• "Démonstration de la foi de l'Eglise par les deux Testament et les Conciles" première partie

    Traité arabe de Théodore Abu Qurrah,
    "Démonstration de la foi de l'Eglise par les deux Testament et les Conciles"
    n° IX dans l'édition de Constantin BACHA

    DÉMONSTRATION De la sainte Loi de Moïse et des Prophètes qui ont annoncé le Messie.
    Du saint Evangile prêché aux Gentils par les Apôtres du Christ né de la Vierge Marie.
    De l'orthodoxie attribuée par tous les hommes aux Chalcédoniens.
     et Réfutation des doctrines de toutes les sectes qui se nomment chrétiennes
    par le magister-philosophe,
     notre saint P. Théodore,
     évêque de Haran.


     Première partie : "Sur l'Ancien Testament"
    (Cette partie est intitulée "against the jews" par Lamoreaux)

    Dieu apparut à Moïse au mont Sinaï et le choisit pour être le législateur des enfants d'Israël. Il lui ordonna d'aller voir Pharaon, roi d'Egypte, pour délivrer de ses mains les enfants d'Israël. Moïse, effrayé de la grandeur de l'affaire que le Seigneur voulait lui confier, se dispensa de cette mission en s'excusant ainsi : "Qui suis-je pour aller voir Pharaon et délivrer votre peuple de sa main ?" Le Seigneur lui dit : "Je t'assisterai et je te soutiendrai dans tes paroles ; va donc convoquer les chefs des enfants d'Israël et leur dire : "Le Seigneur Dieu de vos pères, Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob, m'a envoyé pour vous." Moïse dit au Seigneur : "Si je vais aux enfants d'Israël leur dire : "Le Dieu de vos pères m'a envoyé pour vous, que faudra-t-il leur répondre s'ils me demandent quel est son nom ?" Le Seigneur dit à Moïse : "Tu leur répondras : "Celui qui ne cesse pas d'être m'a envoyé à vous." Le Seigneur ajouta : "Car je suis celui qui ne cesse pas d'être; je suis le Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob." Moïse répliqua ainsi : "Supposez que j'aille leur dire ces paroles, que faudra-t-il leur répondre s'ils me disent : "Tu es un menteur, le Seigneur ne t'a point apparu ?" Le Seigneur dit à Moïse : "Qu'as-tu en ta main ?" Moïse lui répondit : "Une verge." Le Seigneur dit à Moïse : "Jette-la à terre." Moïse la jeta, et elle fut changée en un serpent qui effraya Moïse de sorte qu'il s'enfuit. Le Seigneur dit encore à Moïse : "Prends-le par la queue." Moïse saisit le serpent par la queue et il se transforma de nouveau en verge. Le Seigneur ajouta : "Mets ta main sous le pan de ta manche." Moïse le fit, et à l'instant sa main fut couverte d'une lèpre d'une blancheur éclatante comme la neige. Le Seigneur lui dit encore : "Remets ta main sous le pan de ta manche." Moïse la remit et il la retira de nouveau de la même couleur de sa chair. Le Seigneur dit aussi à Moïse : "Si les enfants d'Israël croient au premier miracle, tu auras atteint ton but ; s'ils ne croient pas, ils croiront au second ; et s'ils ne croient même au second, prends de l'eau du Nil et répands-la sur la terre ; elle sera changée en sang, pour leur faire savoir que le Dieu de leurs pères t'a envoyé." Lors donc que Moïse reçut de Dieu le don des miracles, il accepta avec peine d'aller en Egypte.
    Il faut conclure, de ce qui précède, que l'homme raisonnable et attentif ne doit pas accepter la religion de quiconque sans des miracles : car Moïse savait bien que s'il prétendait être élu de Dieu comme législateur, sans prouver sa mission par les miracles que Dieu seul peut faire en sa faveur, tout homme pourrait le démentir et le mépriser en le chassant ; et s'il était muni du don des miracles, il aurait des armes assez fortes pour convaincre quiconque veut sincèrement son salut et l'amener à embrasser la religion qu'il lui prêche. Ainsi donc l'homme raisonnable ne doit pas accepter une religion non fondée sur des miracles divins qui prouvent que son législateur est de Dieu ; celui qui donc embrasse une religion sans cette condition, néglige l'affaire la plus importante pour laquelle Dieu donna l'intelligence à l'homme et il risque de se perdre en se laissant conduire à sa perte par celui qui veut l'écarter de la voie de vérité qui conduit à la vie bienheureuse après laquelle les esprits aspirent. Ceux donc qui ont accueilli la religion prêchée par Moïse sont dans la bonne voie ; parce qu'il a prouvé la divinité de sa mission en opérant les miracles qui ne se font que par la toute-puissance de Dieu. Lors donc que Moïse leur parla des choses passées, comment Dieu créa le ciel et la terre, et leur rapportant des choses qu'ils ne connaissaient pas, ils ont bien fait de croire en lui; car Dieu n'accorde le don des miracles qu'à celui qui fait sa volonté et travaille à la conversion des autres.
    Ainsi Jésus-Christ notre Dieu, la véritable Sagesse, n'a commencé à prêcher son Evangile qu'après avoir prouvé sa Toute-Puissance divine par des miracles; laissant venir à lui pour les guérir tous ceux qui étaient affligés par les infirmités et les maladies. Les foules alors accouraient vers lui de la Galilée, de Jérusalem et des pays au delà du Jourdain. Lorsqu'il se vit entouré de ces foules, il appela ses Apôtres et commença la prédication de sa doctrine en disant : "Heureux sont les pauvres en esprit, car ils ont le royaume du ciel." Et il continua la promulgation de sa loi dans la suite, accompagnant toujours ses préceptes des miracles, comme Moïse, jusqu'à ce qu'il eut accompli toute l'économie de sa vie en mourant sur la croix, en se faisant ensevelir et ressuscitant le troisième jour. Donc, ceux qui ont reçu Jésus-Christ à cause de ses innombrables miracles sont également dans la bonne voie et ils ont aussi des motifs bien plus forts que ceux qui ont reçu Moïse pour ses prodiges.
    Si vous faites un parallèle entre les deux, vous trouvez sans doute Jésus de beaucoup supérieur à Moïse, bien que celui-ci aussi soit grand, car les miracles de Jésus sont innombrables. Il ne se borna pas aux miracles qu'il faisait lui-même, mais il accorda à ses Apôtres le pouvoir d'en faire en son nom. Moïse a fait des miracles, mais peu nombreux, et par la Toute-Puissance de Dieu, son ordre et son secours, non par sa force propre ; néanmoins il n'a dit à personne : "Va faire des miracles en mon nom." Il était juste qu'il eu fût ainsi des deux. Parce que Jésus-Christ est Dieu et Fils de Dieu, par conséquent il est capable de faire des miracles par sa propre vertu et d'accorder cette puissance à qui il lui plaît pour en faire de semblables en son nom. Mais Moïse n'était qu'un serviteur et il n'opérait pas les miracles par sa propre force, mais par la Toute-Puissance de Dieu; c'est pourquoi il n'en faisait aucun avant de recevoir l'ordre exprès de Dieu ou de recourir à la prière pour demander à Dieu qu'il lui accordât de le faire. Moïse a fait des miracles par la Toute-Puissance de Dieu et son ordre ou en recourant à son aide ; de même les Apôtres ont fait des miracles non au nom de Dieu, mais de Jésus-Christ, par sa force et son ordre ou en recourant à son secours. De plus, les Apôtres étaient de beaucoup supérieurs à Moïse : car celui-ci n'opérait ses miracles qu'après en avoir reçu l'ordre de Dieu ou après avoir recouru à son assistance par la prière ; mais les Apôtres faisaient souvent leurs miracles sans faire des prières; ils ne faisaient que dire : "Au nom de Jésus-Christ, que ce mort ressuscite, que cet aveugle ouvre les yeux, que ce paralytique soit guéri !" et l'effet répondait toujours aussitôt à leurs paroles. Ils ne se bornaient pas là; car saint Pierre, en passant parmi les malades, guérissait ceux qui se trouvaient dans son ombre même; le manteau de saint Paul guérissait aussi les malades sur lesquels on l'imposait.
    La parole de David a donc été réalisée dans les Apôtres, lorsqu'il dit : "Dieu donne grande force à la parole des porteurs de bonne nouvelle." (Ps. Lxvii, 12.) Les Juifs avaient moins de raison d'accueillir Moïse que les Gentils n'en avaient d'accepter Jésus-Christ; car ce dernier surpasse Moïse autant que la lumière du soleil surpasse en éclat celle de la lampe. Les Gentils pouvaient se contenter des miracles que les Apôtres ont opérés en leur présence au nom de leur Maître : ces miracles doivent seuls leur faire accueillir Jésus-Christ et croire à tout ce qu'il a dit de lui-même et à tout ce que ses Apôtres ont rapporté de lui, sans recourir aux prédications de Moïse et d'autres prophètes en sa faveur. Lorsque Moïse s'est présenté aux enfants d'Israël, ceux-ci, en effet, ont cru à sa mission et ont accepté tout ce qu'il leur rapportait de la part de Dieu, pour les seuls miracles qu'il a faits en leur présence, bien qu'aucun prophète antérieur n'ait prédit sa venue. Les enfants d'Israël n'ont pas exigé de lui, outre ces miracles, la prophétie d'un autre prophète en sa faveur pour prouver sa mission. De même les Gentils pouvaient avec raison croire en Jésus-Christ à cause de ses innombrables miracles et de ceux de ses Apôtres sans recourir aux prédications antérieures de Moïse et d'autres prophètes en sa faveur. Donc, à plus forte raison, il nous faut accueillir Jésus-Christ avec plus d'empressement que ceux qui ont reçu Moïse, à cause de l'avantage d'être prédit par Moïse et tous les autres prophètes qui ont annoncé sa venue et toute l'économie de sa vie; comme son crucifiement (Is.,lxv, 2), son côté transpercé (Zac, XII, 10), les mains et les pieds cloués, son vêtement tiré au sort (Ps. xxi, 18), le visage souillé de crachats (Es., l, 6), son dos couvert de coups (Ps. lxxii, 14), ses blessures expiant les péchés des hommes et guérissant les faiblesses de leurs fautes (Is., lui, 5), le vinaigre qu'il a pris avec le fiel d'amertume. (Ps. Lxviii, 22.) Tous ces passages sont bien connus dans les livres des prophètes, et ils sont très précis.
    Je m'étonne, Juif, que tu aies reçu Moïse à cause de ses miracles peu nombreux, et que tu refuses de recevoir Jésus-Christ avec ses miracles innombrables. Si tu es juste, tu aurais dû l'accepter sans les prédications de Moïse et d'autres prophètes, comme tu avais accepté Moïse pour ses miracles seuls sans lui demander en sa faveur une prophétie antérieure pour prouver sa mission. Si Moïse t'avait défendu d'accepter les prophètes qui devaient venir après lui, comme Jésus-Christ a fait à ses disciples, tu aurais raison de douter de Jésus-Christ; mais au contraire, Moïse, dans sa loi sainte, t'a promis un prophète qui doit venir après lui et il t'ordonne d'une manière très précise de l'écouter et de lui obéir dans tout ce qu'il te commande. Il te menace encore de la mort, si tu refuses de l'entendre. Il dit aussi d'une manière plus précise que ce prophète est comme lui législateur et maître d'une nouvelle alliance. (Deut. xviii, 15-18.) Cette prophétie précise t'oblige de recevoir ce prophète unique à qui Moïse t'ordonne d'obéir sans tenir compte de tous les autres prophètes. Et lorsque Moïse t'a rapporté la prophétie de Jacob qui dit : "La prophétie ne disparaîtra jamais de vous jusqu'à la venue du Messie qui est l'espérance des nations" (Gen., Lxix, 10), il a justifié et approuvé en général tous les prophètes qui étaient avant Jésus-Christ; et en particulier ce prophète unique auquel il vous a souvent ordonné, de la part de Dieu, d'obéir. Donc la prédication de la venue de ce prophète-législateur par Moïse ne te laisse pas hésiter un moment à accueillir Jésus -Christ et à croire en lui à cause de ces miracles qu'il a faits. Tu dois raisonner ainsi : "Le prophète auquel Moïse m'a ordonné d'obéir est sans doute ce Jésus qui faisait des miracles innombrables, autant que Moïse n'en a jamais fait; et si Moïse n'avait rien dit à son sujet, ces miracles seuls m'obligent avec raison de l'accepter sans exiger une prédication antérieure en sa faveur pour prouver sa mission de la même manière que j'ai accepté Moïse."
    Il faut savoir, Juif, que ce prophète est législateur et maître d'une nouvelle alliance ; c'est pourquoi le Seigneur vous a ordonné d'une manière toute particulière de lui obéir, et il vous a souvent réitéré cet ordre. Voici ce qu'il dit dans Jérémie : "Des jours viennent, dit le Seigneur, où je ferai pour les enfants d'Israël et pour la maison de Juda une nouvelle alliance, non comme celle que j'ai faite pour leurs pères lorsque je les ai fait sortir de la terre d'Egypte." (Jer., xxxi, 31.) David dit au Seigneur : "Donnez-leur, Seigneur, un législateur, afin que les nations sachent qu'ils sont des hommes." (Ps. ix, 20.)
    Tu dis, Juif : "Mes ancêtres, qui étaient contemporains de ce Jésus et qui l'ont vu, sont tous morts, et par conséquent je ne connais pas qu'il a fait des miracles." Nous te dirons: Il est bien facile pour toi de connaître cela, si tu désires sincèrement ton salut; car tu devais savoir que Jésus-Christ a fait ces miracles qui ont converti les Gentils, et ont fait embrasser sa doctrine en faisant faire la guerre à leurs esprits, à leurs passions et à leurs plaisirs, de sorte qu'ils ont laissé l'abondance pour la pauvreté, la licence pour la chasteté, la richesse pour les angoisses de la vie, la mollesse pour les mortifications, et les plaisirs pour la renonciation complète au monde, aux voluptés de la chair et aux honneurs. Il les oblige à souffrir la mort, et tous les genres de supplices, plutôt que de le renier ; il leur dit : "Quiconque me reniera devant les hommes, je le renierai devant mon Père qui est aux cieux." Il leur dit aussi : "Ce que je vous dis dans le secret, publiez-le sur les toits. Ne craignez point ce qui ôte la vie du corps et ne peut pas ôter la vie de l'âme ; mais craignez celui qui peut ôter la vie du corps et celle de l'âme et jeter les deux dans le feu de l'enfer." Il dit aussi : "Celui qui perd son âme pour moi, la trouvera dans la vie éternelle." Il dit encore : "Quiconque me suit et ne hait pas son père, sa mère, ses frères, ses sœurs, ses enfants et tous ses parents pour moi, n'est pas digne de moi. "Il leur dit : "Je vous laisse comme les moutons parmi les loups." Il leur dit ailleurs : "Le monde sera dans la joie et vous dans la tristesse." (Joan,, xvi, 20.) "Des jours viennent où quiconque vous tuera, croira offrir un sacrifice à Dieu." (Joan., XVI, 2.)
    Il les obligea à se mortifier par la privation des plaisirs et l'extermination de la moindre passion en disant : "Quiconque vous frappe à la joue, présentez-lui l'autre. Celui qui veut vous arracher votre tunique, donnez-lui encore votre manteau. Si vous regardez une femme pour la convoiter, vous avez commis un adultère dans votre cœur. Si vous appelez votre ami Raca ou fou, vous méritez le feu de l'enfer." Il dit aussi : "Vous avez entendu dire aux anciens : Tu aimeras ton ami et tu haïras ton ennemi. Et je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour eux."
    Dis-moi, Juif, comment les Gentils ont pu recevoir Jésus-Christ avec une loi si sévère qui les porte à se sacrifier, avec la faiblesse qu'il a voulu montrer en souffrant le crucifiement avec ses douleurs et ses opprobres. Ses ennemis l'ont insulté, ils lui ont cloué les mains et les pieds en le suspendant sur la croix ; ils lui ont fait boire du vinaigre et prendre du fiel; ils l'ont fait tellement souffrir, qu'il a laissé couler de son corps une sueur forte comme des grumeaux de sang, et, étant sur la croix, il a crié : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?" Tout cela aurait dû effaroucher ceux qui l'entendaient, et les empêcher de suivre Jésus-Christ et de le prendre pour Dieu comme les Gentils avaient fait; car il est bien évident que si ces miracles racontés dans les Evangiles et les livres des Apôtres n'avaient pas été réellement opérés, Jésus-Christ n'aurait pas été reçu, car ce sont les miracles qui contraignaient les esprits et les obligeaient de le recevoir et de croire en lui.
    Si Jésus-Christ voulait tromper (le monde), il aurait dû défendre à ses Apôtres de révéler aux Gentils ces faiblesses, et il aurait du leur ordonner de l'exalter et de le faire plus grand et plus beau qu'il n'était; il aurait dû les attirer par une doctrine libre et licencieuse pour rendre leur conversion plus rapide et plus facile. Mais il n'a rien fait de tout cela : il a voulu se montrer ainsi déshonoré à ceux à qui il prêchait sa doctrine et il les obligeait à se mortifier et à mourir pour sa cause.
    C'est bien étonnant que Moïse ait fait connaître Dieu et l'ait glorifié, en rapportant qu"il créa le ciel et la terre, qu'il est plus haut que le ciel, et qu'il l'ait exalté et loué de toutes les manières ; qu'il ait délivré les enfants d'Israël de la tyrannie de Pharaon ; qu'il ait séparé pour eux les eaux de la mer ; qu'il leur ait fait tomber du ciel la manne et les cailles; qu'il ait fait couler pour eux les eaux des rochers ; qu'il ait combattu pour eux les nations ; qu'il leur ait fait cette promesse : "Le Seigneur vous aidera pour anéantir les nations de la Syrie et posséder leur pays", et qu'il leur ait donné une loi très large, néanmoins il n'a pu convertir aucun des Gentils. Les enfants d'Israël eux-mêmes n'ont pas bien cru à sa parole ni en son Dieu; car, lorsque le Seigneur est descendu sur le mont Sinaï qu'il a fait trembler et fumer, les enfants d'Israël se sont effrayés de cet aspect; mais à peine sont-ils descendus du Sinaï qu'ils adorent le veau.
    Lorsque les Apôtres se sont répandus parmi les Gentils, ils leur ont révélé les souffrances et le crucifiement de leur Maître avec ses paroles qui indiquent sa faiblesse, et ils les ont obligés à observer cette loi si sévère que Jésus-Christ a donnée; cependant tout le monde a répondu à leur appel. Qui est-ce qui ignore donc que cela est ainsi arrivé par la vertu des miracles que les Apôtres opéraient au nom de Jésus-Christ d'une manière supérieure à ceux de Moïse comme le ciel l'est à la terre?
    Tu ne peux pas dire, Juif, que les Gentils ont suivi Jésus-Christ par esprit de parti, c'est-à-dire par zèle pour la religion nationale qu'ils partageaient avec lui (nationaliste). Cette raison est plutôt contre vous. On peut avec raison vous adresser cette accusation, que vous avez suivi Moïse qui est de votre peuple, par esprit de parti de votre religion nationale, avec l'espoir d'avoir part aux honneurs et à l'autorité que Dieu lui a donnés. On ne peut pas dire la même chose des Gentils qui ont suivi Jésus-Christ, car les Apôtres qui ont évangélisé les Gentils étaient des Juifs et ils leur prêchaient un homme qu'on croit être juif. Tout cela aurait dû leur inspirer de l'aversion et de l'horreur pour lui, parce que les Juifs étaient, en général, les ennemis détestés de toutes les nations; de plus, leur doctrine n'avait rien de ce qu'on ambitionne dans ce monde, comme les honneurs et la puissance : elle est tout à fait opposée à cela. Sache bien, Juif, que les Gentils n'ont pu prendre Jésus -Christ pour Dieu et se soumettre à sa loi avec cette grande et profonde obéissance qui leur faisait chaque jour sacrifier la vie, que par la vertu des miracles que les Apôtres ont opérés en leur présence en son nom.
    Tu dirais, Juif : Les Gentils ont suivi Jésus-Christ par ignorance. S'il en est ainsi, prends ces paroles que les Apôtres disaient de Jésus Christ et prends cette loi qu'il leur a imposée, et essaye de le faire croire ou accepter à un seul homme ignorant. Tu ne le pourras jamais, parce que les gens ignorants ont de l'horreur de ces choses plus que tous. Comme les animaux, ils ne cherchent, en effet, qu'à satisfaire leurs plaisirs ; leur intelligence n'est capable de comprendre que les discours vulgaires et illusoires. En vérité, ta religion a plus d'attraits pour ces gens que le christianisme, parce qu'elle grandit beaucoup Dieu et fait voir sa majesté si terrible; elle permet les licences, elle permet la jouissance des honneurs, de l'autorité, du miel et du lait ; elle permet la polygamie et le divorce pour la moindre raison, de subjuguer les nations qui devront te porter sur les épaules , comme tu prétends ; ils seront tes esclaves, et leurs filles tes servantes ; tu bâtiras une ville en émeraude et en hyacinthe. De telles choses peuvent bien facilement séduire les esprits ignorants et captiver leur ambition, ce n'est pas étonnant d'avoir beaucoup de partisans si Ton prêche une religion si pleine d'attraits, surtout si elle a été favorisée par une puissance qui la protège, comme nous avons vu cela arriver.
    Tu dirais, Juif : Ceux qui ont suivi Jésus-Christ étaient des philosophes; c'est la philosophie qui les a conduits à lui. Tu dois donc suivre leur exemple dans cette philosophie qui les a conduits à Jésus-Christ, comme tu l'avoues bien. Mais ces choses ignominieuses qu'on rapporte de Jésus-Christ, les philosophes ou les sages de ce monde ne les croient pas, elles surpassent toute intelligence humaine; à moins que le Saint-Esprit ne répande sa grâce sur leurs âmes, leur apprenant par sa lumière que Jésus-Christ est Dieu. Saint Paul écrit en effet : "Personne ne peut dire : Jésus-Christ est Dieu, que par le Saint-Esprit." Si tu ne crois pas cela, essaye de porter la doctrine chrétienne à tous les philosophes du monde pour la faire accepter à un seul ; mais je suis sûr que tu ne le pourrais jamais, car les sages de ce monde ne cherchent que les honneurs de ce monde et ne croient que ce qui est conforme aux lois de la nature qu'ils étudient d'une manière plus particulière que les gens vulgaires : ils se vantent de la subtilité de leurs discours et de l'harmonie séduisante de l'expression. La doctrine chrétienne est tout à fait le contraire. En effet, comme dit saint Paul : "Dans la sagesse de Dieu, le monde n'a point connu Dieu par la sagesse, et Dieu a aimé de sauver ceux qui croient à la folie de la prédication." (I Cor., i, 21.)
    Si tu dis, Juif : "Ces gens étaient d'une intelligence moyenne", tu ne dis pas la vérité; car les gens de moyenne intelligence ne font rien qu'avec réflexion et résolution, et ils ne croient que ce qui est semblable aux vérités dont ils ont acquis la certitude par le sens et l'expérience. Donc, on ne peut pas prêcher la doctrine chrétienne à ces esprits à qui elle répugne et qui la repoussent avec mépris.
    Puisque tu as accepté, Juif, ce que nous avons avancé, tu dois nécessairement avouer que les Gentils n'ont accepté Jésus-Christ que par la vertu de ses miracles qu'ils ont vus, d'après le récit des Evangiles et les livres des Apôtres ; et par la grâce du Saint-Esprit qui éclaira leurs intelligences et leur persuada que Jésus est Dieu et Fils de Dieu, chose qu'il disait de lui-même. Ces Gentils qui ont accepté Jésus-Christ sont aujourd'hui les cinq sixièmes du monde. Bien qu'il ait souffert les passions et les douleurs de la croix il n'a pas souffert tout cela en vain ou par faiblesse et impuissance, mais pour des raisons bien justes, cachées aux âmes que le Saint-Esprit n'a pas éclairées par sa grâce. Ce que nous avons dit prouve d'une manière évidente que les Gentils n'ont accepté Jésus-Christ que par la vertu des miracles mentionnés dans les Evangiles et les livres des Apôtres. Cela contraint nécessairement ton esprit à croire et à avouer la vérité de ces miracles, comme si tu les avais vus de tes propres yeux, car ce sont les miracles qui ont persuadé aux Gentils que Jésus-Christ est véritablement Dieu et Fils de Dieu ; or Jésus-Christ et ses Apôtres ont témoigné que Moïse et tous les autres prophètes étaient des messagers de Dieu ; donc, par le témoignage de Jésus-Christ et par celui de ses Apôtres, Moïse et les prophètes sont constatés et prouvés comme de vrais messagers de Dieu.
    Si l'on te demande une raison qui prouve (la divinité de) la mission de Moïse ou celle d'un autre prophète, tu ne le pourrais pas faire; car la loi de Moïse est restée environ cinq mille ans sans pouvoir persuader à aucun des Gentils qu'elle est de Dieu. De plus, vos pères eux-mêmes n'ont pas conservé la loi ni le vrai culte de Dieu. Mais lorsque Jésus-Christ est venu, il a persuadé tous les Gentils par ses miracles et il leur a constaté Moïse et les autres prophètes, de sorte qu'il est devenu leur prédicateur.
    Il a bien raison de faire cela et il doit le faire, car c'est lui qui les envoya avec ordre de les annoncer et de le caractériser, afin que les hommes ne le repoussent pas en le voyant marcher sur la terre. C'est pourquoi Michée avait prédit sa venue en disant : "Ecoutez, toutes les nations; soyez attentifs, tous les peuples : que le Seigneur soit témoin contre vous; le Seigneur sortira de son lieu et descendra marcher sur la terre. C'est pour le péché de Jacob et à cause des crimes d'Israël." (Mich., i, 1-5.) Baruch avait dit de lui : "C'est lui qui est notre Dieu, nul autre ne lui est comparable; il a trouvé la voie de la connaissance et il l'a donnée à Jacob son chéri et à Israël son ami. Après cela il est apparu et il a marché parmi les hommes." (Bar., iii, 36.)
    Le Seigneur ordonna à Moïse de faire son frère Aaron prêtre et d'offrir des sacrifices comme il lui en a montré l'exemple dans la montagne. (Ex., xxv, 40.) Par ces paroles il t'a fait voir qu'il y a un autre prêtre dont Aaron est la figure, et un autre sacrifice dont ces sacrifices sont la figure. David, venu à son temps, t'a expliqué que ce prêtre dont Aaron était la figure est le Seigneur qui est assis sur le trône à la droite de Dieu et qu'il est le Fils de Dieu engendré de lui avant tous les siècles : "Le Seigneur dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite jusqu'à ce que j'aie mis tes ennemis sous tes pieds." (Ps. cix, 1.) Dieu dit encore à son Fils : "Je t'ai engendré dans mon sein avant le jour." Il lui dit encore : "Tu es le Prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech." (Ps. cix, 1-4.) Isaïe, venant ensuite, t'a expliqué ce sacrifice dont le tien est la figure, en rapportant ce que dit le Messie de lui-même : "Je ne désobéis pas, je ne discute pas, j'ai exposé mon dos aux fouets et ma joue aux coups, et je n'ai pas détourné mon visage de l'affront du crachat." (Is., l, 6.) Il dit de lui : "Il est sans aspect et sans beauté; nous l'avons vu, il n'avait ni aspect ni beauté : il avait un aspect misérable plus que tous les hommes ; il est l'homme blessé qui sait bien souffrir les maladies ; il était méprisé et sans compte ; il supporte nos maladies et il souffre pour nous ; nous avons pensé qu'il était blessé, frappé de Dieu ; mais il a été blessé pour nos péchés, c'est à cause de nos crimes que ces afflictions lui sont arrivées, il a pris sur lui le châtiment de notre salut et nous sommes guéris par ses blessures. Nous sommes tous égarés, comme des brebis; chacun de nous a égaré sa voie et le Seigneur l'a livré pour nos péchés. Lorsqu'il a été frappé il n'a pas ouvert la bouche ; on l'a mené comme une brebis à la boucherie et comme un mouton devant qui le tond en silence; par humilité il n'a pas ouvert la bouche." (Is., liii, 1-7.)
    Tout cela te montre bien, si tu as de l'intelligence, Juif, que ton prêtre Aaron était la figure de ce prêtre, et ton sacrifice était la figure de ce sacrifice ; car si ton prêtre, expiait les péchés et ton sacrifice faisait expier les fautes, le prêtre dont parle David serait inutile, et de même ce sacrifice dont parle Isaïe serait vainement établi par Dieu, et Moïse serait menteur en te disant que tu as la figure que David et Isaïe ont expliquée ensuite. Tu n'as pas compris alors cela comme Moïse te dit : "Vous avez vu ce que Dieu a fait en votre présence ; mais il ne vous a pas donné des yeux pour voir, ni des oreilles pour entendre, ni une intelligence pour comprendre." (Deut., xix, 4.) Si ces choses n'étaient pas des figures qui symbolisent des réalités, comment Moïse pouvait-il te dire sans mentir ; "Vous avez vu ce que Dieu a fait en votre présence, mais il ne vous a pas donné des yeux pour voir, ni des oreilles pour entendre, ni une intelligence pour comprendre?" Cela indique bien clairement que tu avais les figures et les symboles de la vérité. David te l'assure en disant : "Nos pères ne comprenaient pas vos miracles en Egypte." (Ps. cv, 7.) Cela est suffisant pour te guérir, Juif, si tu veux sincèrement le salut de ton âme comme un homme raisonnable, et tu aurais été guéri depuis, si tu acceptais cela des saints Docteurs de l'Eglise que le Saint-Esprit a fait parler et qui ont expliqué tout ce qui concerne Jésus-Christ par la raison et les Livres saints. Voici donc une démonstration de la doctrine chrétienne si bien raisonnée qu'elle oblige nécessairement tout homme raisonnable et de bonne volonté de l'accepter, car la raison conduit évidemment à Jésus-Christ, et celui-ci constate et justifie Moïse et les Prophètes ; donc nous avons l'Ancien et le Nouveau Testament, et, comme dit Salomon dans le Cantique des Cantiques : "Sur nos portes sont tous les fruits, les anciens et les nouveaux." (vii, 13.)


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