• Présentation du recueil "contre les gens du dehors"

    Ce recueil, qui n'est pas l'œuvre de Théodore, est une pièce maîtresse dans la  compréhension du rapport que Théodore entretenait avec les tenants de l'islam.
    Comme le "fragment sur le libre arbitre", il présente la question des relations entre chrétiens et musulmans sous un jour tout différent de ce que les traités grecs laissent voir. Comme le "Recueil du Diacre Jean", il a sans doute été réalisé par un disciple à partir d'anecdotes reçues directement de la bouche de Théodore lors de "conversations privées" (ou peut-être de rencontres de clercs). La question des relations polémiques avec les musulmans en est le fond et montre comment, par la mise en évidence des points faibles du raisonnement de son interlocuteur, Théodore se sort de situations inconfortables. C'est somme toute un "manuel d'autodéfense" à l'usage des chrétiens subissant la pression de musulmans trop convaincus de la supériorité à tous égards de l'islam sur le christianisme. Le ton en est courtois, voire déférent, mais le propos reste ferme.
    Il se compose de huit anecdotes (identifiées dans le présent travail de GDD1 à GDD8) tournant toutes autours de la personne de Jésus-Christ.

    Un point qui peut surprendre concerne le titre [1].
    Qui sont donc ces "Gens du Dehors" [2]  qu'il mentionne ? Nul pays ou frontière géographique pour les définir : s'ils sont "étrangers", "extérieurs" c'est à l'Eglise qu'ils le sont. Pourtant il ne s'agit pas d'un traité contre "toutes les hérésies", tels qu'en ont pu composer Tertullien ou Epiphane de Salamine : derrière ce terme générique et quelque peu neutre de "Gens du Dehors", c'est l'islam – un islam de conquérant décomplexé et même parfois agressif – qui est directement visé. Si le mot "islam" n'est pas mentionné dans le titre, c'est sans doute qu'il n'était pas indispensable d'attirer l'attention des autorités sur ce petit opuscule.

    Ce texte rare a été signalé dans trois manuscrits [3]  dont un seul est en fait accessible. C'est donc sur cet unique manuscrit que John Lamoreaux a réalisé un rapide traduction anglaise qu'il a mis en ligne en juin 2009. C'est cette traduction provisoire qui est à la base de la présente version.
    Conformément au document de travail de Lamoreaux, j'ai conservé le découpage interne des huit dialogues. Tout au plus ai-je identifié chaque anecdote par un numéro.

    Table
    GDD 1 : Le Christ a-t-il été crucifié en accord avec sa volonté ou contre sa volonté ?
    GDD 2 : Le Christ a-t-il tué sa mère ?
    GDD 3 : Comment le Dieu invisible a-t-il pu se montrer dans la personne du Christ ?
    GDD 4 : Si Marie a engendré le Christ, comment peut-il être avant elle ?
    GDD 5 : Pourquoi se prosterner devant la Croix et pas devant un âne ?
    GDD 6 : Comment le Christ pouvait-il être contenu dans le sein de sa mère, s'il est Dieu ?
    GDD 7 : Est-il possible de parler de la mort du Christ sans que ce soit la mort de Dieu ?
    GDD 8 : Le Christ a-t-il été contraint à mourir ?

    Notes :

    - 1 : "Min qawl Thāwudūrus usquf Ḥarrān al-mukannā bi-Abī Qurra ṭaʿana ʿalā l-barrāniyyīn"
    - 2 :  Pour traduire le titre "tạʿana ʿalā l-barrāniyyīn", nous avons suivi Rachid Haddad (in "La Trinité divine chez les théologiens arabes" p 39). Notons que dans l'évangile selon St Marc, "ceux qui sont dehors"  (τοῖς ἔξω) sont ceux qui ne comprennent pas l'enseignement de Jésus (Mc 4.11)
    - 3 :  Ces trois manuscrit sont :
    - Le manuscrit d'Alep Sbath n° 1324, daté de 1773. Ce manuscrit semble perdu.
    - Le manuscrit Nagm (du nom de son propriétaire, Paul Nagm, un prêtre grec catholique d'Alep au début du XXe siècle). On ignore où ce manuscrit peut se trouver actuellement.
    - Le manuscrit du patriarcat grec orthodoxe de Damas n° 181, daté de 1561. C'est sur ce manuscrit que Lamoreaux a préparé sa traduction encore inédite à ce jour.
    Le texte, globalement bien conservé, ne pose pas de problème insurmontable. Toutefois, trois passages (en section 5, 7 et 8) demeurent obscurs, et sans doute ne faut-il pas exclure l'hypothèse que le texte ait pu souffrir à ces endroits, voire – comme l'avance Lamoreaux – qu'il s'agisse de lacunes. En l'absence d'autre témoin connu et consultable, il ne reste plus qu'à espérer la réapparition de l'un ou l'autre des manuscrits qui contiennent ce texte – ou la découverte de nouveaux témoins – pour tenter d'y voir un peu plus clair.


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