrer dans l’islam ». Le même tenait pour nécessaire la croyance dans la Résurrection, le paradis et l’enfer28. Étrangement, Ibn Muġīt impose quant à lui au converti juif de stipuler, dans sa profession de foi, que Dieu ne peut prendre épouse ni avoir de fils, une croyance qui semble pourtant caractériser davantage le christianisme29. En revanche, dans le cas d’un converti juif, Ibn al-‘Aṭṭār subordonne implicitement Moïse, Esdras et les autres prophètes de l’Ancien Testament à Muḥammad, le « sceau des prophètes30 ». Les formulaires destinés aux chrétiens et aux juifs mettent de toute manière en évidence le dogme de l’abrogation (nasḫ) par l’islam des Lois antérieures.
- 31 Morony 2015.
- 32 Ibn Ḥayyān 1983, p. 23, 27-28, 58, 61, 67, 78, 93.
- 33 Voir Ibn al-ʻAṭṭār 1983, p. 626 ; Epalza 2008 et Fierro et Molina (inédit). Je remercie Maribel Fi (...)
- 34 Ibn al-ʻAṭṭār 1983, éd. p. 413, trad. p. 641 ; al-Ğazīrī 1998, p. 425.
15Plus étonnante, dans le contexte andalou, est la présence de formulaires de conversion destinés aux mağūs, les « fidèles des mages », hommes ou femmes. Le terme mağūsī renvoie en effet à l’élite sacerdotale de l’ancien empire perse, c’est-à-dire normalement aux Zoroastriens en Orient31. En contexte andalou, les chances étaient cependant minces de rencontrer de tels cas de figure, aussi le vocable se réfère-t-il de toute évidence à un autre groupe. On désignait ainsi, dans les sources andalouses, des populations païennes comme les Vikings, qui harcelèrent les côtes au ixe ou encore au Xe siècle, ou les Hongrois qui pénétrèrent en al-Andalus au temps du califat. Sous le règne d’al-Ḥakam II, donc du vivant d’Ibn al-ʻAṭṭār, le Muqtabis VII d’Ibn Ḥayyān signale d’ailleurs plusieurs raids des « Mağūs32 ». Les populations basques du nord-ouest de la péninsule étaient parfois appelées ainsi, mais seulement pour évoquer les événements du VIIIe siècle, apparemment33. On peut aussi penser aux esclaves « slaves » (Saqāliba) que les Omeyyades importaient encore à cette époque des marges païennes de l’Europe orientale, via les plaques tournantes de Verdun ou de Prague, ou aux esclaves arrachés à l’Afrique subsaharienne : ces individus étaient en effet susceptibles de passer du paganisme à l’islam. Mais cette opération nécessitait-elle l’accomplissement d’un acte légal de conversion et, s’agissant de populations de statut servile, ne se réalisait-elle pas de manière informelle, dans le cercle de la cour ? Le formulaire s’adresse en tout cas très clairement à des populations non-monothéistes, puisqu’il insiste longuement sur l’unicité divine et condamne toute forme d’« association » et d’« idolâtrie » (lā ma‘būd dūna llāh), en particulier le culte des « idoles » (al-aṣnām) et du feu – al-abdād désignant les pyrées mazdéens chez Ibn al-‘Aṭṭār, et ‘ibādat al-nīrān le « culte des feux » chez al-Ğazīrī34.
- 35 Blois 2015.
- 36 Ibn Muġīṯ, p. 346-347.
16Ibn al-ʻAṭṭār appartient à un monde andalou encore multiconfessionnel, où le processus des conversions à l’islam est toujours vivant. Chez Ibn Muġīṯ, qui écrit à l’époque des royaumes de Taifas, l’attention se resserre au contraire sur la question de la déviance religieuse. C’est ainsi que le juriste tolédan insère à la suite des formulaires inspirés par son prédécesseur un acte légal qui leur est apparenté sur le plan formel, mais qui est destiné au retour vers l'islam des hérétiques, appelés zindīq-s en arabe. En Orient, ce terme était originellement employé à propos des manichéens, avant de s'appliquer à des doctrines philosophiques ou spirituelles jugées hérétiques, comme en al-Andalus le mouvement d’Ibn Masarra (m. 931)35. Voici la traduction du début de ce document, dont la suite est malheureusement trop lacunaire pour tenter autre chose que d’en comprendre le sens général36 :
Les témoins nommés dans cet acte attestent qu’ils connaissent Fulān b. Fulān en personne et de visu, qu’ils le savent faire partie du groupe des négateurs des attributs de Dieu (ahl al-taʻṭīl), membres de la secte des hérétiques (al-zanādiqa), qu’ils l’ont entendu formuler des énoncés qui démontraient son hérésie et témoignaient de sa légèreté (istiḫfāfihi) […].
17Tout commence par un acte d'accusation, signé par témoins. Les crimes imputés à l'accusé sont mentionnés dans la partie manquante du texte, mais on devine qu'on lui reproche en particulier de nier la souveraineté du Seigneur (ibṭāl al-rubūbiyya). La suite est un acte de rétractation que doit signer l’individu, qui déclare se « libérer » de ses propos antérieurs (al-munazzah ‘ammā yatakallam bihi). Le formulaire insiste sur le caractère notoire, public et explicite que doit revêtir cette déclaration.
- 37 Al-Ğazīrī 1998, p. 425.
18Ibn Muġīṯ consacre deux autres formulaires à l’apostat repentant, qui « retourne à l’islam ». Cette fois-ci le lien formel avec l'acte de conversion est encore plus étroit : il s'agit en quelque sorte d'une nouvelle conversion. Le premier formulaire, lui aussi très lacunaire, porte sur le musulman accusé d’avoir abandonné l’islam au profit du christianisme ou du judaïsme. L’acte commence par déclarer que l’individu est « sorti de l’islam » (ḫarağa ‘an al-islām), un chef d’accusation qui aurait pu lui valoir la peine capitale. La suite n’est pas complète, mais il est notamment écrit qu’en apostasiant, ce « maître de l’erreur » (ṣāḥib al-ḫaṭṭa) « a menti », qu'il « s’est enfui de lui-même » et a « tourné le dos à l’islam ». Il a « proclamé l’infidélité et l’a propagée » jusqu’à ce qu’il se rende compte de son « horrible action », retrouve sa « droiture » (rušd) et reconnaisse de nouveau l’excellence de l’islam, « religion de ses parents ». L'acte d'accusation est donc suivi du procès-verbal de son abjuration. La fin du formulaire se présente comme les actes de conversion habituels, sauf qu’il s’y ajoute des formules de repentance et de dénonciation de l’apostasie : l’homme doit non seulement proclamer son adhésion à l’islam, mais aussi remercier Dieu de l’avoir inspiré pour le faire sortir de l’infidélité au profit de la vraie foi. La purification par une ablution complète et une prière, avant la prononciation de la šahāda, marque son « retour » vers l’islam. Le protocole se termine par une sorte de formule d’exorcisme qui l’oblige à se dissocier (tabarra’a min) de la religion juive (ou chrétienne) où il était rentré et à maudire « Iblīs le réprouvé qui l’a poussé et appelé à [commettre] cet acte ». On trouve une formule semblable dans le recueil d’al-Ğazīrī, mais placée cette fois-ci au début de la déclaration destinée à l’apostat37 :
Un tel a déclaré de lui-même que Satan l’a séduit et l’a égaré jusqu’à ce qu’il renie l’islam, puis Dieu le Très Haut l’a guidé et il s’est repenti de son acte.
- 38 Aillet 2010 (a), p. 96-106. Voir aussi, récemment, Simonsohn 2013 (a) et (b).
- 39 Aillet 2010 (a), p. 98.
- 40 Ibn al-ʻAṭṭār 1983, éd. p. 407, trad. p. 634 ; Abū Bakr al-Ḫallāl, p. 487-488.
- 41 Ibid., p. 488.
19Le deuxième modèle fourni par le Tolédan est lui aussi consacré au cas de figure de l’apostat. En revanche, ce qui fait son intérêt est qu’il brille par l’absence de condamnation morale et de formules de repentance. L’individu atteste simplement qu’il est « revenu à l’islam et qu’il s’est repenti de l’infidélité et de l’apostasie », et le commentaire précise seulement que la repentance doit être exprimée trois fois. C’est donc comme si l’on laissait aux magistrats la possibilité de proposer à l’individu un retour en douceur, sans procès, vers l’islam, l’apostasie n’étant alors peut-être considérée que comme un égarement temporaire. La perméabilité de la frontière religieuse est désormais un phénomène social bien connu dans l’Islam des premiers siècles, et le corpus des martyrs de Cordoue comme la littérature juridique du IXe siècle regorgent de cas de musulmans relaps, jugés pour apostasie38. Devant ces cas, le magistrat usait d’intimidation mais aussi de persuasion (une procédure qualifiée de « mise à l'épreuve », imtiḥān) afin de tenter de convaincre l’accusé de revenir à l'islam39. Dans le droit malikite et hanbalite, un délai de trois jours d’emprisonnement était fixé avant que l’apostat ne fût exécuté, délai pendant lequel il pouvait se rétracter40. D’autres traditions de l’école hanbalite évoquaient même un délai d’un mois de repentance (istitāb) pour le prisonnier, pendant lequel on lui exposait l’islam41.
Une doctrine de la sincérité et du libre consentement
- 42 Ibn al-ʻAṭṭār 1983, éd. p. 410, trad. p. 637.
- 43 Wensinck et Crone 2015.
- 44 Ibn al-ʻAṭṭār 1983, éd. p. 406, trad. p. 632.
- 45 Ibid., éd. p. 409, trad. p. 636.
- 46 Aillet 2010 (a), p. 97-98.
- 47 Ibn al-Muġīṯ, p. 345.
20La validité de l’acte de conversion constitue l’autre obsession des juristes. Le changement de religion doit avoir lieu devant des témoins reconnus pour leur honorabilité, mais dont le nombre n’est pas précisé. Il en faut impérativement une copie écrite. Par ailleurs, l’un des témoins doit servir de garant. Comme le stipule l’un des commentaires juridiques42, le garant ne peut être comparé au patron de l’esclave affranchi car le converti agit théoriquement de son propre chef. Il s’agit là d’une allusion au procédé de la walà, conversion-patronage caractéristique des premiers temps de l’islam et de la formation des clientèles omeyyades, mais progressivement réduite à partir de la fin du VIIIe siècle au seul cas des esclaves43. Dans le cas de la conversion d’un homme libre, l’acte doit être validé par la présence d’un magistrat, garant de la šarī‘a. À Cordoue, le choix est large44 : la conversion peut être validée par le grand cadi ou par l’un de ses délégués, comme le muḥtasib. Responsable de la police des marchés (ṣāḥib al-sūq), ce personnage veillait sur la bonne gestion de la ville, ce qui incluait la surveillance des populations. L’un des hommes de loi nommés par le souverain pouvait aussi faire l’affaire, comme le ṣāḥib al-madīna (« préfet de la ville »), le ṣāḥib al-šurṭa (« préfet de police ») ou le ṣāḥib al-radd, jurisconsulte chargé d’examiner les requêtes que le souverain ou son délégué jugeait lors du tribunal d’appel des maẓālim. Dans une localité possédant le statut de ville (madīna), le cadi local pouvait valider l’acte de conversion. Le formulaire concernant le cas d’un converti juif donne à penser que c’est ce cadi qui centralise les actes de conversion de la province (kūra) dont il est responsable45, et dans les Vies des martyrs de Cordoue c’est également lui qui intervient lors des dénonciations pour apostasie46. Ibn Muġīṯ donne à n’importe quel « juge » (ḥākim) ce pouvoir47.
- 48 Sur ce thème voir Fernández Félix 2001.
- 49 Ibn Sahl 1980, p. 46-47.
21L’une des conditions requises du candidat à la conversion est qu’il soit sain d’esprit et, normalement, qu’il ait atteint l’âge légal du discernement, soit une dizaine d’années, parfois douze ans chez les malikites. Les conversions d’enfants mineurs48 semblent cependant avoir été acceptées, comme en témoigne le cas exposé par Ibn Sahl, qui remonte à la fin du IXe ou au début du Xe siècle49 :
Un garçon (ṣabī) se convertit, puis veut revenir à sa religion première.
Que Dieu t’accorde sa miséricorde ! Un garçon mineur est venu me voir pour se convertir à l’islam. Ensuite, il est allé chez un homme qui l’a recueilli, désireux d’obtenir une récompense de Dieu – Qu’Il soit glorifié – pour sa bonne action. Ses parents vinrent lui rendre visite, voulant qu’il retourne à sa religion première. Mais le jeune (al-ġulām) refuse. Hier, son père vient me trouver et il m’apprend que son fils veut revenir chez ses parents et vers leur religion à tous les deux. Écrivez-moi pour me dire ce qui convient en pareil cas.
Ibn Lubāba a dit : « Nous avons examiné ce que raconte le cadi. Si ce garçon est en mesure de raisonner comme un enfant de dix ans ou plus, il faut le rabrouer, le menacer et l’admonester pour qu’il ne fasse pas cela. S’il s’entête à revenir vers sa religion première, qu’il soit rendu à ses deux parents, sans être condamné à mort. Cela ne presse pas jusqu’à ce qu’il ait atteint la majorité. À ce moment, le jeune homme (al-fatà) sera traité de la manière indiquée dans les réponses et j’implore le secours de Dieu ».- 50 Fattal 1958, p. 168-169.
- 51 Coope 1995, p. 75-79 ; Aillet 2010 (a), p. 105-106.
- 52 Ce long débat, qui mobilise plusieurs avis puisés parmi les grands maîtres du malikisme, est trans (...)
- 53 Ibn al-ʻAṭṭār 1983, éd. p. 411, trad. p. 638.
22La conversion de cet enfant est acceptée car il fait acte de volonté et on lui reconnaît l’usage de la raison. Cependant, son retour vers la foi de ses parents suscite le questionnement des jurisconsultes, car il n’est pas encore majeur. La pression à exercer sur les mineurs qui refusent leur statut légal de musulmans a nourri moult débats chez les juristes50, et le corpus des martyrs de Cordoue témoigne de l’importance sociale du phénomène des enfants de père musulman qui sont néanmoins éduqués par leur mère dans la religion chrétienne51. Dans le recueil du grand-père d’Averroès, Ibn Rušd al-Ğadd, une question examinée par des juristes du IXe siècle, Ibn al-Qāsim et Saḥnūn, concerne des enfants âgés de cinq ou six ans dont le père, converti, décède. « Ils sont musulmans par l’islam de leur père », précise Saḥnūn, et peuvent donc normalement hériter en toute légalité. Cependant, il n’en est pas de même s’ils n’acceptent pas leur affiliation religieuse. Ibn Ḥabīb déclare alors qu’il faut user de violence, en l’occurrence des coups et de la prison, pour les contraindre à reconnaître l’islam. Cependant, une fois arrivés à l’âge adulte, ils sont libres de choisir, et Ibn Ḥabīb estime que même s’ils s’obstinent encore à rejeter l’islam, il n’est pas souhaitable de les exécuter. Même chose concernant un jeune garçon qui apostasie : la prison et les coups sont généralement recommandés afin de faire pression sur lui, bien que le juriste al-Muġīra précise qu’il faut aussi s’efforcer de l’éduquer correctement à l’islam. Mais quel doit être son sort lorsqu’il devient majeur ? Mālik b. Anās préconise de laisser choisir l’individu, mais d’autres juristes affirment qu’il faut alors appliquer au récalcitrant le droit commun, qui prévoit l’exécution de l’apostat52. Ibn al-ʻAṭṭār se range à ce dernier avis, et estime que les enfants impubères de moins de sept ans, dépourvus de discernement, doivent adopter la religion de leur père53.
- 54 Abū Bakr al-Ḫallāl, p. 375.
- 55 Ibid., p. 106.
- 56 Ibn al-ʻAṭṭār 1983, éd. p. 408 , trad. p. 635.
- 57 Abumalham 1985.
- 58 Entre autres références, voir Fattal 1958, p. 172.
- 59 Abū Bakr al-Ḫallāl, p. 381.
23Théoriquement, pourtant, la conversion doit être un acte librement consenti et s’effectuer en dehors de toute contrainte, violence ou intimidation. Abū Ḥanīfa dit que la šahāda doit impérativement être accompagnée d’une manifestation de volonté de la part de l’individu54. Avant toute conversion, Ibn Ḥanbal insiste sur la nécessité de l’intériorisation rationnelle de la décision prise, le ‘aql : à cette condition, on peut accepter la conversion d’un enfant âgé de dix ans. Cette intériorisation n’est cependant pas très poussée, puisqu’à la question « Qu’est-ce que le ‘aql ? », le juriste répond : « La connaissance de la prière et le désir de l’islam55 ». Ibn al-‘Aṭṭār précise que s’il est reconnu que la conversion a été obtenue par la coercition, l’individu peut retourner à sa religion antérieure56. C’est ainsi, par exemple, que la conversion forcée du philosophe juif Maïmonide sous les Almohades aurait été annulée pour cette raison par le grand-cadi du Caire57. De même, pour prendre un exemple en milieu chiite ismaʻīlien, les conversions forcées de juifs et de chrétiens décrétées par le calife al-Ḥākim auraient été finalement annulées à la fin de son règne et sous celui de son successeur58. Ibn Ḥanbal considère cependant qu’un individu qui a prononcé la šahāda et accompli sa prière librement n’a pas le droit de se rétracter, même s’il prétend avoir été contraint à la conversion59.
- 60 Ibn Muġīṯ, p. 346.
- 61 Abū Bakr al-Ḫallāl, p. 64.
- 62 Voir par exemple Saḥnūn s.d., II, p. 315 ; Ibn Ḥazm 1928-1934, VIII, n° 1672, p. 208 et Fattal 195 (...)
24Les formulaires stipulent que le candidat à la conversion ne doit pas non plus être motivé par la recherche du profit, ou contraint à cette décision par un quelconque « besoin » matériel (al-ḥāğa)60. Ce type de motivations était pourtant envisagé : ainsi, le recueil des avis d’Ibn Ḥanbal présente le cas d’un juif qui accepte de se convertir après s’être vu promettre 1000 dirahms61. La conversion est aussi l’une des voies possibles pour l’affranchissement, par exemple. Les esclaves dont le maître est un ḏimmī peuvent être libérés s’ils passent à l’islam, car un hadith affirme qu’un musulman ne peut être l’esclave des infidèles62.
- 63 Ibn Rušd al-Ğadd 1988-1991, II, p. 573.
- 64 Ibn Ḥayyān 1937, p. 96.
- 65 Ibn Ḥayyān 1973, p. 362-363.
25Les juristes admettent aussi, dans certains cas, la validité de la conversion des individus qui changent de religion pour échapper à une exécution. L’« associationniste » qui, sur le champ de bataille, se convertit avant d’être décapité, doit être épargné63. Les chroniques andalouses mettent ainsi en scène quelques conversions durant la guerre civile de la seconde moitié du IXe siècle. Lors de la prise de la forteresse de Poley par les troupes califales, la garnison, en grande partie chrétienne, est passée au fil de l’épée, sauf un homme, converti « sincère64 ». Attention, cependant, aux conversions douteuses ! Parmi les populations capturées par Hāšim b. ‘Abd al-‘Azīz lors de ses expéditions dans les zones frontalières (ṯuġūr) en 876, beaucoup d’individus se déclarent « musulmans » pour avoir la vie sauve. Toutefois, ces usurpateurs, qui ont appris quelques sourates du Coran pour dissimuler leur véritable identité, sont incapables de réciter un seul hadith selon Ibn Ḥayyān. Bien que cette connaissance ne soit théoriquement pas requise de la part des convertis, le général décide de décapiter tous ces imposteurs65 !
- 66 Ibn Rušd al-Ğadd 1988-1991, XV, p. 477-478, XVI, p. 427-429 ; Fernández Félix, Fierro 2000, p. 36.
- 67 Ibn Rušd al-Ğadd 1988-1991, XVI, p. 396.
- 68 Al-Wanšarīšī 1981-1983, II, p. 526-528.
26La conversion permet parfois d’échapper à la justice, ou de s’en tirer à meilleur compte66. L’homme accusé d’avoir violé une musulmane peut garder la vie sauve s’il se convertit de bonne foi : dans ce cas-là, il devra simplement verser à sa victime une compensation financière. Autre cas de figure évoqué par les juristes : les ḏimmī-s accusés du meurtre d’un coreligionnaire qui se convertissent pour tenter d’amoindrir leur peine ou de payer un prix du sang (diya) inférieur. Selon al-‘Utbī, même la personne qui est accusée d’insultes contre le Prophète peut échapper à la mort si elle se convertit et exprime son repentir par écrit67. Al-Wanšarīšī (m. 1508) relate cependant le cas de l’un de ces convertis de dernière minute qui, selon des témoins, n’aurait commis cet acte que par peur de la justice, tout en continuant à blasphémer contre l’islam : en cas d’établissement d’une preuve par des témoignages fiables, il devait être puni de mort68.
- 69 Al-Ḫušanī 1914, éd. p. 130-133, trad. p. 159-164.
- 70 Ibn Ḥayyān 1979, p. 215-217 ; Aillet 2010 (a), p. 100-101.
27Plus généralement, la question de la sincérité des conversions apparaît aussi bien dans les textes juridiques que dans les chroniques qui dénoncent les convertis comme de mauvais musulmans. Ainsi, lors du procès posthume intenté par Hāšim b. ‘Abd al-‘Azīz au secrétaire Qūmis b. Anṭunyān, les témoins convoqués refusèrent de ratifier la version du puissant général, et l’un d’eux insista même sur la présence assidue de Qūmis à la mosquée69. La fama publica et la visibilité de la pratique religieuse cautionnaient donc la socialisation du converti et contribuaient à établir sa réputation. À l’inverse, l’exhumation spectaculaire du cadavre de ‘Umar b. Ḥafṣūn, après la prise de Bobastro en 928, aurait apporté la preuve de son apostasie en révélant qu’il avait été enterré à la manière des chrétiens70.
Rituels et cérémonies de passage
- 71 Bousquet 2015.
- 72 Houellebecq 2015, p. 297-298.
- 73 Saḥnūn s.d., I, p. 35-36.
- 74 D’où le questionnement des juristes sur la peine à appliquer au criminel qui se convertit avant d’ (...)
- 75 Abū Bakr al-Ḫallāl, p. 111-114.
- 76 Ibid., p. 113-114.
28Deux actes rituels précédaient l’acte de conversion. Le premier était le ġusl, c’est-à-dire la pratique d’ablutions complètes71, figurées dans le roman de M. Houellebecq par un bain dans le hammam de la Grande mosquée de Paris72. Dès le IXe siècle, la Mudawwana du juriste kairouanais Saḥnūn souligne l’obligation du ġusl, ajoutant que, faute d’eau, le converti doit le pratiquer avec du sable (tayammum)73. Il s’agit d’un rite de purification, destiné à effacer les traces de l’ancienne religion et à atteindre l’état de pureté rituelle (ṭahāra) requis pour l’accomplissement des dévotions. Ce rite de passage était également appliqué au défunt avant son ensevelissement. Symboliquement, la conversion lave l’individu de tous ses péchés, ce qui ne veut pas dire qu’il soit forcément quitte, au regard de la justice, de tous les crimes qu’il pouvait avoir commis74. La seconde étape rituelle est la prière aux heures canoniques (mawāqīt), qui doit obligatoirement précéder la conversion. Elle est elle-même précédée d’ablutions, comme de coutume. Chez les Ḥanbalites, l’acte de conversion précède le ġusl75 et l’une des traditions recensées par Abū Bakr al-Ḫallāl montre un jeune homme juif qui se purifie la tête avec de l’extrait de guimauve (ḫaṭmī), une plante médicinale qui servait notamment pour le lavage des morts. Une autre tradition attribuée à Ibn Ḥanbal recommande le lavage des vêtements et la purification du converti à l’aide d’eau et de feuilles de lotus (sidr)76. Il ne s’agissait pas de lotus aquatique, mais d’un arbre (ziziphus spina Christi), mentionné dans le Coran à quatre reprises, dont les feuilles servaient aussi à la toilette des morts et à conjurer les sortilèges. Ces deux plantes étaient également utilisées par les hanafites.
- 77 Aillet 2010 (a), p. 116.
29La circoncision (al-ḫitān), évoquée dans la polémique chrétienne à Cordoue au milieu du IXe siècle comme l’un des stigmates honteux de la conversion77, est recommandée par le droit malikite sans pour autant constituer un devoir légal, contrairement à ce que prône le droit šafī‘ite. Aucun texte malikite ne stipule donc qu’elle doit précéder ou suivre la conversion.
- 78 Ibn Rušd al-Ğadd 1988-1991, XIV, p. 239-240 ; Fernández Félix, Fierro 2000, p. 36. Voir aussi Saḥn (...)
- 79 Fierro 2011, p. 241-247.
- 80 Little 1976, p. 553-554.
30La conversion se déroule donc discrètement, sans susciter de manifestation ostentatoire. Rares sont les cérémonies comparables au baptême des rois païens dans les sources de l’Occident latin ou de l’empire byzantin. Sur le modèle tardo-antique, l’Islam a cependant connu des conversions groupées de populations ou de tribus. Les questions d’al-‘Utbī prévoient notamment le cas des chrétiens du nord de la péninsule (des ahl al-ḥarb) qui, après s’être converti en bloc, feraient venir leurs enfants sur le territoire andalou78. Pour autant, ces ralliements collectifs ne semblent pas faire l’objet de cérémonies spécifiques. Une mise en scène, ou tout du moins une mise en récit, intervient cependant lors des rares épisodes où le pouvoir exerce sur les ḏimmī-s une pression en faveur de la conversion. Le plus souvent, cet événement spectaculaire intervient dans un contexte chargé d’attentes messianiques, comme ce fut le cas sous le règne du calife fatimide al-Ḥākim ou lors de la prise de Marrakesh en 1147, que les Almohades comparèrent à l’entrée du Prophète à La Mecque79. L’invasion du pays par des troupes chrétiennes ou le mécontentement populaire contre les fonctionnaires non-musulmans chargés du fisc pouvaient aussi susciter des mesures de rétorsion contre les ḏimmī-s, parmi lesquelles figurait la conversion forcée. Tel fut le cas dans l’Égypte de 1293, où une poignée de chrétiens de la cour fut contrainte de se convertir par le sultan mamlouk, cérémonie à laquelle ils n’attachèrent apparemment pas plus d’importance que les autres dignitaires de l’État80.
Éducation religieuse et socialisation du converti
- 81 Ibn al-ʻAṭṭār 1983, éd. p. 407, trad. p. 634-635.
- 82 Madelung 1985, p. 12-13.
- 83 Ibn Sallām 1986, p. 125-126.
31Contrairement à ce qui est parfois affiché, la possession d’un bagage religieux semble constituer pour Ibn al-‘Aṭṭār une condition pour accepter la conversion d’un adepte du monothéisme. Non seulement l’impétrant doit connaître les cinq piliers de l’islam, mais il doit avoir des notions sur les châtiments légaux et sur les heures, et sans doute les rites, de prière. S’il refuse de s’acquitter de ses devoirs élémentaires de croyant, sa conversion doit être annulée81. Cela montre l’importance que certains juristes accordaient à la formation minimale du futur converti, même si ce bagage préliminaire semble très léger. Certains juristes admettaient même que des individus totalement ignorants en matière de religion se convertissent : ainsi, Abū Ḥanīfa tenait pour « croyant », dans les terres païennes des Turcs, toute personne qui confessait l’islam, même si elle ne connaissait ni le Coran, ni les devoirs obligatoires du musulman82. Les textes juridiques ne se préoccupent d'ailleurs pas de la formation du nouveau musulman : fréquenter la mosquée semble avoir été jugé suffisant. C’est en contexte ibadite, dans le Djebel Nafūsa des années 750, que l’on rencontre enfin un récit, il est vrai destiné à l’édification du lecteur, sur la formation du nouveau croyant. On nous y montre un futur savant berbère se rendre chaque jour sur la grand-route pour aller recueillir un à un, auprès des voyageurs arabes, les versets du Coran, qu’il recopie sur une tablette et mémorise une fois revenu chez lui, comme le faisaient les élèves des écoles rurales83.
- 84 Fernández Félix, Fierro 2000, p. 33.
- 85 Aillet 2010 (a), p. 263-279.
32Contrairement aux récits qui concernent les cas de conversion dans le monde contemporain, les sources médiévales de l’Islam méditerranéen ne se fixent guère sur la mutation culturelle de l’individu, avant ou après l’acte de conversion. Parmi les éléments qui changent dans l’identité individuelle, les juristes abordent cependant la question du nom. Quel nom doit prendre le converti ? Selon al-‘Utbī, Mālik b. Anās réprouvait l’usage par le chrétien converti à l’islam d’un nom arabe du type Fulān ibn Fulān, préconisant plutôt l’adoption de noms bibliques comme Yūsuf, ou théophores comme ʻAbd al-Malik, « esclave du Seigneur »84. On sait pourtant que cette pratique était le fait de populations arabisées, mais non nécessairement musulmanes, comme les chrétiens en al-Andalus ou en Orient85. L’onomastique des convertis obéissait à des usages assez diversifiés. Les esclaves convertis ou les clients des grandes familles pouvaient adopter tel quel le nom de leur maître. Les eunuques et les esclaves de cour prenaient quelquefois un surnom fleuri qui faisait allusion à leur valeur, tel que « perle » ou « joyau ». Les esclaves-soldats turcs conservaient les traces de leur origine ethnique. Quant aux hommes libres, ils pouvaient effacer leur origine ethnique en masquant leur généalogie, ou au contraire l’afficher en gardant en mémoire leur ascendance. C’est ainsi qu’en al-Andalus les convertis portèrent quelquefois des noms à consonance arabo-romane et qu’au Maghreb une onomastique berbéro-arabe se développa dès le VIIIe siècle.
- 86 Pour ne citer que quelques exemples : Saḥnūn s.d., II, p. 299-300 et 302-303 ; Ibn Rušd al-Ğadd 19 (...)
- 87 Ibn Rušd al-Ğadd 1988-1991, V, p. 465-466.
- 88 Ibid., V, p. 351-352.
- 89 C'est tout l'objet de l'étude de Coope 1995.
33Quels liens le converti conservait-il avec sa famille et son milieu d’origine ? On dispose à ce sujet d’une abondante documentation, qui démontre la complexité des situations dans les familles et dans la société. Les juristes abordent surtout cette question à travers le cas de la conversion de l’un des époux : l’homme, qui peut continuer à vivre avec son épouse si celle-ci est chrétienne ou juive, mais aussi la femme, qui ne peut vivre avec un conjoint non-musulman. De très nombreuses questions concernent la conversion des femmes86, sans que la littérature historique ne s’y soit particulièrement intéressée. Lorsqu’une femme se convertissait, le mariage était rompu, sauf en cas de conversion du mari. Lorsque la relation avait été consommée, la femme convertie pouvait bénéficier de son douaire. On imagine que la conversion à l’islam pouvait constituer un instrument puissant pour l’épouse, car le mari ne pouvait légalement s’opposer à la rupture du contrat. Une affaire examinée par al-‘Utbī expose cependant un litige entre une femme qui s’était convertie à l’islam et son mari qui, après l’avoir chassée du domicile conjugal, voulut la contraindre à y revenir en se convertissant lui aussi à l’islam87. Dans le débat, les deux parties en conflit s’opposent alors pour savoir si la conversion de la femme a eu lieu après 40 jours de relations conjugales et trois cycles de menstruation, ou bien si elle est intervenue avant. Dans le premier cas, en effet, le mariage déjà consommé ne pouvait être rompu. Mālik b. Anās précisait cependant que la chrétienne ou la juive qui se convertissait à l’islam était considérée comme « consommée », ce qui réduisait sa valeur sur le marché du mariage, ainsi que le prix de son douaire. Les femmes de convertis qui décidaient de conserver leur foi possédaient également un droit de garde des enfants, quand bien même ces derniers étaient considérés comme musulmans par le droit. Seule exception : si elles quittaient le dār al-Islām, le père musulman récupérait le droit de garde88. Bien souvent, comme en témoigne aussi le dossier des martyrs de Cordoue89, l'appartenance ou le statut religieux ne constituait pas une frontière infranchissable au sein des familles.
Conclusion
34Cette ébauche d’enquête démontre l’intérêt de penser la conversion dans une perspective d’histoire comparée des sociétés. Visiblement, l’Islam des premiers siècles dissimule toute dimension missionnaire ou prosélyte et se garde de mettre en avant le caractère miraculeux de la conversion. La conversion est donc vue comme une libre adhésion, même si certains récits démontrent le poids des pressions et des contraintes exercées épisodiquement. Toute l’attention se tourne en revanche vers l’apostasie, sévèrement sanctionnée par la loi, qui sait pourtant prévoir des accommodements.
- 90 Voir la bibliographie citée dans Aillet 2010 (b).
35L’examen du processus juridique de conversion témoigne de l’adoption d’un rituel volontairement minimaliste, qui met délibérément l’accent sur la simplicité formelle de l’acte de conversion et sur la modicité des règles et connaissances à respecter et à acquérir. Le changement de religion, enregistré par un formulaire écrit, est validé par la pratique des cinq piliers de l’islam et par la fréquentation de la mosquée. Celle-ci est à la fois un lieu d’apprentissage pour le converti et un espace où il est soumis au regard et à l’approbation de la collectivité. Or, s’il n’y a pas de statut particulier pour le converti, en revanche il existe une hiérarchie tacite entre les vieux musulmans et les convertis récents, qu’on appelle en al-Andalus muwalladūn ou musālima, et dont les origines autochtones sont à l’occasion mises en exergue par l’élite « arabe90 ». Il en est de même au Maghreb, sur la base de l’opposition entre « Arabes » et « Berbères ».
36Ces observations, recueillies à partir d’exemples et de textes principalement andalous et maghrébins des VIIIe-Xe siècles, gagneraient à être confrontées à d’autres terrains. La conversion des populations des marges africaines, indiennes ou asiatiques de l’Islam a produit d’autres types de récits, et le foisonnement de l’hagiographie soufie à partir du XIIIe siècle réintroduit la dimension miraculeuse de la conversion. Le développement considérable de l’esclavage militaire des Turcs, à partir du IXe siècle chez les Abbassides puis au cours du Moyen Âge en Orient, introduit probablement des dispositifs spécifiques de prise en charge et d’éducation du converti, tout en mettant en évidence des stratégies de conservation de l’identité antérieure (turque ou circassienne). Ces terrains sont donc susceptibles d’enrichir notre perception de l’histoire sociale et culturelle de la conversion en Islam.
BIBLIOGRAPHIE
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Wasserstein 2012 = D. Wasserstein, Where have all the converts gone ? Difficulties in the study of conversion to Islam in al-Andalus, dans Al-Qanṭara, XXXIII, 2, 2012, p. 325-342.
DOI : 10.3989/alqantara.2011.005Wensinck et Crone 2015= A. J. Wensinck, P. Crone, Mawlā, dans Encyclopaedia of Islam, Second Edition, Brill Online, 2015.
NOTES
1 Que nous distinguerons ici du processus de conversion, qui se déploie sur une plus longue temporalité. Bien qu’il y ait quelque artifice à isoler cet épisode, nous resserrons notre enquête sur cette manifestation rituelle et légale du changement de religion.
2 Houellebecq 2015, p. 297.
3 Voir à ce sujet les remarques de Van Nieuwkerk 2006, p. 96.
4 Voir ainsi Calasso 2001 pour Baṣra, l’analyse détaillée, pour la Syrie, de Jalabert 2004, p. 187-212, et pour al-Andalus, Wasserstein 2012.
5 Pasquier 2011, p. 2 souligne par exemple la fortune littéraire des récits basés sur le paradigme de la conversion de Paul ou d’Augustin. Voir aussi Savigni 2011 pour l’ère carolingienne.
6 Voir notamment Turan 1959.
7 Voir par exemple Deweese 1994.
8 Ibn Ḥazm 1948, p. 502-503.
9 Ibn al-Qūṭiyya 1982, p. 3-6.
10 Ibn ʻIḏārī 1998, I, p. 37.
11 Euloge 1973, II, p. 440-441.
12 Al-Ḫušanī 1914, p. 130-133.
13 Aillet 2008 et 2010 (b).
14 Ibn Ḥayyān 1937, p. 128 ; Ibn Ḥayyān 1979, p. 138-140 et 215-217 ; Aillet 2010 (a), p. 99-103.
15 Ibn Ḫaldūn 2012, p. 152.
16 Pour une première approche de l’apostasie dans le droit islamique : Fattal 1958, p. 163-168.
17 Nous employons cette expression par analogie avec les « vieux chrétiens » du XVIe siècle, et pour faire référence à une hiérarchie fondée sur l’ancienneté de la conversion.
18 Simonsohn 2013 (a) et (b).
19 Abū Bakr al-Ḫallāl 1996.
20 Saḥnūn s.d. ; Ibn Rušd al-Ğadd 1988-1991 ; Fernández Félix 2003.
21 Chalmeta 1986 et, avant lui, Abumalham 1985.
22 Voir Ibn al-ʻAṭṭār 1983, éd. p. 405-406, trad. p. 632-633.
23 Coran, IV-171.
24 Abū Bakr al-Ḫallāl, p. 372-373.
25 Ibid., p. 376.
26 Ibid., p. 381.
27 Ibid., p. 376.
28 Ibid., p. 377-378.
29 Ibn Muġīṯ al-Ṭulayṭūlī 1994, p. 346.
30 Ibn al-ʻAṭṭār 1983, éd. p. 409, trad. p. 636.
31 Morony 2015.
32 Ibn Ḥayyān 1983, p. 23, 27-28, 58, 61, 67, 78, 93.
33 Voir Ibn al-ʻAṭṭār 1983, p. 626 ; Epalza 2008 et Fierro et Molina (inédit). Je remercie Maribel Fierro de m’avoir communiqué cette référence.
34 Ibn al-ʻAṭṭār 1983, éd. p. 413, trad. p. 641 ; al-Ğazīrī 1998, p. 425.
35 Blois 2015.
36 Ibn Muġīṯ, p. 346-347.
37 Al-Ğazīrī 1998, p. 425.
38 Aillet 2010 (a), p. 96-106. Voir aussi, récemment, Simonsohn 2013 (a) et (b).
39 Aillet 2010 (a), p. 98.
40 Ibn al-ʻAṭṭār 1983, éd. p. 407, trad. p. 634 ; Abū Bakr al-Ḫallāl, p. 487-488.
41 Ibid., p. 488.
42 Ibn al-ʻAṭṭār 1983, éd. p. 410, trad. p. 637.
43 Wensinck et Crone 2015.
44 Ibn al-ʻAṭṭār 1983, éd. p. 406, trad. p. 632.
45 Ibid., éd. p. 409, trad. p. 636.
46 Aillet 2010 (a), p. 97-98.
47 Ibn al-Muġīṯ, p. 345.
48 Sur ce thème voir Fernández Félix 2001.
49 Ibn Sahl 1980, p. 46-47.
50 Fattal 1958, p. 168-169.
51 Coope 1995, p. 75-79 ; Aillet 2010 (a), p. 105-106.
52 Ce long débat, qui mobilise plusieurs avis puisés parmi les grands maîtres du malikisme, est transcrit par Ibn Rušd al-Ğadd 1988-1991, XV, p. 96-99.
53 Ibn al-ʻAṭṭār 1983, éd. p. 411, trad. p. 638.
54 Abū Bakr al-Ḫallāl, p. 375.
55 Ibid., p. 106.
56 Ibn al-ʻAṭṭār 1983, éd. p. 408 , trad. p. 635.
57 Abumalham 1985.
58 Entre autres références, voir Fattal 1958, p. 172.
59 Abū Bakr al-Ḫallāl, p. 381.
60 Ibn Muġīṯ, p. 346.
61 Abū Bakr al-Ḫallāl, p. 64.
62 Voir par exemple Saḥnūn s.d., II, p. 315 ; Ibn Ḥazm 1928-1934, VIII, n° 1672, p. 208 et Fattal 1958, p. 149-150.
63 Ibn Rušd al-Ğadd 1988-1991, II, p. 573.
64 Ibn Ḥayyān 1937, p. 96.
65 Ibn Ḥayyān 1973, p. 362-363.
66 Ibn Rušd al-Ğadd 1988-1991, XV, p. 477-478, XVI, p. 427-429 ; Fernández Félix, Fierro 2000, p. 36.
67 Ibn Rušd al-Ğadd 1988-1991, XVI, p. 396.
68 Al-Wanšarīšī 1981-1983, II, p. 526-528.
69 Al-Ḫušanī 1914, éd. p. 130-133, trad. p. 159-164.
70 Ibn Ḥayyān 1979, p. 215-217 ; Aillet 2010 (a), p. 100-101.
71 Bousquet 2015.
72 Houellebecq 2015, p. 297-298.
73 Saḥnūn s.d., I, p. 35-36.
74 D’où le questionnement des juristes sur la peine à appliquer au criminel qui se convertit avant d’être jugé : voir par exemple Abū Bakr al-Ḫallāl, p. 350-352.
75 Abū Bakr al-Ḫallāl, p. 111-114.
76 Ibid., p. 113-114.
77 Aillet 2010 (a), p. 116.
78 Ibn Rušd al-Ğadd 1988-1991, XIV, p. 239-240 ; Fernández Félix, Fierro 2000, p. 36. Voir aussi Saḥnūn s.d., II, p. 300-301.
79 Fierro 2011, p. 241-247.
80 Little 1976, p. 553-554.
81 Ibn al-ʻAṭṭār 1983, éd. p. 407, trad. p. 634-635.
82 Madelung 1985, p. 12-13.
83 Ibn Sallām 1986, p. 125-126.
84 Fernández Félix, Fierro 2000, p. 33.
85 Aillet 2010 (a), p. 263-279.
86 Pour ne citer que quelques exemples : Saḥnūn s.d., II, p. 299-300 et 302-303 ; Ibn Rušd al-Ğadd 1988-1991, IV, p. 451-452 ; Ibn Ḥazm 1928-1934, p. 312-316.
87 Ibn Rušd al-Ğadd 1988-1991, V, p. 465-466.
88 Ibid., V, p. 351-352.
89 C'est tout l'objet de l'étude de Coope 1995.
90 Voir la bibliographie citée dans Aillet 2010 (b).
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Par Al-Bossikad le 27 Avril 2021 à 13:51
Un récit datant de la prise de Jérusalem en 638, et conservé dans sa version géorgienne, rapporte que :
« Les Sarrasins athées entrèrent dans la Ville Sainte du Christ, notre Dieu, Jérusalem, avec la permission de Dieu, en punition de notre négligence, qui est innombrable, et aussitôt, en courant, ils arrivèrent au lieu qu’on appelle Capitole. Ils prirent avec eux des hommes, certains de force, d’autres de leur plein gré, afin de nettoyer ce lieu et d’édifier cette maudite chose, destinée à leur prière, qu’ils appellent une mosquée (midzghita). Parmi ces hommes se trouvait Jean, archidiacre de Saint-Théodore le Martyr, parce qu’il était, de son métier, poseur de marbre. Il se laissa séduire par eux pour un gain malhonnête et il alla de son plein gré travailler là-bas. Il était très habile de ses mains. »
In B. Flusin : "L'esplanade du Temple à l'arrivée des arabes, d'après deux récits byzantins", dans Bayt Al-Maqdis : Abd al malik's Jerusalem", J. Raby et J. Johns(ed), 1992 p 21
cité dans
George Alain. Le palimpseste Lewis-Mingana de Cambridge, témoin ancien de l’histoire du Coran. In: Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 155e année, N. 1, 2011. pp. 377-429.
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Par Al-Bossikad le 30 Août 2020 à 20:26
Lettre de Makkiha
métropolite nestorien de Mossoul et d'Erbil
sur la vérité de la religion chrétienne
traduction par
Gianmaria GIANAZZA.
Publiée dans "Parole de l'Orient : revue semestrielle des études syriaques et arabes chrétiennes : recherches orientales : revue d'études et de recherches sur les églises de langue syriaque. — vol. 25 (2000), pp. 493-555.
http://documents.irevues.inist.fr/handle/2042/35326
Présentation
De Makkihā, originaire de Bagdad, médecin, moine et prêtre, nommé évêque de Tirhān, et ensuite métropolite de Mossoul et Hazza (1085/6-1092) et enfin patriarche (1092-1109), nous est parvenu un traité sur la paternité et la filiation, et une lettre envoyée à un diacre d'Isphahan, lorsqu'il était métropolite de Mossoul et Erbil.
Cette lettre, que Saliba ibn Yuhanna reproduit en la qualifiant d'excellente son "Asfār al-Asrār" (Livres des mystères), a été envoyée pour encourager les chrétiens dans une situation difficile. En effet, la campagne puritaine du calife al Muqtadi (1075-1094) avait remis en vigueur les signes vestimentaires distinctifs pour les juifs et les chrétiens, ce qui avait entraîné l'apostasie de plusieurs chrétiens détenteurs de postes importants.
L'auteur même de la lettre nous dit qu'il a puisé dans les livres ecclésiastiques et que sa réponse n'est qu'un résumé limité au cadre d'une correspondance.
PLAN DU TRAITÉ
Introduction du compilateur
§ 1
Introduction de l'auteur : § 2-18
a) Adresse et salutation
§ 2-6
b) Motif et but de la lettre
§ 7-12
c) Cadre de la lettre .
§ 13-18
1. S'attacher à la vie éternelle : § 19-87
1.1 Exhortation de l'Évangile à la persévérance dans les épreuves
§ 19-33
1.2 Garder la vraie vie
§ 34-40
1.3 L'exemple des saints et des martyrs
§ 41-42
1.4 Les miracles témoignent la vraie religion
1.4.1 Descente de la lumière au Saint Sépulcre
§ 44-48
1.4.2 Bénédiction des saints
§ 49-61
1.5 Exhortation de Saint Paul au combat spirituel
§ 62-66
1.6 La foi exemplaire des ancêtres
§ 67-87
2. Exemple des martyrs à l'époque des rois romains et perses : § 88-137
2.1 Le sang des martyrs est semence de chrétiens
§ 88-92
2.2 Constance des martyrs
§ 88-92
2.3 Martyrs d'Orient
§ 93-94
2.3.1 Dubnānšāh
§ 95-105
2.3.2 Les Pères du concile de Nicée
§ 106-114
2.3.3 Simon bar Şabbāʻi
§ 115-137
3. Épreuves récentes
§ 138-145
Souhaits finals
§ 146-150
Traduction de la lettre
Introduction de Saliba ibn Yuhanna
[1] 59° section, 3° fondement, 12° chapitre. Nous y mentionnons la copie de la lettre du saint père Mār Makkihā, catholicos et patriarche de l'Orient (que Dieu donne à son âme le repos éternel !), écrite lorsqu'il était métropolite de Mossoul et d'Erbil, et envoyée à un responsable des croyants d'Isphahan, en réponse à sa lettre.
Introduction de l'auteur
[2] L'humble Makkihā, métropolite de Mossoul et d'Erbil, prie pour la continuation de votre vie à tous, ô peuple choisi et assemblée rachetée, afin que vous soyez fidèles.
Que le Christ vous préserve de tout malheur, visible et caché. Amen.
[3] Tu m'as écrit, vénérable personne, seigneur bien-avancé dans la foi orthodoxe, diacre pur, pieux et vertueux. [4] (que Dieu prolonge tes jours et ne cesse de te donner soutien et félicité, qu'il illumine ton âme par la pureté de la foi et donne joie à ton corps et à tes sentiments par de bonnes actions, [5] et qu'il te préserve des calamités, avec les respectables fidèles, fils du pur baptême ; qu'il te garde, avec tous les chrétiens qui implorent sa protection, des ruses de Satan et des malheurs et d'un état de tranquillité mélangé à une grande peine).
[6] À Dieu la louange et le remerciement pour les faveurs et les épreuves ; c'est lui qui accorde les bienfaits, c'est lui qu'on doit remercier.
[7] Ta lettre m'est arrivée (que Dieu te donne son soutien !) : je l'ai lue, me réjouissant de la santé de ta vie (spirituelle), la vraie et éternelle, et de l'autre (matérielle), prêtée et temporelle. [8] Que Dieu te garde en paix, sous la protection de la providence céleste, toi et tout le peuple choisi et béni, muni des sacrements divins, uni dans l'amour chrétien.
[9] J'ai compris l'objet de ta demande (que Dieu garde ton âme !) : [c'est-à-dire] que je t'envoie un résumé des paroles et des idées contenues dans les saints livres ecclésiastiques, [10] qui renforcent la vraie foi et consolident la religion orthodoxe et soulagent les coeurs accablés, [11] à cause des malheurs inattendus, sans pareil depuis bien des siècles, survenus à la sainte Église orientale et aux disciples de Notre Seigneur Jésus Christ, sauveur du monde (qu'à son souvenir on se prosterne !).
[12] Que Dieu (qu'il soit béni et exalté !) soutienne tous les fidèles par sa miséricorde et nous aide ; qu'il renforce notre faiblesse par sa puissance invincible, et qu'il accomplisse sa promesse, vraie et noble : "Je suis avec vous pour toujours, jusqu'à la fin du monde" ; "Je ne vous laisserai pas orphelins"1
[13] Quant à ce que tu m'as proposé (que Dieu garde ta vie !), tu sais que le temps n'est pas suffisant pour t'expliquer ce que tu m'as demandé, et tu peux t'en passer en ayant recours à ce qui est mentionné dans les livres théologiques et l'histoire ecclésiastique. [14] Cependant, selon les limites de la correspondance, je veux t'envoyer en réponse un peu de ce qui est contenu dans les livres religieux, avec la tristesse et les larmes amères et les supplications que j'élève vers Dieu, par les prières dans tous nos lieux saints, afin qu'il ait pitié de nous. Qu'il nous écoute, dans sa miséricorde, et qu'il nous exauce !
[15] Que ma réponse soit un chemin pour toi et pour ceux qui veulent la lire, et qu'elle soit une invitation à rechercher l'explication de ces vérités dans les livres ecclésiastiques. [16] Ces livres en vérité sont pleins des trésors de la vie, ainsi que le dit le père saint, auteur de la Messe précieuse : "Des champs ensemencés on obtient une récolte délicieuse ; des vignobles une vendange agréable, et des livres de Dieu un enseignement vital"2.
[17] La récolte et la vendange sont liées à une certaine période ; dès qu'elles sont achevées, les champs et les vignobles restent vides ; mais les livres de Dieu (qu'il soit vénéré et exalté !) augmentent en abondance et en quantité chaque fois qu'on moissonne les épis de leur bienfaits et de leur vertus. [18] Nous visons donc maintenant, nous aussi, ces champs spirituels pour moissonner parmi les paroles de Notre Seigneur Jésus-Christ ce qui nous détourne de l'erreur et nous guide dans le vrai chemin.
S'attacher à la vie éternelle
[19] Il dit (que son souvenir soit exalté et vénéré !) : "Priez pour ne pas entrer en tentation"3. [20] Il fit cette recommandation : "Entrez par la porte étroite. Qu'elle est large la porte, et qu'il est spacieux le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui s'y engagent ; mais qu'il est étroit et resserré le chemin qui mène à la vie, et il en est peu qui le trouvent"4. [21] Il dit aussi : "Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; montrez vous donc sages comme les serpents, et dociles et humbles comme les colombes"5.
[22] La porte étroite signifie la difficulté [d'observer] la loi, qui interdit de s'adonner aux passions et empêche la licence des moeurs. La porte large c'est la concession dans [l'observance] des lois et la facilité des prescriptions et des devoirs ; c'est la mitigation des obligations religieuses.
[23] Un trait évident de la sagesse des serpents c'est de s'empresser de cacher et de protéger leur tête, lorsqu'ils sentent un malheur, sachant qu'elle est le centre des sens et du mouvement, et ils présentent le reste de leur corps aux coups. [24] De la même façon, vous devez garder la perle de votre foi (qui est la tête de votre vraie vie, éternelle, impérissable) et offrir votre corps et vos biens, si vos persécuteurs vous l'imposent et vous y obligent, et si vous n'avez pas trouvé un asile pour échapper à la mort : offrez alors vos corps, et gardez la perle de votre foi : car rien au monde ne peut la remplacer.
[25] Voici un autre trait de la sagesse des serpents : lorsqu'ils vieillissent et que leur peau devient pâle, ils se dirigent vers un trou étroit, y entrent avec effort, changent leur ancienne peau, redeviennent jeunes et sont rajeunis par une peau fraîche et nouvelle. [26] Ainsi vous devez ressembler à leur sagesse et entrer par la porte étroite, vous dépouiller des désirs de l'homme ancien, gâté par les passions mauvaises, et revêtir les propos de l'homme nouveau, affranchi du péché, créé par Dieu dans la justice et la piété. [27] Et lorsque vous avez commis un péché, renouvelez-vous par la contrition : car les larmes de la contrition lavent les fautes, ainsi que l'eau efface l'écriture.
[28] Un trait particulier de l'humilité et de la paix des colombes consiste dans le fait qu'elles ne se fâchent pas et ne se mettent pas en colère, lorsque quelqu'un leur enlève les petits de dessous les ailes, et elles ne quittent pas leur nid. [29] Ainsi le vrai fidèle ne doit pas affaiblir ses sentiments religieux, à cause d'un malheur qui lui survient de la part des méchants.
[30] Il dit : "Méfiez-vous des hommes. Ils vous livreront aux juges, et vous flagelleront dans leurs synagogues ; vous serez traînés devant rois et gouverneurs. [31] Mais quand on vous livrera, ne cherchez pas avec inquiétude comment parler ou que dire : ce que vous aurez à dire vous sera donné sur le moment. Ce n'est pas vous qui parlerez, c'est l'Esprit du Seigneur qui parlera en vous". [32] Il dit : "Vous serez haïs de tous à cause de mon nom. Mais celui qui aura tenu bon jusqu'au bout, celui-là vivra". [33] Il dit : "À quoi sert à l'homme de gagner le monde entier, s'il perd son âme ?"6.
[34] Celui qui craint Dieu et connaît la vérité et préfère la vie promise doit acheter ce qui est noble et grand et ce qui n'a pas d'égal, par ce qui est méprisable et périssable ; [35] il doit garder la vraie vie éternelle, impérissable [36] (qui consiste dans l'union avec l'amour de Dieu - que son nom soit béni ! - vivant et éternel, Créateur de tout être vivant, qui a fait descendre son Verbe éternel dans l'humanité du Christ, Notre Seigneur, a voilé en lui la Sagesse et l'a manifestée en lui), [37] au lieu de cette vie, prêtée, temporelle et périssable. [38] Ainsi l'a dit l'apôtre inspiré Paul : "Qui pourra nous éloigner ou séparer et écarter de l'amour de Dieu en notre Seigneur Jésus Christ ? [39] Grand malheur ou longue captivité, dure persécution, faim pénible, nudité honteuse, ou glaive tranchant ? [40] Je sais bien que ni la mort, ni la vie, ni les archanges, ni les principautés, ni les puissances, ni le monde et tout ce qu'il contient, ni les hauteurs ni les profondeurs, ni aucune autre créature possible ne pourra nous séparer et écarter de l'amour de Dieu en Notre Seigneur Jésus Christ"7.
[41] C'est cet amour qui a rempli les coeurs des anciens prophètes, des saints apôtres et des martyrs. Par cet amour ils ont préféré la mort de leur corps, pour conserver la vie éternelle ; [42] et ils ont eu confiance dans les promesses, grâce aux prodiges éclatants et aux miracles évidents, qu'ils accomplissaient eux-mêmes et qui dépassaient les forces humaines. Et ils furent certains que ces miracles provenaient d'une puissance divine, et non d'une force terrestre. [43] Les vestiges de ces signes anciens se sont conservés jusqu'à nos jours et resteront jusqu'à la fin du monde, afin que celui qui recherche la vérité et aime le bon chemin conclue, à partir du peu qui reste, combien abondant était ce qui a disparu.
[44] Parmi ces prodiges, chaque année, sans faire exception à la règle continuelle, il y a la descente de la lumière dans l'église de la Résurrection à Jérusalem, vers la fin du jour du samedi saint qui précède le dimanche de la résurrection. [45] Cette lumière allume les lampes qui se trouvent au-dessus du saint sépulcre, dans lequel fut déposé pendant trois jours le corps illustre de Notre Seigneur Jésus-Christ. [46] La coupole qui surmonte le tombeau est fermée et scellée avec le sceau du gouverneur de la ville, et le lieu est entouré et surveillé par les gardiens, de peur que les chrétiens n'aient recours à quelque ruse. [47] Ce sont eux qui gardent le tombeau et qui témoignent de la vérité de la descente de la lumière du ciel, afin qu'aucun doute ne puisse atteindre la réalité du récit de la mort de Notre Seigneur, de son ensevelissement, de sa résurrection à la vie, et de son ascension glorieuse au ciel. [48] Que tout le monde sache que Dieu (qu'il soit béni et exalté !) montre son contentement du christianisme par la descente du ciel de ce miracle. S'il n'y avait, dans la religion chrétienne, d'autre prodige évident que celui-ci, il serait suffisant et convaincant pour celui qui recherche la vérité.
[49] Pourquoi [ce signe ne suffirait-il pas ?] alors que dans les couvents bâtis sous les noms des saints apparaissent toujours des prodiges et des miracles à quiconque s'y rend avec foi, tels les guérisons des malades et l'expulsion des démons et l'antidote aux poisons mortels ?
[50] Ainsi en est il de la bénédiction de saint Már Šallita8 : celui qui la reçoit et la garde pendant neuf jours, prend avec la main des serpents et des vipères : ceux ci restent dociles, ne le mordent pas, et, s'ils le mordent, ne lui font aucun mal. [51] Ainsi de la bénédiction de saint Rabbān Hormizd9 : utile contre les serpents et les scorpions, contre les chiens enragés et la stérilité des femmes et des animaux. [52] De même la bénédiction de saint Mār Bābowayh10 à Bawāziğ, qui préserve, par la puissance de Dieu, du venin des chiens enragés, des loups et de chaque bête féroce enragée. [53] Tout le monde sait que ce n'est pas dans la nature de l'huile de préserver des venins mortels, de guérir les différentes maladies et de chasser les démons : mais c'est par la puissance de Dieu, qui habite dans l'huile et qui est mélangée à elle, que s'opèrent ces prodiges. [54] De même la bénédiction de l'apôtre Mār Mārī11 (que son nom soit mentionné en paix !), qui est donnée à sa tombe, deux fois chaque année. [55] De même le prodige de saint Mār Qawmā12 ; qui reste debout depuis environ 900 ans, sans que la corruption ait eu aucun pouvoir sur son corps et que sa chair se soit détachée et que ses membres se soient contractés ou que ses os aient été pulvérisés, comme c'est le cas pour les autres morts. Mais il est comme en sommeil, attendant la voix vivifiante qui le réveillera à la résurrection et le ressuscitera à la vie future. [56] De même l'exaucement des prières au saint martyr Mār Georges13 et les merveilles qu'il opère en faveur de quiconque l'implore avec foi, sur terre, sur mer, en plaine et en montagne. [57] Et, dans différents pays, d'autres prodiges, qu'on ne peut ni énumérer ni mentionner.
[58] Un docteur a dit : "Si tu puises, ô fidèle, avec la main un peu d'eau de la mer et que tu la goûtes, tu sais que toute la mer est amère et salée ; [59] et si tu bois une gorgée d'eau douce d'un fleuve, tu sais, par le peu que ton palais a goûté, que toute l'eau du fleuve est douce et bonne". [60] De même, selon cette comparaison, si tu as constaté dans ta religion l'existence d'un seul prodige évident, dont aucun autre semblable ne peut être accompli par personne, tu dois en déduire l'authenticité de tous les prodiges mentionnés dans les livres saints, même si tu n'en as pas été le témoin oculaire. [61] Un seul de ces prodiges que l'on a rapportés dirige vers le bon chemin celui qui recherche la vérité et préfère la vie et le salut.
[62] L'apôtre inspiré Paul dit : "Endossez toute l'armure de Dieu, afin que vous puissiez résister au malin et le vaincre ; restez donc fermes, prêts et bien armés. [63] Tenez-vous debout maintenant, avec la justice et la vérité pour ceinture, la piété pour cuirasse, l'évangile de la paix pour chaussures. [64] Couvrez-vous avec le bouclier de la foi, grâce auquel vous pouvez éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais ; mettez sur la tête le casque du salut et dégainez le glaive de l'utilité, c'est-à-dire la Parole de Dieu. [65] Vivez dans la prière et les supplications en tout temps, dans l’Esprit, sans cesse"14.
[66] L'apôtre inspiré Paul dit : "Par la foi, nous comprenons et nous savons que le monde et toutes les créatures ont été formés par la parole de Dieu et ce que l'on voit provient de ce qui n'existait pas et qu'on n'a pas vu"15.
[67] Explication des vertus de la foi mentionnées dans la Bible.
[68] La foi a fait supporter aux martyrs et aux saints l'amertume des souffrances, pour être couronnés du diadème de la beauté et de la gloire, et pour atteindre les plus hauts rangs de la vénération et de l'honneur.
[69] La foi préserva les saints pères des passions mauvaises, pour gagner les beautés et les bonnes oeuvres, et pour chercher les biens profitables.
[70] La foi donna à Job, fils de Zerah, la force de supporter les grandes adversités, les épreuves difficiles et dures et les souffrances intenses par lesquelles il a été éprouvé. Grâce à ces épreuves il a avancé en vénération, et son souvenir s'est accru : Dieu, le saint, a loué sa foi et sa vertu, en disant : "Un homme tel que Job n'a pas d'égal sur terre"16.
[71] La foi préserva du péché Joseph, fils de Jacob, et le sauva de l'angoisse de la prison et de l'avilissement de l'esclavage.
[72] Par la foi, les Israélites ont marché sur le fond de la mer avec les femmes, les enfants et les fardeaux, l'eau s'étant arrêtée à droite et à gauche, empêchée de couler et de passer.
[73] Par la foi, les saints, de retour de Babylone, apportèrent de la boue du puits dans lequel on avait jeté le feu de l'autel du Seigneur, au temps de la captivité ; et, après 70 ans, cet extrait de boue se remit à brûler et ils eurent le feu sacré, comme auparavant.
[74] La foi sauva le prophète Daniel de la violence des infidèles, à Babylone, et, dans la fosse, lui rendit dociles et soumis les lions féroces.
[75] Au temps de Nabuchodonosor, lors de l'influence des envieux et de la délation des méchants, la foi préserva Ananias, Azarias et Misaël de la violence du feu, qui se changea tout autour d'eux et au-dessous d'eux en fraîcheur et en protection : ils restèrent ainsi debout, marchant et louant Dieu.
[76] Dans le désir de terminer le récit, le peu de ce qui est mentionné et beaucoup de ce qui est connu suffit et dispense de détails ultérieurs.
[77] Celui qui croit et suit le bon chemin gagnera ; et celui qui ne croit pas et est hostile se repentira.
[78] Heureux celui qui aura bâti sur la vraie foi le fondement de son oeuvre et de sa croyance, et aura élevé sur la justice et les bonnes oeuvres les colonnes de sa résolution et de ses efforts ; [79] et aura suivi la grand-route excellente du salut, et se sera attaché au lien solide de l'aumône ; [80] et aura cherché Dieu par le don de la béatitude, et aura cru dans celui qui est le médiateur de tout bien et qui fait ressusciter les morts, [81] Jésus Christ, Verbe éternel de Dieu, qui sauve du malheur de la mort du péché, et qui guérit de la corruption humaine ; [82] et aura été docile à l'Esprit Saint, secours de celui qui pratique l'obéissance, qui parle par la bouche des prophètes de ce qui est agréable à écouter et qui est conseiller dans le chemin [de la bonne voie] ; [83] et aura aimé la justice et la voie éclairée, et aura revêtu la beauté du saint baptême ; [84] et aura été marqué du chrême de l'onction et de la médiation sacerdotale, et aura communié à l'hostie du salut et du pardon dans les mystères divins, et aura baisé la croix et aura cru à la crucifixion ; [85] et se sera dirigé vers l'orient dans sa prière, et aura cru à la résurrection et au jugement, et aura craint la terreur du feu et du châtiment ; [86] et aura manifesté sa foi avec un langage clair, et sa soumission avec une certitude vraie ; [87] et se trouvera, le jour du jugement, parmi les compagnons de la droite, et remportera la victoire suprême avec les fidèles, et sera trouvé digne de la miséricorde de Dieu, Seigneur du monde.
Exemple des martyrs à l'époque des rois romains et perses
[88] Une aide pour raffermir la foi et consolider la croyance c'est ce qu'on trouve dans les récits des amis de Notre Seigneur le Christ et de leur martyre, à l'époque des rois grecs et perses, de leur patience, de leur empressement à répandre leur sang et [à donner] leur vie, ainsi que le sang de leurs enfants, à quitter la douceur et les plaisirs de ce monde. [89] Ils se hâtaient pour présenter à Dieu leur corps en sacrifice ; et chaque fois qu'on en tuait un, une centaine environ se faisait chrétiens.
[90] On raconte qu’un roi Romain infidèle, avant de devenir chrétien, s'était obstiné à massacrer des martyrs, et en avait tué un grand nombre. On dit donc au roi : "Voilà que tu augmentes leur nombre, alors que tu crois le réduire". Il répondit : "Comment cela se fait-il ?". [91] On lui dit : "Tu en as tué hier un certain nombre, et voici qu'un même nombre s'est fait chrétien". Il demanda : "Quelle en est la raison ?". On lui répondit : "Les gens disent qu'ils voient un homme descendre du ciel pour les encourager". Alors il ordonna de cesser le massacre. [92] Ces paroles ont été la cause de sa conversion au christianisme et de son abandon de l'impiété et de la fin de la persécution des saints.
[93] Regardez donc ceux-là, eux qui avaient le discernement religieux et la certitude solide et la fidélité et l'excellence de la foi ; comment ils restaient vaillants dans leurs propos, contents, joyeux, heureux, même atteints par l'épée et par toutes sortes de supplices. [94] Les uns étaient écorchés vifs, d'autres on leur coupait les membres, tandis qu'ils regardaient ; les uns étaient brûlés par le feu, d'autres étaient jetés aux bêtes féroces. Dans ces tourments indescriptibles ils restaient complètement attachés à la religion chrétienne.
[95] Parmi ce qui affermit la foi, il y a aussi le récit de la sainte martyre connue sous le nom de Duhnašah, fille du roi d'Ahwāz.
[96] Son père, un jour, avait fait tuer avec obstination des martyrs, disciples du Christ, et elle était assise dans le palais devant sa coiffeuse en train de lui tresser les cheveux. [97] Elle leva les yeux vers les âmes des martyrs, tués par ordre de son père : elles volaient au ciel, sous forme de lampes brillantes. [98] Touchée par ce spectacle, elle trouva un prétexte pour s'excuser auprès de sa coiffeuse, qui n'avait pas terminé son travail. [99] Tout à coup elle descendit du palais, et se mêla, déguisée, à la foule des martyrs, et elle fut martyrisée, elle aussi, avec eux, sans avoir été reconnue. [100] Les serviteurs, partis à sa recherche et ne l'ayant pas trouvée, en informèrent ses parents, et ils se mirent à sa recherche, jusqu'à ce qu'ils trouvèrent sa tête coupée, jetée parmi les autres, qu'ils reconnurent à cause de ses cheveux. [101] Ils avaient demandé à la coiffeuse de ses nouvelles, et celle-ci leur raconta qu'elle lui avait dit : "Vois-tu ces lampes qui s'élèvent au ciel ?" Je ne vois rien du tout - lui répondis-je. À ce moment-là elle se leva promptement, et descendit du palais. [102] Ce fait aussi fut la cause de la conversion de beaucoup de gens au christianisme. [103] Ensuite Dieu (qu'il soit béni et exalté !) envoya un vent impétueux qui rassembla, sur les martyrs, de la terre en forme de colline (vestige qui reste jusqu'à ce jour). Sur cette colline poussèrent beaucoup de plantes et d'herbes aromatiques. [104] Et jusqu'à ce jour les chrétiens de cette région implorent la bénédiction de Dieu dans cet endroit. [105] Cette vertu n'existe que dans la religion chrétienne : c'est un héritage qu'on constate chez les chrétiens, jusqu'à la fin du monde.
[106] Nous devons imiter la foi des ces 318 saints Pères17, choisis parmi 2048 patriarches, métropolites et évêques : ils étaient semblables aux anges par la piété, aux étoiles du ciel par la splendeur et la lumière. [107] Le roi victorieux Constantin n'en choisit pas d'autres, dans la controverse contre les partisans des hérésies et des schismes, et dans la recherche de la vérité. [108] Il avait constaté, ainsi que ses hauts dignitaires, leur intégrité doctrinale et leur énergie dans la défense de la vérité, et il avait remarqué les cicatrices qu'ils portaient, car ils avaient tous subi des tourments de la part des ennemis de la vérité. Ces cicatrices témoignaient de leur bonheur et de leur conduite irréprochable : [109] les uns avaient eu les pieds coupés, d'autres les yeux crevés, d'autres les mains coupées, d'autres les dents arrachées ou les ongles enlevés ou les côtes brisées. [110] Thomas, évêque de Maraš18, avait passé 22 ans en prison, à cause des Ariens, qui, vu l'ardeur avec laquelle il s'opposait, l'avaient accablé de tortures, sans aucune pitié. [111] Dès qu'ils s'aperçurent qu'ils étaient protégés par les rois, ils se mirent à lui couper chaque année un membre : il était donc privé d'oreilles, de nez, de lèvres, de mains, de pieds et de dents, tel un bois noirci brûlé par le feu, à cause de sa vie austère et mortifiée. Et l'on avait fait pour lui beaucoup de commémorations, car les fidèles le croyaient déjà mort".
[112] Dans ce saint concile étaient présents ceux qui avaient ressuscité des morts et accompli des signes prodigieux : tel Saint Jacques, métropolite de Nisibe, qui avait ressuscité un mort, pendant le concile en la présence du roi victorieux Constantin. [113] Quand ils étaient assis, on en comptait 319 ; mais les chaises vides étaient au nombre de 318. Personne ne doutait que le Christ, Notre Seigneur, (qu'à son souvenir on se prosterne !) était présent parmi eux, selon sa promesse (sa parole est authentique !). [114] Tous avaient supporté, par amour du Christ, toutes sortes de tortures ; et personne parmi les 318 n'était sans cicatrice, à l'exception de onze pères. Que les prières de tous ceux-là gardent tous les croyants. Amen !
[115] Parmi les récits les plus éclatants, qui fortifient notre certitude et raffermissent notre espérance et encouragent notre patience dans l'amour du Christ, Notre Seigneur, on lit l'histoire de Mār Simon, fils de Şabbā'i, catholicos et patriarche de l'Orient (que ses prières nous accompagnent !), qui fut martyrisé, avec 103 personnes, dont des métropolites et des évêques, et avec un grand nombre de fidèles, de moines, de prêtres, de diacres et de laïques. [116] Ils furent les premiers martyrs d'Orient, au temps de Sapor, roi de Perse, l'an 655 d'Alexandre, dans la région d'Ahwāz, à Karh Lidān. [117] Après bien des vicissitudes, lui et ses compagnons furent arrêtés par le roi, qui ordonna de démolir les églises de Madā'in et Asfanir, car ils avaient refusé d'embrasser sa religion.
[118] Ce père rassembla ses fidèles et les encouragea, en disant : [119] "Considérez, mes enfants, les prophètes tués et les apôtres lapidés. Vous devez savoir que Dieu (qu'il soit vénéré et exalté !) n'est pas faible et que le Christ n'est pas méprisable ; au contraire il veut montrer sa puissance dans les faibles qui supportent les tortures pour son amour. Il est votre secours, si vous levez vers lui vos coeurs, et il renforce notre faiblesse et nous rend courageux dans le combat. [120] Vous devez être certains, dans vos âmes, que cette épreuve finira, et elle sera suivie de joie et de paix ; [121] et que les églises qu'on a détruites seront rebâties avec gloire et seront décorées de bonnes actions. Même si on a démoli nos églises, nous ne devons pas nous attrister : car nous avons un édifice au ciel, non fait avec des mains des hommes. Il ne se trouve pas à Madā'in, à Asfanir et à Kūhio mais dans la Jérusalem d'en-haut, qui est au ciel. [122] Voilà que je vais au palais du roi, et je ne sais pas ce qui va arriver ensuite. [123] Tenez-vous prêts, revêtus de la cuirasse de la foi et du martyre, afin que vous ne soyez pas transpercés par les flèches de l'ennemi, lorsqu'il se range en ba taille devant vous. [124] Je vous dis ceci, en vous mettant en garde, tel un père qui met en garde ses fils : gardez les commandements de Notre Seigneur, afin qu'il vous garde. Aimez celui qui vous a honorés et a donné sa vie pour nous faire vivre par sa mort. Conservez la vraie foi, dans la proclamation de l'unicité de la substance éternelle du Créateur et la trinité des hypostases des attributs éternels, le Père, le Fils et l'Esprit Saint. [125] Supportez pour cette foi les souffrances nombreuses et tout genre de mort pénible et violente. [126] Souvenez-vous de la parole de l'apôtre inspiré Paul : "La parole est véridique et digne de foi : Si nous mourons dans l'obéissance à Christ, nous avons confiance que nous vivrons avec lui ; et si nous souffrons pour lui, avec lui nous régnerons19. [127] Je vous ai confié mes volontés, car je sais que vous ne verrez plus mon visage une autre fois, car je veux me sacrifier pour la foi, et pour le peuple de Dieu. [128] À cela me pousse la miséricorde de Notre Seigneur, le Christ : qu'il soit avec moi, et avec tous, pour les siècles des siècles. Amen".
[129] À ces paroles, ils se mirent à pleurer abondamment, à cause de la séparation du pasteur vigilant, et du départ de l'administrateur attentif, du départ du chef distingué et parfait, et de l'éloignement du maître sage et du Père clément et compatissant [130] Ce qui les avait le plus poussé aux larmes, c'était lorsqu'il avait dit : "Vous ne me verrez plus une autre fois".
[131] Ensuite Mar Simon se mit à les consoler et à les soulager et à les embrasser. Il pria pour eux et les bénit. [132] Après sa prière, il partit pour Ahwāz, où il fut couronné du diadème du vrai martyre, avec ses compagnons, le vendredi de la passion du Christ, Notre Seigneur, le Messie (que son souvenir soit exalté !). [133] Il avait été précédé dans le martyre par Kuštāzād, chambellan du roi, qui avait été tué le jour précédent. [134] Saint Simon les encourageait, en disant : "Foulez, mes bien-aimés, l'aiguillon de la mort, qui a été brisé par le Christ, Notre Seigneur", 135 Ensuite il dit : "Où est, ô mort, ton aiguillon, et où est, ô shéol, ta victoire ?"20. [136] Saint Simon fils de Şabbāʻi fut le dernier à subir le martyre.
[137] Que ses prières, et les prières de tous les martyrs gardent tous ceux qui croient au Christ, Amen !
Épreuves récentes
[138] Considérons la récompense de ceux qui ont travaillé une seule heure dans la vigne spirituelle, et ont obtenu le même salaire et la même récompense que les premiers [ouvriers] qui ont supporté le poids du jour et sa chaleur, à l'époque actuelle dans la ville de Mossoul, proche et non lointaine. [139] L'or de leur foi fut vérifié et fut extrait pur de la gangue de la fraude. Ce sont les trois fils d'Israël21, le chef vertueux et le chrétien parfait, et c'étaient eux mêmes des chefs croyants, des secrétaires renommés et des ministres bien connus auprès des rois et des gouverneurs (que Dieu donne repos à leurs âmes avec les martyrs et les saints !). [140] Ils ont imité les martyrs dans leur attachement à la religion ; ils ont supporté toutes sortes de tourments avec docilité, et ils sont restés attachés à l'amour du Christ, Notre Seigneur, sauveur du monde. [141] On leur arracha les ongles et les dents, on déchira leur chair, et on la leur donna en nourriture, on noircit leur yeux avec un fer brûlant, après leur avoir proposé de nombreuses fois de renoncer à la religion chrétienne, pour échapper à la mort. Mais ils n'ont pas fléchi, et n'ont pas obéi, et leur intention n'a pas cédé. [142] Ils ont livré leurs corps à la mort, ils ont été étranglés et crucifiés, tandis qu'ils étaient à jeûn et que chacun d'eux conservait dans la bouche un morceau de Hanan22 [143] Ils ont gagné la couronne du martyre et l'héritage du royaume des cieux, avec l'ensemble des martyrs. [144] Leurs corps furent enterrés avec honneur dans la sainte église, ainsi qu'il convient pour ceux qui ont préféré l'amour du Christ à leur propre vie.
[145] Qu'à eux soit la béatitude et à leurs âmes le bonheur avec les martyrs et les saints.
Que Dieu nous fasse profiter de leurs prières, Amen !
[146] Que le Christ, Notre Seigneur et notre Dieu, qui a dit dans son Évangile vivant : "Je suis la voie, la vérité et la vie"23, vous donne une vie longue et respectée, excellents frères et honorables chefs et vénérables anciens, vrais fidèles orthodoxes victorieux, membres respectables du corps ecclésial ; [147] qu'il renforce la pureté de vos intelligences par sa puissance invincible ; qu'il vous unisse par son amour limpide et vrai, afin qu'aucun obstacle ne vous inquiète, ni qu'aucune tristesse ne vous affaiblisse, ni qu'aucune richesse ou qu'aucun pouvoir ne vous trompent.
[148] Qu'il vous sauve, vous tous, de toutes les difficultés temporelles et de tous les obstacles, et vous donne force et puissance, lui qui est le chef de votre vie impérissable, afin que vous puissiez vaincre le malin et toutes ses ruses. [149] Qu'il vous prépare un temps porteur de joie en sa présence glorieuse ; que sa droite puissante vous dirige et que sa providence garde vos maisons, et que sa bénédiction descende abondante sur vous, et vous donne grâce aux yeux des rois et des humbles, et qu'il augmente votre nombre, et qu'il vous donne mille fois plus. [150] Et que la grâce de Dieu soit avec vous et vous garde, vous, vos fils et vos filles, de tout mal, caché et visible, par les prières de la Sainte Vierge, mère de la lumière et de la vie, et de tous les saints. Amen.
Notes
1Mt 28.20 et Jn 14.18
2Citation non identifiée, supposée être tirée d'un écrit soit de Théodore de Mopsueste, soit de Nestorius, auteurs l'un et l'autre, selon les syriens orientaux, d'une anaphore liturgique, auxquelles il faut ajouter celle d'Addaï et Mari.
3Mt 26.41
4Mt 7.13-14
5Mt 10.16
6Pour les § 30-33 : Mt 10.17-21 ; Mt 10.22 et Lc 9.25
7§ 38-40 : Rom 8,35 et Rom 8.38-39
8Már Šallita est un moine, originaire d'Alexandrie, qui après avoir lutté contre les Ariens, alla à Nisibe et à Beit Zabdaï et y fonda un couvent (IVe siècle).
9Moine persan du VIIe siècle, fameux pour le couvent bâti dans la montagne au nord-est de Alqoš, à environ 2 km du village
10Catholicos de l'Orient (457-484)
11Selon la tradition syriaque orientale, Māri, l'un des deux messagers envoyés à Jésus par Abgar, roi d'Édesse, avec Addaï, un des 70 disciples, ont prêché l'Évangile dans leur pays
12Un dentride du VIIe siècle
13Moine syriaque oriental, crucifié par Chosroès II, l'an 615
14§ 62-65 : Ephesien 6.13-18
15Heb 11.3
16Job 2.3
17Le concile de Nicée (325) est nommé, chez les syriens, le concile de 318 Pères.
18Il y a semble-t-il une confusion de nom entre Salomon de Maras, qui fut présent au Concile de Nicée, et Thomas de Maras, favorable aux monophysites et exilé pour cette raison par Justinien en 518.
192 Tim 2.11-12
201 Cor 15.55
21Ces "néo-martyrs" ne sont pas identifiés.
22Boisson ou nourriture faite avec la poussière des tombeaux des saints et des martyrs.
23Jn 16.6
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Par Al-Bossikad le 9 Mai 2020 à 21:43
Il existait, Sur la wikipedia anglaise, une "List of translations of the Paschal greeting" qui a récemment été détruite par un administrateur.Il m'a semblé opportun de récupérer, sur un autre site, cette même liste complète (avec quelques problèmes de positionnement des points d'exclamations pour certaines langues), et ce d'autant plus que l'excellent site du P. Stéphane Bigham "Pascha Polyglotta" a lui aussi disparu de la toile.
This article lists translations of the Christian Paschal greeting in various languages.
Indo-European languages
- Greek: Χριστὸς ἀνέστη! Ἀληθῶς ἀνέστη! (Khristós anésti! Alithós anésti!)
- Slavic languages
- Church Slavonic: Хрїсто́съ воскре́се! Вои́стинꙋ воскре́се! (Xristósŭ voskrése! Voístinu voskrése!)
- Belarusian: Хрыстос уваскрос! Сапраўды ўваскрос! (Chrystos uvaskros! Sapraŭdy ŭvaskros!)
- Bulgarian: Христос воскресе! Воистину воскресе! (Khristos voskrese! Voistinu voskrese!), as if in Church Slavonic; Христос възкресе! Наистина възкресе! (Khristos vâzkrese! Naistina vâzkrese!) in Modern Bulgarian
- Croatian: Krist uskrsnu! Uistinu uskrsnu!
- Czech: Kristus vstal z mrtvých! Vpravdě vstal z mrtvých!
- Macedonian: Христос воскресе! Навистина воскресе! (Hristos voskrese! Navistina voskrese!), traditional; or Христос воскресна! Навистина воскресна! (Hristos voskresna! Navistina voskresna!)
- Polish: Chrystus zmartwychwstał! Prawdziwie zmartwychwstał!
- Russian: Христос воскрес(-е)! Воистину воскрес(-е)! (Khristos voskres(-е)! Voistinu voskres(-е)!) (the version with -e is in Church Slavonic, one without it is in modern Russian; both are widely used)
- Rusyn: Хрістос воскрес! Воістину воскрес! (Hristos voskres! Voistynu voskres!)
- Serbian: Христос васкрсе! Ваистину васкрсе! (Hristos vaskrse! Vaistinu vaskrse!) or Христос воскресе! Ваистину воскресе! (Hristos voskrese! Vaistinu voskrese!)
- Slovak: Kristus vstal z mŕtvych! Skutočne vstal (z mŕtvych)! (though the Church Slavonic version is more often used)
- Slovene: Kristus je vstal! Zares je vstal!
- Ukrainian: Христос воскрес! Воістину воскрес! (Khrystos voskres! Voistynu voskres!)
- Tosk Albanian: Krishti u ngjall! Vërtet u ngjall!
- Armenian
- Western Armenian: Քրիստոս յարեա՜ւ ի մեռելոց: Օրհնեա՜լ է Յարութիւնն Քրիստոսի: (Krisdos haryav i merelotz! Orhnyal e Haroutyunen Krisdosi!)
- eastern dialect, Քրիստոս հարյա՜վ ի մեռելոց: Օրհնյա՜լ է Հարությունը Քրիստոսի: (Khristos haryav i merelotz! Orhnyal e Harouthyoune Khristosi!); literally "Christ is risen! Blessed is the resurrection of Christ!")
- Germanic languages
- Anglic languages
- English: Christ is risen! He is risen indeed! or Christ is risen! Truly, he is risen!
- Old English: Crist is ārisen! Hē is sōþlīċe ārisen!
- Middle English: Crist is arisen! Arisen he sothe!
- Scots: Christ has ryssyn! Hech aye, he his ain sel!
- English: Christ is risen! He is risen indeed! or Christ is risen! Truly, he is risen!
- Danish: Kristus er opstanden! Sandelig Han er Opstanden!
- West Frisian: Kristus is opstien! Wis is er opstien!
- German: Christus ist auferstanden! Er ist wahrhaft auferstanden! or Der Herr ist auferstanden! Er ist wahrhaftig auferstanden!
- Icelandic: Kristur er upprisinn! Hann er sannarlega upprisinn!
- Faroese: Kristus er upprisin! Hann er sanniliga upprisin!
- Low Franconian languages
- Dutch: Christus is opgestaan! Hij is waarlijk opgestaan! (Netherlands) or Christus is verrezen! Hij is waarlijk verrezen! (Belgium)
- Afrikaans: Christus het opgestaan! Hy het waarlik opgestaan!
- Norwegian
- Swedish: Kristus är uppstånden! Han är sannerligen uppstånden!
- Anglic languages
- Italic languages
- Latin: Christus resurrexit! Resurrexit vere!
- Romance languages
- Aromanian: Hristolu anyie! Di alihea anyie!
- Catalan: Crist ha ressuscitat! Veritablement ha ressuscitat!
- French: Le Christ est ressuscité ! En vérité il est ressuscité ! or Le Christ est ressuscité ! Vraiment il est ressuscité !
- Galician: Cristo resucitou! De verdade resucitou!
- Italian: Cristo è risorto! È veramente risorto!
- Portuguese: Cristo ressuscitou! Em verdade ressuscitou! or Cristo ressuscitou! Ressuscitou verdadeiramente!
- Arpitan: Lo Crist es ressuscitat! En veritat es ressuscitat!
- Romanian: Hristos a înviat! Adevărat a înviat!
- Romansh: Cristo es rinaschieu! In varded, el es rinaschieu!
- Sardinian: Cristu est resuscitadu! Aberu est resuscitadu!
- Sicilian: Cristu arrivisciutu esti! Pibbiru arrivisciutu esti!
- Spanish: ¡Cristo resucitó! ¡En verdad resucitó!
- Walloon: Li Crist a raviké! Il a raviké podbon!
- Baltic languages
- Latvian: Kristus (ir) augšāmcēlies! Patiesi (viņš ir) augšāmcēlies!
- Lithuanian: Kristus prisikėlė! Tikrai prisikėlė!
- Celtic languages
- Goidelic languages
- Old Irish: Asréracht Críst! Asréracht Hé-som co dearb!
- Irish: Tá Críost éirithe! Go deimhin, tá sé éirithe!
- Manx: Taw Creest Ereen! Taw Shay Ereen Guhdyne!
- Scottish Gaelic: Tha Crìosd air èiridh! Gu dearbh, tha e air èiridh!
- Brythonic languages
- Goidelic languages
- Indo-Iranian languages
- Ossetian: Чырысти райгас! Æцæгæй райгас! or бæлвырд райгас! (Ḱyrysti rajgas! Æcægæj rajgas or bælvyrd rajgas!)
- Persian: مسیح برخاسته است! به راستی برخاسته است! (Masih barkhaste ast! Be rasti barkhaste ast!)
- Hindi: येसु मसीह ज़िन्दा हो गया है! हाँ यक़ीनन, वोह ज़िन्दा हो गया है! یسوع مسیح زندہ ہو گیا ہے! ہاں یقیناً، وہ زندہ ہو گیا ہے! (Yesu Masīh zindā ho gayā hai! Hā̃ yaqīnan, voh zindā ho gayā hai!)
- Marathi: Yeshu Khrist uthla ahe! Kharokhar uthla ahe!
Afro-Asiatic languages
- Semitic languages
- Standard Arabic: المسيح قام! حقا قام! (al-Masīḥ qām! Ḥaqqan qām!) or المسيح قام! بالحقيقة قام! (al-Masīḥ qām! Bi-l-ḥaqīqati qām!)
- Aramaic languages
- Classical Syriac: ܡܫܝܚܐ ܩܡ! ܫܪܝܪܐܝܬ ܩܡ! (Mshiḥa qām! sharīrāīth qām! or Mshiḥo Qom! Shariroith Qom!)
- Assyrian Neo-Aramaic: ܡܫܝܚܐ ܩܡܠܗ! ܒܗܩܘܬܐ ܩܡܠܗ! (Mshikha qimlih! bhāqota qimlih!)
- Turoyo: ܡܫܝܚܐ ܩܝܡ! ܫܪܥܪܐܝܬ ܩܝܡ! (Mshiḥo qāyem! Shariroith qāyem!)
- East African languages
- Hebrew: המשיח קם! באמת קם! (Hameshiach qam! Be'emet qam!)
- Maltese: Kristu qam! Huwa qam tassew! or Kristu qam mill-mewt! Huwa qam tassew!
- Egyptian
- Coptic: ⲠⲓⲬⲣⲓⲥⲧⲟⲥ ⲁϥⲧⲱⲛϥ! Ϧⲉⲛ ⲟⲩⲙⲉⲑⲙⲏⲓ ⲁϥⲧⲱⲛϥ! (Pi'Christos aftonf! Khen oumetmi aftonf!)
- Judeo-Berber: Lmasih yahye-d ger lmeytin! Stidet yahye-d ger lmeytin!
Kartvelian languages
- Georgian: ქრისტე აღსდგა! ჭეშმარიტად აღსდგა! (Kriste aghsdga! Cheshmaritad aghsdga!)
- Mingrelian: ქირსექ გეთანდჷ! ღორონთუმე (ემეთო ეთანდჷ)! (Kirsek genthand'! Ghoronthume (emetho gethand')!)
Northwest Caucasian languages
- Abkhazian: Kyrsa Dybzaheit! Itzzabyrgny Dybzaheit!
Dravidian languages
- Tamil: கிறிஸ்து உயிர்த்தெழுந்தார், மெய்யாகவே அவர் உயிர்த்தெழுந்தார்.
- Malayalam: ക്രിസ്തു ഉയിര്ത്തെഴുന്നേറ്റു! തീര്ച്ചയായും ഉയിര്ത്തെഴുന്നേറ്റു! (Christu uyirthezhunnettu! Theerchayayum uyirthezhunnettu!)
Eskimo–Aleut languages
- Aleut: Kristusaaq Aglagikuk! Angangulakan Aglagikuk!
- Pacific Gulf Yupik: Kristusaq ungwektaq! Pichinuq ungwektaq!
- Central Yupik: Kristuussaaq unguirtuq! Ilumun unguirtuq!
Mayan languages
- Tzotzil: Icha'kuxi Kajvaltik Kristo! Ta melel icha'kuxi!
- Tzeltal: Cha'kuxaj Kajwaltik Kristo! Ta melel cha'kuxaj!
Austronesian languages: Malayo-Polynesian
- Batak: Tuhan nunga hehe! Tutu do ibana hehe!
- Carolinian: Lios a melau sefal! Meipung, a mahan sefal!
- Cebuano: Nabanhaw Si Kristo! Nabanhaw gayud!
- Waray: Hi Kristo nabanwaw! Matuod nga Hiya nabanhaw!
- Chamorro: La'la'i i Kristo! Magahet na luma'la' i Kristo!
- Fijian: Na Karisito tucake tale! Io sa tucake tale!
- Filipino: Nabuhay muli Si Kristo! Nabuhay talaga!
- Hawaiian: Ua ala hou ʻo Kristo! Ua ala ʻiʻo nō ʻo Ia!
- Indonesian: Kristus telah bangkit! Dia benar-benar telah bangkit!
- Kapampangan: Y Kristû sinûbli yáng mèbié! Sinûbli ya pin mèbié!
- Malagasy: Nitsangana tamin'ny maty i Kristy! Nitsangana marina tokoa izy!
- Cook Islands Māori: Kuo toetu’u ‘ae Eiki! ‘Io kuo toetu’u mo’oni!
Austroasiatic languages: Mon-Khmer
- Khmer: Preah Christ mean preah choan rous leong vinh! trung mean preah choan rous leong vinh men!
Vietnamese
- Vietnamese: Chúa Ki-tô đã sống lại! Ngài đã sống lại thật!
Thai
- Thai: พระคริสต์เป็นขึ้นจากความตาย! or พระคริสต์ทรงกลับคืนพระชนม์ชีพ!
Basque
- Basque: Cristo Berbiztua! Benetan Berbiztua!
Japanese
- Japanese: ハリストス復活!実に復活! (Harisutosu fukkatsu! Jitsu ni fukkatsu!)
Korean
- Korean: 그리스도 부활하셨네! 참으로 부활하셨네! (Geuriseudo buhwalhasyeonne! Chameuro buhwalhasyeonne!)
Na-Dené languages
- Athabaskan languages
- Navajo: Christ daaztsą́ą́dę́ę́ʼ náádiidzáá! Tʼáá aaníí daaztsą́ą́dę́ę́ʼ náádiidzáá!
- Tlingit: Xristos Kuxwoo-digoot! Xegaa-kux Kuxwoo-digoot!
Niger–Congo languages
- Luganda: Kristo Ajukkide! Kweli Ajukkide!
- Swahili: Kristo Amefufuka! Amefufuka kweli kweli!
- Gikuyu: Kristo ni muriuku! Ni muriuku nema!
Quechuan languages
- Quechua: Cristo causarimpunña! Ciertopuni causarimpunña!
Mongolic languages
- Classical Mongolian: Есүс дахин амилсан, Тэр үнэхээр амилсан! (Yesus dahin amilsan, ter uneheer amilsan)
Turkic languages
- Turkish: Mesih dirildi! Hakikaten dirildi!
- Uyghur: ئەيسا تىرىلدى! ھەقىقەتىنلا تىرىلدى! (Əysa tirildi! Ⱨəⱪiⱪətinla tirildi!)
- Azerbaijani: Məsih dirildi! Həqiqətən dirildi!
- Chuvash: Христос чĕрĕлнĕ! Чăн чĕрĕлнĕ! (Hristos čĕrĕlnĕ! Čyn čĕrĕlnĕ!)
- Khakas: Христос тірілді! Сыннаң тірілді! (Hristos tíríldí! Sınnañ tíríldí!)
- Uzbek: Масих тирилди! Хақиқатдан тирилди! (Masih tirildi! Haqiqatdan tirildi!)
Sino-Tibetan languages
- Chinese: 基督復活了!他確實復活了! (Jīdū fùhuó-le! Tā quèshí fùhuó-le!) or 耶穌復活了,真的他復活了! (Yēsū fùhuó-le, Zhēnde tā fùhuó-le!)
Uralic languages
- Estonian: Kristus on üles tõusnud! Tõesti on üles tõusnud!
- Finnish: Kristus nousi kuolleista! Totisesti nousi!
- Hungarian: Krisztus feltámadt! Valóban feltámadt!
- Karelian: Hristos nouzi kuollielois! Tovessah nouzi!
Constructed languages
- International auxiliary languages
- Esperanto: Kristo leviĝis! Vere Li leviĝis!
- Ido: Kristo riviveskabas! Ya Il rivivesakabas!
- Interlingua: Christo ha resurgite! Vermente ille ha resurgite! or Christo ha resurrecte! Vermente ille ha resurrecte!
- Quenya:
- Klingon: Hu'ta' QISt! Hu'bejta'!
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Par Al-Bossikad le 19 Avril 2020 à 21:33
Saint Euloge, prêtre et martyr à Cordoue, le 11 mars 859.
Extrait du "Mémorial des saints" de Saint Euloge
Traduction française dans
"LES MARTYRS"
Recueil de pièces authentiques sur les martyrs depuis les origines du christianisme jusqu'au XXe siècle ; traduites et publiées par le R. P. Dom H. LECLERCQ, Moine bénédictin de Saint Michel de Farnborough
"Tome V, le Moyen-Age", 1906
SURIUS, Vitae sanct., 11 mars (1618), t. II, p. 100; — TAMAJO DE SALAZAR, Martyrol. hisp., t. II, 11 mars ; — BOLL., Acta sanct., mars, t. I, p. 90-97 ; — EULOGE OPERA, fol., Compluti, 1574;—A. SCHOTT, Hisp. illustr., t. IV, p. 223; — LORENZANA, Patres toletani (1785), t. II, p. 394-408 ; — FLOREZ, España sagr., t. X; Patr. lat., t. CXV, p.705-720; —AGUIBRE, Conc.Hispan. (1754), t. IV, p.141-144 ; — ANTONIO, Bibl. hisp. vet. (1788), t. I, p. 463-467;— BAHR. Gesch. rom. litt. (1840), t. III. 231-233 ;— W. W. v. BAUDISSIN,Eulogius und Alvar, in 8, Leipzig, 1872: — BOLL. , Bibl. hag. lat. (1899), p. 406;— BOURRET, Schola Cordubae christiana (1855), p. 35-58; — R. DOZY, Hist. des musulm. d'Espagne (1811), t. II, p. 1-162 ; — EBERT, Gesch. Liter. Mitelalt. (1880), t. II, p.300-305; — FABRICIUS, Bibl. med. et infim. (1734), t. II, p. 382-385 ; — GAMS, Kirchenges. Spaniens. (1874), t. II, p. 299-338 ; — SANCHEZ DE FERIA, Santos Cordoba (1772), t. I, p. 80-158.
( Euloge, le principal ornement de l'Eglise d'Espagne au IXe siècle, appartenait à une des premières familles de Cordoue, alors capitale du royaume des Maures. Euloge entra, dès sa jeunesse, dans la communauté des prêtres de saint Zoïle, où il apprit les sciences avec la piété, et devint très habile, surtout dans la connaissance de l'Ecriture sainte. Il alla ensuite se mettre sous la direction d'un pieux et savant abbé nommé Espère-en-Dieu, qui gouvernait le monastère de Cute-Clar. Puis il enseigna les lettres dans Cordoue et fut élevé au sacerdoce. Il menait une vie sainte et mortifiée, tout en demeurant dans le monde. En 850, les Maures ayant persécuté les chrétiens, notre saint fut jeté en prison. Il fut bientôt remis en liberté, et, l'archevêque de Tolède étant mort, le peuple et le clergé de cette ville choisirent Euloge pour lui succéder. Mais il plut à Notre-Seigneur de le couronner avant qu'il fût sacré. Il y avait à Cordoue une vierge chrétienne nommé Léocritie, convertie fort jeune de l'infidélité de Mahomet à la foi de Jésus-Christ, par le moyen d'une de ses parentes. Elle se voyait extrêmement maltraitée par ses parents, qui voulaient la contraindre à apostasier. Elle se réfugia chez saint Euloge, qui la donna à garder à sa soeur Annulon, puis la fit mettre en sûreté chez un ami. Les parents de Léocritie obtinrent du magistrat le pouvoir d'informer sur cet enlèvement et de saisir tous ceux qui leur seraient suspects. Beaucoup de personnes furent ainsi arrêtées. )
Cependant la vierge Léocritie désirait vivement revoir la soeur d'Euloge qu'elle aimait beaucoup. Elle se rendit pendant la nuit à sa demeure, espérant satisfaire le besoin de consolation qu'elle éprouvait. Elle se proposait de passer la journée auprès de sa compagne et puis de regagner sa retraite la nuit suivante. Elle raconta à Euloge et à sa soeur Annulon que deux fois, pendant qu'elle priait, elle avait senti sa bouche remplie d'une liqueur ressemblant à du miel, que, n'osant pas la cracher, elle l'avait avalée, et avait été ravie de la délicieuse saveur qu'elle y avait trouvée. Le saint lui dit que c'était là un présage e la douceur du royaume céleste, dont elle jouirait bientôt.
La vierge se disposait à retourner, le lendemain, en sa cachette, mais il arriva que celui qui devait la conduire ne vint point à l'heure fixée pendant la nuit, mais seulement au point du jour. Il n'y avait plus alors moyen de sortir, car Léocritie ne voyageait que dans les ténèbres pour éviter les embûches des persécuteurs. Elle résolut donc de passer tout le jour en la demeure d'Euloge et de se mettre en route quand le soleil aurait disparu à l'horizon, lorsque la nuit aurait rétabli le calme et la solitude dans les rues de la ville. Cette décision, qui paraissait prise par la prudence humaine, était en même temps effet de la volonté divine : afin que la vierge et Euloge reçussent ensemble la couronne du martyre.
Ce jour-là même, en effet, par suite de trahison, d'embûches ou peut-être simplement par instinct, je ne sais, on vint révéler au juge le lieu où se trouvait cachée Léocritie, et soudain la maison fut envahie par les soldats envoyés à la hâte pour y perquisitionner. Le bienheureux se trouvait heureusement chez lui en ce moment. Les satellites s'emparèrent de la vierge ; puis, saisissant Euloge, ils l'accablèrent de coups et d'outrages, et enfin traînèrent leurs deux captifs devant le tribunal. Le juge, bien résolu de profiter de cette occasion pour faire mourir dans les supplices le saint prêtre, lui lança des regards furibonds et lui demanda avec colère et menaces pourquoi il avait ainsi recélé chez lui la vierge Léocritie. Euloge, conservant le calme et la patience, se mit en devoir d'exposer la vérité avec l'élocution brillante qui le distinguait : « Président, dit-il, c'est un devoir de notre charge, et il est dans la nature même de notre religion,] d'offrir à ceux qui nous la demandent la lumière de la foi, et de ne pas refuser lès sacrements à ceux qui veulent marcher dans les sentiers qui mènent à la vie. C'est là le devoir des prêtres, c'est là une obligation que nous impose notre religion : l'ordre de Notre-Seigneur Jésus-Christ est formel sur ce point : qui-conque, dans sa soif, désire puiser aux fleuves de la foi, doit trouver deux fois plus de boisson qu'il n'en cherche. Or, cette vierge étant venue nous demander la règle de notre sainte foi, il était nécessaire que nous nous occupassions d'elle en proportion de sa ferveur. Il ne convenait pas de repousser celle qui formulait de si saints désirs ; surtout un tel refus venant de celui qui a été choisi par le Christ pour accomplir ces fonctions auprès des fidèles. J'ai donc, selon mon pouvoir, instruit et éclairé cette vierge ; je lui ai exposé notre foi qui ouvre le chemin du royaume céleste. J'aurais rempli avec grand plaisir le même devoir envers toi, si tu m'en avais prié. »
Le président, les traits bouleversés par la fureur, ordonna d'apporter les verges et menaça le saint de le faire périr sous les coups. Euloge dit alors : « Que désires-tu faire avec ces verges ? » Le juge : « T'arracher la vie. » Le saint : « Apprête plutôt et aiguise ton glaive, tu délivreras plus facilement par ce moyen mon âme des liens du corps, et tu la rendras à son Créateur ; car avec tes verges tu ne peux pas espérer de couper nies membres. » Puis, d'une voix claire et assurée, le saint se mit à flageller la fausseté du prophète et de sa loi, et à proclamer la vérité de notre religion. Aussitôt on l'entraîna au palais et on le fit comparaître devant les conseillers du roi. En l'apercevant, un des conseillers, qui connaissait intimement le saint, fut touché de compassion et lui cria : « Que des fous et des idiots se soient précipités d'une façon lamentable dans ce gouffre de la mort, passe encore. Mais toi qui brilles par la sagesse, qui es renommé pour ta vie exemplaire, quelle démence a pu éteindre en toi l'amour naturel de la vie et t'entraîner dans cette chute mortelle ? Ecoute-moi, je t'en prie ; ne te précipite pas, tête baissée, dans cet abîme, je t'en supplie ; dis seulement une parole dans ce moment, et ensuite, dès que tu le, pourras, tu retourneras à ta foi. Nous promettons de ne pas t'inquiéter dans la suite. » Le martyr sourit en entendant cette exhortation : « O mon ami, lui répondit-il, si tu pouvais savoir !quels biens sont réservés à ceux qui professent notre religion ! si je pouvais faire passer en ton coeur la foi dont est rempli le mien ! Tu cesserais alors d'essayer de me détourner de mon dessein, et tu ne songerais qu'à te débarrasser de ces honneurs mondains ! » Euloge se mit alors à lui exposer le texte de l'Evangile éternel, et à lui prêcher le royaume du ciel avec liberté Les conseillers, ne voulant pas l'entendre, ordonnèrent de le décapiter séance tenante.
Pendant qu'on emmenait le saint, un des eunuques du roi lui donna un soufflet. Euloge présenta l'autre joue, en disant : « Je t'en prie, frappe maintenant cette joue, afin qu'elle ne soit pas jalouse de l'honneur de sa compagne. » L'eunuque frappa une seconde fois, et le saint, sans rien perdre de sa patience et de sa douceur, présenta de nouveau la première. Mais les soldats l'arrachèrent et l'entraînèrent vers le lieu du supplice. Arrivé là, Euloge se mit à genoux pour prier, tendit les mains vers le ciel, fit le signe de la croix, et après une courte prière intérieure il tendit le cou au bourreau. Aussitôt un coup rapide lui donna la vie. Euloge consomma son martyre le 5 des ides de mars, un samedi, à l'heure de none. Aussitôt que son cadavre eut été précipité du haut d'un rocher dans le fleuve, une colombe éclatante de blancheur fendit les airs à la vue de tous les spectateurs, et vint en voletant se poser sur la dépouille du martyr. On se mit alors à lui jeter des pierres pour la chasser, mais ce fut en vain. On essaya de l'écarter avec les mains, mais elle alla en sautillant, sans se servir de ses ailes, se percher sur une tour qui dominait le fleuve, et se tint là les yeux tournés vers le corps du bienheureux.
Il ne faut pas omettre ici de rapporter le miracle que le Christ opéra sur ce corps pour la gloire de son nom. Un habitant d'Artyge, qui accomplissait son service mensuel dans le palais et était chargé de veiller pendant la nuit, voulut se désaltérer et se rendit à l'aqueduc qui amène en ce lieu les eaux du fleuve. En arrivant, il aperçut autour du cadavre du bienheureux Euloge, qui était là gisant, des prêtres dont les vêtements étaient plus blancs que la neige : ils tenaient à la main des lampes brillantes et récitaient gravement des psaumes comme on fait à l'office divin. Effrayé par cette vision, le garde regagna son gîte à toutes jambes. Il raconta ce qu'il venait de voir à son compagnon et retourna avec lui en ce même endroit ; mais tout avait disparu. Le lendemain de l'exécution, les chrétiens purent racheter la tête du martyr ; son corps fut recueilli trois jours après, et on l'ensevelit dans l'église du bienheureux Zoïle, martyr lui aussi.
Les juges essayèrent de gagner la bienheureuse Léocritie par toutes sortes de caresses et de promesses ; mais elle se maintint fermement dans la foi et fut décapitée quatre jours après le bienheureux Euloge. On jeta sa dépouille dans le fleuve, mais les eaux ne purent ni la submerger ni la dérober ; et, au grand étonnement de tout le monde, son corps suivit lentement le courant du fleuve. Les chrétiens purent ainsi l'attirer sur la rive et l'ensevelirent dans la basilique du martyr saint Genès, élevée au lieu dit Tercios.
Telle fut la fin du bienheureux docteur Euloge ; telle fut sa mort admirable ; ainsi passa-t-il de ce monde en l'autre, chargé de bonnes oeuvres et de mérites.
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Par Al-Bossikad le 19 Avril 2020 à 21:23
Sainte Pomposa, religieuse, martyre à Cordoue, le 19 septembre 853.
Extrait du "Mémorial des saints" de Saint Euloge
Traduction française dans
"LES MARTYRS"
Recueil de pièces authentiques sur les martyrs depuis les origines du christianisme jusqu'au XXe siècle ; traduites et publiées par le R. P. Dom H. LECLERCQ, Moine bénédictin de Saint Michel de Farnborough
"Tome V, le Moyen-Age", 1906
BOLL., Acta sanct.,19 sept., t. VI, p. 92-95.
Tandis que la nouvelle du martyre de sainte Colombe parvenait aux oreilles de tous les fidèles et se répandait non seulement dans toute la ville, mais encore dans ses environs, une vierge vénérable, nommée Pomposa, sortit du monastère de Saint-Sauveur, bâti au pied du mont Pinno Mellario, dans lequel elle s'était enfermée avec ses parents, ses frères et ses amis pour servir le Christ, et vint s'offrir elle aussi au martyre. — C'est de ce monastère qu'était également sorti le bienheureux prêtre Fandilla, martyrisé un peu auparavant. Cette vierge bienheureuse, qui habitait Cordoue, était parvenue à décider toute sa famille à abandonner les biens périssables de ce monde pour faire voeu de chasteté et travailler à l'acquisition des biens éternels.
Les parents vendirent donc leur patrimoine et firent bâtir ce monastère, qu'on appela Pinno Mellario à cause des nombreux gâteaux de miel qu'y fabriquent les abeilles, cela de toute antiquité et aujourd'hui encore. Ils se livrèrent en ce lieu aux exercices de la vie monastique, et la vierge Pomposa surpassa tous ses compagnons par l'éclat de sa sainteté. Ainsi, celle qui par l'âge tenait le dernier rang s'éleva jusqu'au premier par son innocente simplicité. Elle était tellement absorbée dans la méditation des saintes Ecritures, qu'elle n'en était distraite ni le jour ni la nuit ; et il fallut les tempêtes menaçantes de la persécution pour la détourner de cette occupation. Quand quelque mal la menaçait, on la voyait s'y résigner docilement avec la prodigieuse humilité qui la distinguait. Elle s'adonnait aux veilles, se soumettait à des peines rigoureuses, faisait de longues prières, pour obtenir de Dieu la grâce de garder inviolablement les voeux qu'elle avait faits.
Nous avons appris de son abbé, le moine et serviteur du Christ, Félix, quantité de traits relatifs à sa vie sainte, mais nous n'en rapporterons rien, de crainte de fatiguer le lecteur. Nous nous empressons d'arriver immédiatement à l'action héroïque qui sans aucun doute lui ouvrit les portes du ciel. Comme elle aspirait à la plus haute sainteté et servait Dieu avec la plus rigoureuse fidélité, dès qu'elle apprit le martyre de la bienheureuse Colombe, elle fut prise aussitôt d'un ardent désir de conquérir une semblable couronne ; cette nouvelle la ravit de joie, et elle se mit à chercher secrètement le moyen d'aller se présenter au tribunal du juge. Admirons ici la puissance de la vocation du Seigneur, dont la providence sait disposer les événements de façon qu'aucun de ceux qui sont prédestinés à la gloire du martyre ne soit privé de sa couronne; de façon qu'aucun de ceux dont la place est marquée dans l'assemblée des saints ne puisse être retenu dans les filets des hommes. On rapporte, en effet, que longtemps auparavant cette même vierge avait eu le désir de voler au martyre, mais qu'elle en fut empêchée par les dispositions habiles des siens, qui la soumirent à une rigoureuse surveillance tant que dura la violence de la persécution.
Mais à quoi peut servir la surveillance des hommes, puisque, selon l'Ecriture, « si le Seigneur ne fait lui-même la garde, c'est en vain que surveillent ceux qui pensent pouvoir, par eux-mêmes, garder quelque chose » ? En effet, une nuit que les frères allaient se coucher, après les vigiles de la nuit, l'un d'eux, par un dessein de la Providence, eut l'inspiration de prendre la clef et d'ouvrir la porte du monastère, ce qui ne se faisait jamais, et se contenta de la tenir attachée par un petit clou. La bienheureuse Pomposa se rendit la nuit même à cette porte, l'ouvrit et chemina dans les ténèbres, guidée par une lumière céleste ; elle parcourut pendant la nuit l'espace désert qui séparait le monastère de la ville de Cordoue, et y entra au point du jour.
Son premier soin fut d'aller se présenter devant le tribunal du juge; elle fit devant lui une profession explicite de foi chrétienne et insulta l'impudique prophète. Le juge la condamna sur-le-champ à périr par le glaive, et elle fut exécutée devant les portes du palais le 13 des calendes d'octobre, l'ère 891. On précipita son cadavre dans le fleuve; mais des bateliers, payés par les fidèles, parvinrent à le repêcher et le déposèrent au fond d'une fosse qu'ils remplirent de sable.
Environ une vingtaine de jours après, quelques moines, avec l'aide du Christ, réussirent à le tirer de là, et le transportèrent dans le monastère de la vierge Eulalie, où il fut solennellement enseveli, par les soins des prêtres et des religieux, aux pieds de sainte Colombe. En cela encore nous voyons un effet de la Providence divine : car celles qui, durant leur vie, s'aimèrent d'une si ardente charité, eurent le bonheur de reposer après leur mort dans un même sépulcre. Gloire soit donc au Christ qui règne dans les siècles des siècles ! Amen.
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Par Al-Bossikad le 19 Avril 2020 à 21:01
Les saintes Nunilo et Alodie, vierges, martyres à Huesca en Arragon. Le 22 octobre 851.
Extrait du "Mémorial des saints" de Saint Euloge
Traduction française dans
"LES MARTYRS"
Recueil de pièces authentiques sur les martyrs depuis les origines du christianisme jusqu'au XXe siècle ; traduites et publiées par le R. P. Dom H. LECLERCQ, Moine bénédictin de Saint Michel de Farnborough
"Tome V, le Moyen-Age", 1906
BOLL. Acta sanctor., 22 octob. t. IX, p. 642-647 ; Patr. lat., t. CXV, col. 774.
Nous avons appris d'un homme saint et vénérable, Vénérius, évêque d'Alcala, que dans la ville d'Osca, dans le château de Barbitan, vivaient deux soeurs, Nunilo et Alodie, nées d'un père païen et dune mère chrétienne. Après la mort de leur père, leur mère s'étant remariée à un païen, les jeunes filles eurent la douleur de se voir dans l'impossibilité d'embrasser la foi chrétienne, à cause de la défense expresse de leur beau-père. Elles quittèrent alors leur mère et allèrent demeurer chez leur grand'mère.
Aussitôt, malgré leur jeune âge, elles s'adonnèrent avec la plus rigoureuse fidélité au service du Christ; elles répudièrent la religion de leur père, purifièrent leurs âmes et les maintinrent inviolablement dans la sainteté que possède seule la religion chrétienne. Comme elles étaient distinguées autant par leur noblesse que par leurs dignités, la ville entière ne tarda pas à être informée de leur résolution, que trahissait visiblement, du reste, le genre de vie tout nouveau qu'elles menaient. Elles n'avaient encore atteint que la fleur de leur âge, et déjà la province entière était remplie de la renommée de leur sainte vie. Tout le monde s'étonnait de voir deux roses si charmantes issues d'un buisson d'épines. L'antique et jaloux ennemi, déplorant la perte de ces deux membres qui lui appartenaient autrefois, crut pouvoir détourner de leurs saintes résolutions, par les menaces des juges, ces deux épouses qu'il voyait prédestinées à entrer dans la chambre nuptiale du Christ; mais il ne réussit qu'à hâter pour les saintes vierges, par une mort dolente, les récompenses qui leur étaient réservées.
Satan poussa donc ses satellites à porter une accusation contre ces deux jeunes filles qui furent conduites au tribunal du préfet de la ville. Celui-ci les fit comparaître aussitôt en sa présence, et commença par leur promettre de vaines récompenses, des richesses abondantes, des mariages avantageux, si elles consentaient à répudier la religion chrétienne pour retourner au culte de leurs ères ; puis il ajouta que si elles méprisaient avec entêtement son conseil, elles seraient soumises à toutes sortes de tortures et enfin périraient par le glaive.
Les bienheureuses vierges, soutenues par le Saint-Esprit, demeurèrent fermes et intrépides dans la confession de leur foi et répondirent : « Comment, juge, peux-tu nous ordonner de délaisser la religion du vrai Dieu, quand cette religion, illuminant nos esprits, nous a fait voir qu'aucune richesse ne vaut le Christ, qu'aucun bonheur n'est comparable à celui que procure la foi chrétienne, qui fait vivre saintement les justes et donne aux saints le moyen de triompher des puissances de ce monde ? ce Christ sans lequel il n'y a point de vie véritable, en dehors duquel règne une mort éternelle ! Demeurer en ce Christ, vivre en ce Christ, c'est la véritable consolation; s'éloigner de lui, c'est la perdition. Non, jamais nous ne nous séparerons ici-bas de sa compagnie ; car nous lui avons confié notre chasteté, et nous espérons être admises un jour dans sa couche nuptiale. L'oeil fixé sur ce bien-aimé, nous méprisons tous les biens périssables par lesquels tu penses nous allécher ; car nous savons que tout ce qu'éclaire ce soleil est vain et éphémère. Pour ce qui est des châtiments dont tu nous menaces, ils ne nous causent aucun trouble, car nous savons qu'ils ne durent pas. Rien plus, cette mort que tu dresses devant nous comme un épouvantail suprême, nous la souhaitons d'autant plus amoureusement que nous croyons fermement devoir, grâce à elle, monter immédiatement au ciel, nous envoler vers le Christ, nous délecter enfin dans ses chastes embrassements. » — Voyant leur attachement à la foi et leur courage à la professer, le juge les confia à des femmes habiles dans l'exercice du culte païen, et leur ordonna de les instruire séparément, de chercher les moyens de leur imprimer de la crainte, recommandant par-dessus tout de ne leur point permettre de s'entretenir soit entre elles, soit avec d'autres chrétiens. Ces femmes emmenèrent les vierges du Christ et se mirent à leur exposer chaque jour le dogme vénéneux de leur culte sacrilège ; mais c'est en vain qu'elles tentèrent par tous les moyens imaginables de faire boire à leur coupe infecte celles que le Christ avait rassasiées de sa manne céleste.
Les femmes païennes ayant rapporté au juge qu'elles ne pouvaient triompher de l'entêtement des deux jeunes filles, celui-ci attendit encore plusieurs jours, puis, les ayant fait amener sur le forum, il les livra en spectacle à la dérision de la plèbe ; enfin, comme elles persistaient à confesser le Christ et à détester l'ennemi de sa foi, il les fit décapiter le 11 des calendes de novembre (21 oct.) de l'ère susmentionnée. Les corps des deux martyres furent laissés sur le lieu de l'exécution, et des soldats firent bonne garde pour empêcher que les chrétiens ne vinssent les enlever pour les ensevelir. On rapporte que ces reliques virginales, précipitées dans des trous par les païens, opèrent de nombreux miracles et montrent tant aux fidèles qu'aux païens quelle insigne consolation leur a procurée au sein de la gloire leur vie vertueuse sur la terre, par les mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui vit avec le Père et le Saint-Esprit, Dieu unique, dans les siècles des siècles. Amen
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Par Al-Bossikad le 19 Avril 2020 à 20:46
S. Parfait, prêtre et martyr, à Cordoue. Le 18 avril 850.
BOLL., Acta sanct., 18 avril, t. II, p. 585-586. SURIUS, Vitae sanctor., 18 avril; Histoire de s. Parfait et des autres martyrs de Cordoue, in-12, Paris, 1862.
Traduction française dans
"LES MARTYRS"
Recueil de pièces authentiques sur les martyrs depuis les origines du christianisme jusqu'au XXe siècle ; traduites et publiées par le R. P. Dom H. LECLERCQ, Moine bénédictin de Saint Michel de Farnborough
"Tome V, le Moyen-Age", 1906
Au nom de Notre-Seigneur.
L'an de l'Incarnation 850, l'ère 888, la 29e année du consulat d'Abdarrahaman, se consomma le martyre que nous allons rapporter. Sous le gouvernement de ce kalife, la puissance arabe s'accrut considérablement en Espagne et s'étendit à la presqu'île ibérique quasi tout entière. La ville de Cordoue, appelée autrefois Patritia, choisie par Abdarrahaman comme résidence, devint capitale ; le kalife la porta au faîte de sa prospérité ; il la combla d'honneurs et de privilèges, l'entoura d'une auréole de gloire et de célébrité, amoncela les richesses dans son sein, enfin y multiplia au delà de ce qu'on peut imaginer les délices matérielles de tous genres ; aussi dépassa-t-il en pompe et en magnificence tous les rois de sa race qui l'avaient précédé.
Tandis que l'Eglise des orthodoxes, gémissant sous le joug écrasant de ce kalife, était battue, torturée et réduite à l'extrémité, vivait un prêtre de vénérable mémoire, nommé Parfait. Il était né à Cordoue, avait étudié sous les maîtres de la basilique de Saint-Aciscle ; il possédait à fond toutes les lois ecclésiastiques, brillait même dans la littérature, et connaissait quelque peu la langue arabe. Presque toute sa jeunesse s'était écoulée dans ce monastère de Saint-Aciscle.
Un jour qu'il s'était mis en route pour une affaire de famille, et que ses intérêts domestiques l'appelaient à Cordoue, il fut interrogé sur la foi catholique par quelques païens qui le mirent en demeure de se prononcer publiquement sur le Christ et sur le prophète Mahomet. Parfait professa la puissance et la divinité du Christ, qu'il proclamait Dieu béni par-dessus tout clans les siècles des siècles. « Je ne crains pas, ajouta-t-il, de vous déclarer ce qu'on pense de votre prophète parmi les chrétiens, car il m'importe peu de vous blesser grièvement par mes paroles. Mais si vous voulez me promettre amicalement de ne point vous irriter contre moi, je vous révélerai quel jugement notre Evangile porte sur votre prophète, et de quelle façon il est honoré des chrétiens. » Les musulmans s'empressèrent de le lui promettre et l'engagèrent à exposer sans aucune crainte tout ce que ses coreligionnaires pensaient de Mahomet. Le savant prêtre leur démontra alors en arabe que d'après l'Evangile Mahomet était un faux prophète, un menteur qui avait séduit un grand nombre d'hommes.
On y lit, en effet : « Beaucoup de faux prophètes viendront en mon nom ; ils séduiront une foule d'hommes ; ils feront en même temps de tels miracles et de tels prodiges, qu'ils parviendraient à entraîner dans l'erreur les élus eux-mêmes, si cela était possible. » Il faut mettre au nombre de ces hommes votre prophète, séduit par les prestiges de l'antique ennemi, adonné aux maléfices ; il a corrompu par un venin mortel les coeurs d'une multitude innombrable et les a précipités dans les filets de l'éternelle perdition. C'est ainsi que, n'ayant par lui-même aucune science spirituelle, il ne fait que livrer la foi de ses croyants à son prince Satan, en compagnie duquel il aura à endurer les plus horribles tourments dans l'enfer, et vous tous à sa suite tomberez, pour n'en plus sortir, dans les flammes éternelles. Comment donc pourrait-on mettre au nombre des prophètes, comment même pourrait échapper à la malédiction divine celui qui, cédant à une aveugle passion, ravit à son maître Zaïd son épouse Zeinab et se l'unit par un mariage adultère, allant même jusqu'à affirmer qu'il a agi ainsi par l'ordre d'un ange?» Parfait parla longuement des impuretés, des actions honteuses que prescrit la loi de Mahomet, puis il dit en terminant: « Ainsi donc votre prophète, adonné lui-même à l'impureté et esclave de ses mauvaises passions, vous a tous plongés à jamais dans la fange de la luxure. » Il ajouta encore beaucoup d'autres remarques sur l'infâme doctrine de Mahomet qu'il connaissait à fond, toutes plus ou moins désagréables pour ses sectateurs. Toutefois les musulmans n'osèrent point alors sévir contre lui, mais jurèrent de faire mourir le saint.
Parfait termina les affaires qui l'avaient amené à Cordoue, puis il regagna sa cellule, où il vécut en paix durant quelque temps. Peu après, ayant dû se rendre une seconde fois à Cordoue, il se rencontra avec les païens qui l'avaient interpellé la première fois. Dès que ces furieux l'aperçurent, leur rage longtemps comprimée éclata, et ils s'excitèrent mutuellement à la vengeance par ces paroles: « Voilà cet homme qui naguère, poussé par une audacieuse folie, a proféré contre notre prophète (que Dieu l'appelle et le sauve !) tant d'injures et de malédictions, que vos oreilles en étaient assourdies. » (Toutes les fois que les musulmans prononcent le nom de leur prophète, ils s'empressent d'ajouter : « Zala, Allah, Halla, Anabi, V. A. Zallen », ce qui signifie en latin : Psallat Deus super prophetam, et salvet eum.) Aussitôt toute la cohorte d'hommes perdus, semblables à des guêpes en furie, se jeta sur Parfait, le garrotta en un tour de main, et l'entraîna vers le juge avec tant de rapidité que ses pieds effleuraient à peine la terre. Voici l'accusation qu'ils déposèrent contre lui : « Juge, nous avons entraîné cet homme vers ton tribunal parce que nous l'avons entendu maudire notre Prophète et insulter notre religion. Ta prudence sait mieux que nous quelle sentence il est à propos de porter contre lui pour réprimer son audace et calmer sa furie. »
Le juge mit immédiatement aux ceps le futur martyr ; il le fit charger d'un poids écrasant de fers, . se réservant de l'immoler le jour où ses coreligionnaires célébreraient par des rites profanes les réjouissances de la pâque. Le soldat du Christ demeura vainqueur en cette première rencontre : il se rendit tout débordant de joie au fond de son cachot, entra avec allégresse dans ce réceptacle de voleurs, comme s'il entrait dans une salle de festin. Là, tout rempli de la crainte révérentielle de Dieu, il s'adonna aux veilles, aux oraisons, aux jeûnes, et s'affermit, par la grâce du Saint-Esprit, dans la résolution de confesser courageusement sa foi. Longtemps avant qu'on le tirât de prison pour l'exécuter sur la place publique, il fit, dit-on, cette prophétie au sujet d'un eunuque nommé Nazar, qui remplissait les fonctions de proconsul claviculaire et dont le pouvoir s'étendait à l'Espagne tout entière : « Cet homme dont la puissance s'étend fastueusement au-dessus de tous les princes d'Ibérie, et que le pouvoir élève jusqu'aux nues, cet homme ne verra pas la joie pascale de l'année qui suivra mon martyre. »
Après quelques mois d'emprisonnement, quand furent terminés les trente jours de jeûne durant lesquels les musulmans se plongent plus que de coutume dans la crapule et la luxure, Parfait vit enfin luire le jour le plus glorieux pour lui, celui que les musulmans vénèrent entre tous et consacrent tout entier à la joie. Pensant faire grand honneur à leur dieu, ils tirèrent de prison et immolèrent le bienheureux, qui voulut une dernière fois confesser la divinité du Christ et dire anathème à l'ennemi de l'Église catholique : « J'ai maudit votre prophète, s'écria-t-il, et je le maudis encore ; je l'ai dit, et je le répète, c'est un démoniaque, un magicien, un adultère et un menteur. Tous les rites profanes de votre culte ne sont que des inventions du diable. Je le déclare hautement, vous irez tous endurer des tourments éternels avec votre chef. » La foule des gentils qui s'était répandue dans la plaine de l'autre côté du fleuve pour prier en cette grande solennité s'empressa de revenir pour jouir de la mort du martyr. Apercevant le prêtre gisant déjà devant les portes du prétoire et baigné dans son sang, les païens se firent un bonheur de se tremper les pieds dans ce sang, et retournèrent terminer leurs cérémonies sacrilèges, assurés d'obtenir plus facilement les biens qu'ils sollicitaient dans leurs prières, ayant ainsi les pieds teints du sang d'un ennemi si redoutable.
Mais ne nous écartons pas de notre sujet, et voyons ce que la divine bonté, au témoignage d'un grand nombre de témoins fidèles, opéra ce jour-là même pour la louange du martyr. Tirant une prompte vengeance du meurtre de son vaillant soldat, le Christ précipita dans le fleuve quelques-uns de la foule des musulmans. En retournant au lieu où ils avaient commencé leurs prières, les païens montèrent sur des barques et traversèrent rapidement le fleuve ; mais durant le trajet un coup de vent fit chavirer une barque qui contenait huit hommes, qui furent précipités dans le fleuve. Six d'entre eux purent avec peine se sauver à la nage, mais les deux autres furent noyés. Ainsi fut accomplie cette parole de la sainte Écriture : « Moi, le Seigneur, je punirai des impies à cause de ta mort, et des riches à cause de ta sépulture. » La cruauté du persécuteur fit monter une âme au ciel, tandis que la violente tempête du fleuve en précipita deux en enfer. Le corps du saint martyr fut enseveli, par les soins de pieux religieux et sous la présidence d'un digne prélat et de plusieurs prêtres, dans la basilique du B. Aciscle, dans le tombeau où reposent encore ses membres bienheureux.
La prophétie que Parfait avait faite dans sa prison concernant l'eunuque claviculaire Nazar s'accomplit à la lettre par la volonté de Dieu; car longtemps avant le retour des joies pascales de l'année suivante il mourut. Ses entrailles, brûlées par une fièvre ardente, ou même empoisonnées selon quelques-uns, lui sortirent du corps, et il expira...
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