• "Démonstration de la Foi de l'Eglise"  
    Traité arabe n° 9 de l'édition de Bacha


    Présentation
    En 1904, le P. Constantin BACHA – melkite catholique – publiait en arabe à Beyrouth "Les oeuvres arabes de Théodore Aboucara, évêque d'Haran".
    L'année suivante, il reprenait un des traités de ce volume, le neuvième , qu'il rééditait accompagné d'une traduction française, sous le titre "Un traité des oeuvres arabes de Théodore Abou-Kurra, évêque de Harran".
    Le titre, qu'il reprend du manuscrit, est le suivant :

    Démonstration de la sainte Loi de Moïse et des Prophètes qui ont annoncé le Messie ;
    du saint Evangile prêché aux païens par les Apôtres du Christ né de la Vierge Marie ;
    de l'orthodoxie attribuée par tous les hommes aux Chalcédoniens.
    et
    Réfutation des doctrines de toutes les sectes qui se nomment chrétiennes.
    Par le maître-philosophe,
    notre saint père Théodore,
    évêque de Harran.


    Georg GRAF en fit le premier traité de son édition allemande des oeuvres de TAQ ("Die arabischen Schriften des Theodor Abu Qurra, Bischofs von Harran, 1910).

    Il fallut attendre 2005, et l'édition anglaise de John LAMOREAUX de "presque toutes les oeuvres de TAQ", pour que la partition du traité, que l'on constate déjà dans l'édition arabe de Bacha, soit prise en compte : il donne la première partie du traité (p 27) sous le titre "Against the Jews", et plus loin la seconde (p 61)  qu'il intitule "On the councils".


    Souhaitant mettre cette partition en valeur, nous le présentons aussi en deux parties. C'est toutefois la traduction de Bacha, à peine amendée, que je mets en ligne.


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  • Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, Dieu unique
    Voici l'exposé de la foi du saint père Théodore
    évêque de Harran, surnommé Abu Qurrah.
    Que sa prière soit avec nous.
    Amen.

    Je crois au Père, au Fils et au Saint Esprit, trois hypostases, une nature.

    Non une seule hypostase comme a dit Sabellius[1], ni trois natures comme a dit Arius[2] qui disait: "Le Fils et l'Esprit Saint sont créés, distincts en nature". Et je ne dis pas "Le Fils est consubstantiel au Père", déclarant l'Esprit saint étranger à la substance de ces deux personnes comme l'a dit Macédonius[3] Mais je dis que tous les trois sont une seule substance. Je reconnais parmi eux le Père comme principe, le Fils et l'Esprit comme ayant reçu leur origine[4] : je n'affirme pas trois principes, comme ceux qui se sont égarés complètement de l'orthodoxie.

    Je reconnais le Père comme engendrant, le Fils comme engendré, et l'Esprit-Saint comme procédant. Les trois sont égaux en substance et en force, et il n'y a entre eux aucune différence en cela comme le prétendait Apollinaire[5]. Mais je dis : Chacun possède une propriété personnelle qui ne disparaît pas ni ne se transmet, à savoir: engendrer, pour le père; être engendré, pour le Fils; et procéder pour l'Esprit[6]. C'est pourquoi le Père est Père et jamais ne sera Fils ou Esprit; le Fils est Fils et jamais ne sera Père ou Esprit; et l'Esprit est Esprit et jamais ne sera Père ou Fils. Les trois sont éternels. Aucun n'est plus ancien qu'un autre; car le Fils et l'Esprit, bien qu'ils trouvent leur origine du Père, le Père n'est aucunement plus ancien qu'eux, pas même de la durée d'un clin d'oeil.

    Et je reconnais chacun d'eux Dieu parfait, à lui seul. Et tous les trois sont un seul Dieu, et non pas trois dieux, comme l'a dit le malheureux Philopon[7], car leur substance est unique et le Fils et l'Esprit se rapportent au Père sans composition à l'intérieur de son hypostase ni mélange. Je crois aussi que ce Fils Éternel, né du Père avant tous les siècles, qui est Dieu de Dieu, est descendu du ciel à la fin des temps, pour nous et pour notre salut et s'est incarné du Saint Esprit et de la Vierge Marie et s'est fait homme[8], ayant pétri pour sa personne un corps animé par une âme raisonnable et spirituelle[9]. Et il devint un homme parfait comme l'un de nous, hormis le péché. Et il demeura Dieu parfait comme il l'est éternellement, car son "humanisation" n'a pas introduit en lui de changement.

    *
    *  *

    Ce Fils éternel, après son "humanisation", est une personne unique[10] ayant deux natures : la nature divine qui lui appartient toujours comme au Père et à l'Esprit, et la nature humaine qui est devenue sienne par son incarnation, comme elle l'est pour chacun de nous, hommes. Il est égal au Père et à l'Esprit dans la nature divine tout en étant égal à nous, humains, dans la nature humaine. Il est une personne de la Trinité, et la Trinité n'a pas reçu d'accroissement. Et cette personne, l'une de la Trinité, est celui qui est engendré du Père avant les siècles et le même qui est engendré de la Vierge Marie à la fin des temps en devenant homme. C'est pourquoi Marie est vraiment mère de Dieu[11].

    Et c'est le même qui a marché parmi les hommes, a mangé, a bu, a eu faim, s'est endormi, s'est fatigué, a été crucifié, est mort, a été enseveli et est ressuscité le troisième jour. Tout ceci lui est advenu dans la nature humaine, non dans la nature divine. Je ne dis donc pas comme Nestorius[12] que Celui qui est engendré de Marie est une personne autre que la personne éternelle engendrée du Père avant les siècles, affirmant que ces réalités humaines que nous avons mentionnées ont affecté la personne humaine et non la personne divine. Mais je dis que les [propriétés] divines, comme la résurrection des morts par son ordre puissant et les autres choses pareilles, aussi bien que les [propriétés] humaines appartiennent toutes à l'hypostase éternelle humanisée[13].

    Je ne dis pas non plus, comme Eutychès, Dioscore et Sévère[14], que le Christ n'a qu'une seule nature, soit purement divine (et j'aurais renié l'incarnation et j'aurais fait de l'économie[15] un fantôme)[16] ; soit composée de la divinité [et] de l'humanité, (et je ne l'aurais fait ni Dieu ni homme, car une nature composée de la divinité et de l'humanité n'est ni la nature du Père et de l'Esprit, ni la nature des hommes; d'où le Christ ne serait ni Dieu ni homme).

    *
    *  *

    Mais je dis : Ce Fils éternel fait homme possède deux séries de propriétés naturelles, deux volontés naturelles et deux activités naturelles. Je ne parle point comme les Maronites[17], privant la nature humaine d'une volonté naturelle et d'une activité naturelle. Cependant, les deux volontés naturelles et les deux activités naturelles appartiennent toutes au Fils éternel, le Verbe Dieu, l'une des hypostases de la Trinité. Je n'attribue pas la volonté divine et l'activité divine à cette hypostase éternelle, et la volonté humaine et l'activité humaine à une hypostase humaine. Mais j'enseigne que la volonté divine aussi bien que l'activité, la volonté humaine aussi bien que l'activité appartiennent toutes à l'hypostase éternelle, le Verbe Dieu, qui est devenu homme en réalité et est demeuré Dieu parfait comme il a toujours été selon que nous l'avons dit. Et je ne nie pas les deux propriétés naturelles comme les nie le scholastique Sévère l'âne[18], pour ne pas être acculé comme lui à introduire le changement, les souffrances, la mort et la localisation dans la nature divine et à corrompre les deux natures toutes deux et à les rendre étrangères à leur définition.

    Mais je dis que la divinité est demeurée, dans l'incarnation du Verbe, non sujette à la limitation, à la souffrance et à la, mort, et que ces choses et ce qui leur ressemble sont le propre de la nature humaine. J'enseigne cependant que les deux propriétés, les propriétés divines et les propriétés humaines, appartiennent au Verbe Dieu, qui est une hypostase de la Trinité. Ce n'est pas parce que je dis : la limitation et les propriétés similaires appartiennent à la nature humaine, non à la nature divine, que je dis de même : la limitation et les propriétés similaires appartiennent à une hypostase humaine, non à l'hypostase éternelle. Il n'en est rien. Mais la limitation et ses suites, la limitation et ses conséquences appartiennent toutes à l'hypostase éternelle du Verbe Dieu fait homme qui est le Christ. C'est comme on dit: La vue appartient à non à l'oreille; l'ouïe appartient à l'oreille et non à l'oeil, mais la vue et l'ouïe appartiennent toutes deux à l'hypostase unique qui a l'oeil et l'oreille[19], par exemple à saint Pierre ou à saint Paul.

    C'est là ma profession de foi.
    Selon elle je vis et selon elle je mourrai
    et je serai présenté au Christ mon Dieu
    quand il viendra juger les vivants et les morts.
    Et par elle j'espère être délivré de la peine éternelle
    et j'attends le bonheur permanent d'en haut
    qui ne peut certes être obtenu
    que par cette foi.

    Louange, gloire et puissance
    au Père, au Fils et au Saint Esprit
    jusqu'à la fin des siècles.
    Amen.

    Notes :

    [1] Sabellius : prêtre chrétien d'origine libyenne, installé à Rome au IIIe siècle selon lequel, le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont différents "modes" ou aspects de l'Être divin, plutôt que trois "hypostases" ou personnes distinctes. Cette doctrine, le modalisme, a été combattue par les Pères.

    [2] Arius : prêtre alexandrin (256-336) qui considérait que seul les Père, inengendré, est Dieu, le Fils étant selon lui une créature suréminent ne recevant le nom de "dieu" que par convenance. Cette hérésie a été condamnée au premier Concile de Nicée, en 325.

    [3] Macédonius : évêque de Constantinople, de 342 à 346, puis de 351 à 360, contestait que l'Esprit saint soit Dieu. On donna à ses partisans le nom de "pneumatomaques" (adversaires de l'Esprit). Cette doctrine a été condamnée au premier Concile de Constantinople, en 381.

    [4] Dick traduit "Je reconnais parmi eux le Père comme principe, le Fils et l'Esprit comme principiés"

    [5] Apollinaire de Laodicée (vers 315, vers 390), fut évêque de Laodicée de Syrie, élu en 361. Ardent défenseur de la théologie de Nicée contre la doctrine d'Arius, il alla cependant trop loin en considérant que le "logos" constituait l'âme du Christ, doctrine qui fut condamnée plusieurs fois, dont au premier Concile de Constantinople, en 381.

    [6] Un autre manuscrit porte "La non-génération pour le Père, la génération pour le Fils, et la procession pour l'Esprit-Saint", ce qui est aussi correct.

    [7] Jean Philopon, grammairien, philosophe et théologien chrétien de langue grecque, né sans doute à Alexandrie vers 490/495 et mort après 568. Il professait une variante du monophysisme, le trithéisme, qui affirmait que chacune des personnes de la Trinité étant Dieu en soi, il y aurait par conséquent "trois dieux".

    [8] Dick, en ce lieu emploie le mots "humanisé" et plus loin son correspondant "humanisation" pour rendre les expressions uniques du grec et de l'arabe qui signifient "se faire homme", "l'acte de se faire homme". Il ajoute que les mots "s'incarner" et "incarnation" sont inadéquats et sentent l'apollinarisme (tout en employant tout de même "incarnation" plus loin) considérant qu'il faut bien avoir en français les mots analogues à "diviniser" et "divinisation" en ce qui concerne l'homme. J'ai choisi de restituer "se faire homme".

    [9] Dick emploie ici le terme "noétique", du terme grec "noûs", l'esprit.

    [10] Dick : "une unique hypostase". Ainsi encore plus loin.

    [11] Selon la définition du Concile d'Ephèse, 431.

    [12] Nestorius : évêque de Constantinople, de 248 à 431. Il s'opposait au terme "Mère de Dieu" pour désigner Marie, le considérant comme prêtant à confusion et lui préférant l'expression "Mère du Christ". En effet, il voyait dans le Christ l'union de la nature divine et de la nature humaine comme une sorte de juxtaposition. Il fut déposé au Concile d'Ephèse.

    [13] J'ai conservé ici cette expression " l'hypostase éternelle humanisée ", pour bien marquer le caractère technique de la discussion.

    [14] Eutychès, archimandrite d'un monastère de Constantinople, et Dioscore, patriarche d'Alexandrie furent à l'origine d'une réaction excessive contre le nestorianisme – le monophysisme – qui considère que dans le Christ seule la nature divine subsiste. Le monophysisme fut condamné au Concile de Chalcédoine, en 451. Sévère, patriarche d'Antioche de 512 à 518 fut le plus ardent propagateur du monophysisme.

    [15] C'est à dire, "de l'incarnation"

    [16] Un manuscrit ajoute "ou purement humaine et j'aurais renié la divinisation". Cependant cette troisième alternative logiquement possible ne correspondant en rien à la théologie monophysite ne doit pas appartenir au texte primitif.

    [17] Sur le monothélisme des "maronites", voir en Annexe.

    [18] Qui est ce "Sévère, l'âne intello" ? s'agit-il de Sévére d'Antioche, précédemment mentionné, ou de quelque autre théologien jacobite du même nom ? Et pourquoi le désigner comme âne ? Faut-il y voir une réminiscence d'un verset du coran (62.5) "Ceux qui ont été chargés de la Thora mais qui ne l'ont pas appliquée sont pareils à l'âne qui porte des livres."

    [19] Cette assimilation de la nature à l'organe par lequel la personne unique agit et exerce diverses activités selon les divers organes se retrouve chez Abu Qurrah avec la même comparaison de l'oeil et de l'oreille dans son traité "De la mort du Christ", (Bacha, traité n° 3, traduction allemande : 8° traité dans l'édition de Graf, 1910 ; traduction anglaise : Lamoreaux p 109).


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  • En 1959, le P. Ignace DICK publiait deux textes[1] qui venaient s'ajouter au écrits arabes de Théodore Abu Qurrah révélés par Arendzen, Bacha puis Cheiko[2].

    C'est l'un d'eux, la "confession de foi"[3] que nous présentons ici.

    A vrai dire, il ne s'agit pas d'une confession de foi qui prétendrait rivaliser avec celle de Nicée-Constantinople, ou avec les définitions des Conciles oecuméniques. C'est plutôt une affirmation de fidélité à ces définitions, face aux errements théologiques tant anciens que récents à son époque.

     Aussi reprenant depuis l'arianisme jusqu'au monothélisme qui sévissait encore de son temps – en passant par le nestorianisme et le monophysisme – il expose la foi orthodoxe[4] telle qu'elle a été défendue par les Pères, mais dans la langue arabe et non dans le grec des Conciles. On notera que – fidèle à lui-même, et quoique le propos soit éminemment technique – Théodore développe sa Confession de foi dans un langage le plus accessible possible.[5]

     Cette "profession de foi" peut être séquencée en trois sections :

    - La Trinité

    - L'incarnation du Verbe

    - Propriétés, volontés et activités dans le Christ.

     En raison du caractère lacunaire de la biographie de Théodore, il n'est guère possible d'attribuer une date précise à cette "confession de foi". Tout au plus peut-on considérer qu'elle a été rédigée entre 795 (date approximative de sa consécration épiscopale) et 830 (date supposée de sa mort, si l'on considère qu'il a bien participé au débat avec le calife Al-Mamun, en 829).

     Un point doit encore être relevé : alors que dans nombre de ses écrits Théodore lutte plus ou moins directement contre l'islam dominant dans la société, cette confession se concentre uniquement sur les questions débattues à l'intérieur de l'Eglise. Seule la suscription ajouté par le copiste rappelle ce contexte.

    En effet, le traité débute par la formule "Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, Dieu unique" typique du christianisme de langue arabe, qui affirme d'une part la foi des chrétiens en la Trinité – ce qui le différencie rigoureusement de l'islam – et d'autre part réfute l'accusation de trithéisme qui est parfois portée contre les chrétiens.

    Nous proposons ci-après ce traité dans la traduction de Dick, que nous avons à peine, en quelques lieux, modernisée. Toutes les modifications un tant soit peu conséquentes ont été signalées.

    Notes

    [1] "Deux écrits inédits de Théodore Abuqurra", présentation, texte arabe et traduction par P. Ignace DICK, in "Le Muséon" tome 72, 1959.

    [2] Voir bibliographie. Les traités édités par Arendzen, Bacha et Cheiko ont été traduits en allemand par Graf. La plupart des traités d'Abu Qurrah ont été traduits par John Lamoreaux "Theodore Abu Qurrah translated", 2005

    [3] On en trouvera une traduction anglaise dans LAMOREAUX "Theodore Abu Qurrah translated", 2005, p 151.

    [4] Dans la mesure où les monothélites étaient eux aussi des melkites, recevant le concile de Chalcédoine, il a bien fallu définir la confession de foi d'Abu Qurrah comme "orthodoxe", et non pas seulement comme "melkite". Voir en Annexe la question des relations des maronites médiévaux au monothélisme.

    [5] On s'en convaincra définitivement si on compare à la "Confession de foi" de Théodore, le texte d'un autre melkite, "L'épître sur les croyances des chrétiens" de 'Afif ibn Mu'ammal (traduction de G. Troupeau, 2006).


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  • Les maronites médiévaux furent-ils monothélites ?

    Quelques citations.

     

    Chacun connaît les Maronites, ces chrétiens libanais, "de rite oriental" unis à Rome et dont l'un des titres de gloire est la "perpétuelle orthodoxie de leur Eglise"[1].

    De fait, au milieu des vicissitudes de la christologie aux IV° et V° siècles qui firent apparaître une église "nestorienne" et une église "monophysite" ou "jacobite", les maronites reçurent les conciles oecuméniques de Nicée, Constantinople, Ephèse et Chalcédoine. Ils étaient donc "melkites", comme Abu Qurrah.

    Cependant ainsi que le note Abu Raïta[2], métropolite jacobite de Tagrit, tous les "melkites" n'étaient pas unis, mais ils se divisaient en deux groupes : ceux qu'il appelle "maximites"[3] parmi lesquels il compte explicitement Théodore Abu Qurrah, et ceux qu'il nomme "maronites" et qui, comme les jacobites, utilisaient une formule particulière pour le Trisagion[4].

    De fait cette différence d'usage (et ce qu'elle sous-entend au niveau théologique) était un des points de divergence entre "maximites" et "maronites".

    Pourtant, la ligne de fracture fondamentale passait bien autours du nom de Maxime le Confesseur, ou plutôt de sa théologie.

    En effet, nombre d'auteurs – qu'ils soient melkites, jacobites, musulmans ou encore occidentaux – ont durant des siècles décrit les maronites comme ayant adhéré à la doctrine selon laquelle il n'y aurait dans le Christ qu'une seule volonté – la divine – (monothélisme), doctrine qui fut promulguée par le patriarche Serge de Constantinople en 616, contre laquelle luttèrent St Sophrone de Jérusalem ou St Maxime le Confesseur, et qui fut condamnée au Troisième Concile de Constantinople en 681[5].

     Cela est, bien sûr, de l'histoire ancienne qui ne porte en rien préjudice aux maronites d'aujourd'hui[6].

     Toutefois, il vaut la peine – puisque cela concerne directement la Confession de foi de Théodore Abu Qurrah – de relever, sans prétendre à l'exhaustivité, quelques unes de ces mentions qui montrent, à l'évidence que cette réputation de monothélisme des maronites était de notoriété publique.

     Commençons par le patriarche Germain de Constantinople qui, dans son traité "De haeresibus et synodis", vers 730, parle ainsi des Maronites :

    Il y a des hérétiques qui, après avoir rejeté le sixième concile, détruisent aussi le cinquième. Il y en a qui, rejetant le cinquième et le sixième conciles, luttent pourtant contre les Jacobites. Ceux-ci les traitent d'insensés, parce que, tout en recevant le quatrième concile, ils s'efforcent de rejeter les deux suivants. Tels sont les Maronites, dont le monastère est situé dans les montagnes mêmes de la Syrie[7].

     

    Poursuivons par Théodore Abu Qurrah, qui parle des Maronites dans au moins trois de ses écrits.

    D'abord, dans la "Confession de foi".

    Mais je dis : Ce Fils éternel fait homme possède deux séries de propriétés naturelles, deux volontés naturelles et deux activités naturelles. Je ne parle point comme les Maronites, privant la nature humaine d'une volonté naturelle et d'une activité naturelle.

    Ensuite, dans la "Démonstration de la foi de l'Eglise par les deux Testament et les Conciles"[8].

    Dès le début de la seconde partie du traité[9], il débute

    Mais à quoi cela sert-il à tous les chrétiens ? Cela ne nous sert qu’à nous, les Chalcédoniens, à l’exclusion des Nestoriens, des Jacobites, des Julianites , des Maronites et des autres hérétiques qui se nomment aussi chrétiens. Car chacun de ceux que nous avons mentionnés considère que notre effort pour établir le christianisme ne s’applique qu’à lui ; car il prétend être le vrai chrétien.[10]

     Plus loin, il développe

    Pourquoi donc, ô Maronite, avez-vous accepté avec joie et empressement le premier, le deuxième et le troisième concile ? Pourquoi n'avez-vous pas jugé bon d'avoir une pensée contraire à la leur, selon que l'ordonne l'Esprit-Saint? Mais une fois arrivé au sixième concile, vous avez semblé oublier l'enseignement de l'Esprit-Saint ; vous vous êtes enivré au point de ne pas retrouver votre discernement. Vous avez attaqué vos pères qui méritent l'honneur de votre part. Alors que le Saint-Esprit vous a enjoint de suivre leurs traces, vous vous êtes mis à les insulter comme un chien enragé. Vous avez détruit les limites placées par eux et la haie qui vous défendait contre Satan. Votre âme, vous êtes sorti l'exposer à la dent des loups et c'est à la perdition que vous mènera cet excès. Si faussement vous imputez l'erreur à ce concile (le VIe), sachez bien que d'autres hérétiques vous ont précédé dans cette voie en imputant l'erreur au concile qui les avait excommuniés. Rien n'a pu les empêcher de tomber dans tout ce que le diable a inspiré à leur coeur. Si donc vous reprochez à ces hérétiques d'imputer l'erreur à ces conciles, il faut vous blâmer vous-mêmes, vous qui taxez d'erreur le VIe concile. Si, au contraire, vous ne blâmez pas ces hérétiques d'insulter aux saints conciles qu'ils ont condamnés, il faut briser les liens qui vous retiennent encore, suivre vos amis et adopter toutes les hérésies qui existent depuis le commencement.[11]

     Un peu plus loin, il écrit encore :

    Pour vous, Maronite, si vous prétendez que le Ve et le VIe conciles ont été réunis par les empereurs et qu'on doit les rejeter, parce que les empereurs y auraient violenté les consciences afin d'obtenir leur adhésion, vous avez mal agi en acceptant le IVe concile et les autres conciles antérieurs. Car chacun de ces conciles a été assemblé par un empereur, comme nous l'avons exposé.

    Du reste, tout hérétique excommunié dans ces conciles emploie la même excuse que vous et prétend que l'empereur qui a réuni le concile a forcé les hommes à excommunier l'hérétique et qu'ainsi c'est bien par la violence que ce concile a été réuni contre lui. Si vous vous permettez de rejeter la sentence de ces deux conciles (le Ve et le VIe), sous prétexte que les empereurs les ont réunis, laissez donc les jacobites, les nestoriens, les macédoniens, les ariens et leurs adeptes se soustraire au jugement du concile qui les a excommuniés; car enfin c'est un empereur qui l'a réuni. Que si vous ne permettez pas à ces gens-là de se soustraire au jugement de ces conciles, sous prétexte qu'un empereur les a convoqués, ne vous permettez pas non plus de vous soustraire au jugement de ces deux conciles (le Ve et le VIe), sous prétexte que les empereurs les ont réunis.[12]

     Enfin, dans la "Lettre au jacobite David"[13] on trouve :

    Nous ne croyons pas que les facultés, qui étaient dans le composé humain, sont devenues nulles, parce que le Verbe en était le directeur et le moteur, quoique les troupes des Maronites le croient ainsi. [14]

     

    A peu près pour la même époque[15], un texte jacobite, la Chronique de Michel le Syrien, parle ainsi des Maronites[16]

     Les Maronites restèrent comme ils sont encore aujourd'hui. Ils ordonnent un patriarche et des évêques de leur couvent. Ils sont séparés de Maximus en ce qu'ils confessent une seule volonté dans le Christ et disent : « Qui as été crucifié pour nous»; mais ils acceptent le synode de Chalcédoine.[17]

     

    Un siècle plus tard, c'est Eutychius, patriarche melkite d'Alexandrie (connu aussi comme Said ibn Batriq), qui donne dans ses Annales une notice qui aura une large postérité.[18]

     Au temps de l'empereur Maurice vivait un moine nommé Maron qui plaçait en notre Seigneur Jésus Christ deux natures, une volonté, une opération et une personne, et corrompait ainsi la foi des hommes. La plupart de ceux qui embrassèrent sa doctrine et se constituèrent ses disciples étaient originaires des villes de Hamah, Kennesrin et Aouas ; il y avait aussi quelques grecs. On les appela tous "Maronites", du nom de leur fondateur. A la mort de Maron, les habitants de Hamah bâtirent un monastère en son honneur, qu'ils nommèrent Deir Maroun, et ils continuèrent à professer ses croyances. [19]

     

    Au milieu du X° siècle, c'est au tour d'un musulman, Al-Masudi, d'écrire à propos des maronites, dans le "Livre de l'Avertissement" :

    Sous son règne[20] parut un homme de la ville de Hamat, dans la province d'Émesse, appelé Maroun, à qui les Chrétiens maronites, au temps où nous écrivons, font remonter leur origine. Cette secte est fameuse en Syrie et ailleurs. La plupart de ses membres résident dans les monts Liban et Sanîr -, à Emesse et dans les districts qui en dépendent, comme ceux de Hamat, de Chaïzar, de Maarat en-Nomân. Maroun avait un grand couvent, qui porte son nom, à l'est de Hamat et de Chaïzar, constitué par un vaste bâtiment, entouré de plus de trois cents cellules où logeaient les moines. Ce couvent possédait en objets d'or et d'argent et en pierreries des richesses considérables. Il fut dévasté avec toutes les cellules qui l'entouraient, par suite des incursions réitérées des Bédouins et des violences du Sultan. Il s'élevait près du fleuve Oronte, fleuve d'Émesse et d'Antioche. Maroun émit des opinions non conformes à la foi chrétienne, par exemple au sujet de la volonté. Il eut de nombreux adeptes. Nous avons déjà rendu compte de sa croyance. Il admettait communément avec les Melkites, les Nestoriens et les Jacobites, la Trinité; mais il se séparait d'eux en ce qu'il comptait dans le Messie deux natures, une seule personne et une seule volonté, opinion intermédiaire entre celles des Nestoriens et des Melkites. C'est ce que nous avons expliqué, avec d'autres choses, dans notre livre «des doctrines sur les fondements des religions ».[21]

     

    Au XII° siècle, Paul d'Antioche, connu aussi sous le nom de Boulous ar-Raheb (Paul le moine), fut évêque melkite de Sidon. Dans son traité "sur les sectes chrétiennes", on lit :

     Comme nous avons démontré l'erreur du sentiment des jacobites, nous prouverons aussi la fausseté de celui des nestoriens et des maronites quand ils affirment l'existence d'une seule volonté divine et d'une seule énergie divine. Les maronites ont raison d'admettre une seule personne et deux natures. Toutefois, quant à la seule énergie qu'ils croient exister en Jésus-Christ, énergie qu'ils qualifient de divine, nous avons démontré les points par lesquels nous réfutons leur sentiment, dans l'argumentation des melchites. Cette argumentation prouve deux énergies et suffit à convaincre à la fois les nestoriens, les jacobites et les maronites.

    Quant à la volonté où, contrairement aux melchites, les maronites, les nestoriens et les jacobites s'accordent à affirmer l'existence en Notre-Seigneur d'une seule volonté, la divine, nous répondons à ce sujet que Notre-Seigneur Jésus-Christ dit au temps de sa Passion "Mon Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi ; cependant qu'il soit fait non selon ma volonté mais selon la vôtre". Ce texte prouve l'existence en Jésus-Christ de deux volontés.[22]

     

    D'Afif ibn Mouammal, un lettré melkite du XII° ou XIII° siècle, on possède une lettre présentant – à la demande d'un dignitaire musulman – les croyances des chrétiens. Au chapitre VI de cette lettre, on lit :

     Les Maronites croient qu'en Notre –Seigneur il y a une seule personne, deux natures la nature divine et la nature humaine ; une seule volonté (machiat ouahidat) et une seule opération (fi'lon ouahid). C'est une erreur. Ils devraient admettre de la sorte une seule nature. Nous les réfutons par la même argumentation employée contre les jacobites et les nestoriens, quand ils nient l'existence (en Notre-Seigneur) de la volonté et de l'énergie humaine.[23]

     

    Dans son étude de 1906, E. Ajam mentionne aussi un euchologe melkite du XV° siècle[24] comportant un rituel de réception "Pour ceux qui reviennent de l'hérésie de Manès, d'Arius, pour les jacobites, les nestoriens, les maronites, les arméniens."

    La profession de foi à laquelle ils doivent souscrire vise (entre autres) expressément le monothélisme :

    "... Je crois et je confesse que la Sainte Trinité Père, Fils et Saint-Esprit, est une seule nature en trois personnes, une seule substance, une seule énergie, une seule volonté, un seul Créateur, unique en trois personnes, trois subsistances et trois propriétés. Je crois qu'une personne de la Sainte Trinité, le Seigneur Jésus-Christ, a deux natures, deux volontés, deux énergies, et qu'il est une seule personne après son incarnation. Je crois que sa divinité est unie à son humanité sans confusion et sans séparation et qu'il a pris un corps de Notre Dame la Vierge Marie. Il s'est manifesté comme un homme dans une âme douée de parole et d'intelligence, avec deux énergies, deux volontés l'une humaine et l'autre divine ..."[25]

     

    Enfin, prenons le témoignage d'un occidental, le missionnaire Ricold de Montcroix, qui parcourut l'Orient dans le XIII° siècle, et s'exprime en ces termes[26]:

    "De là vainsmes au mont de Libanus, et là demourent maronites, qui sont chrétiens mescréants et maintiennent que en Christ n'a ne eust que une simple volunté." Le même, religieux, descendant le Tigre, depuis Mosul jusqu'à Bagdad, rencontra des maronites, dont il parle en ces termes [id, folio 43r]: "Là demourent maronites mescréants chrestiens et scismaz ; et ont ung archevesque. Ilz maintiennent que Crist fut une seulle yolunté. C'est leur erreur. En toutes aultres choses se accordent ilz à notre foy catholicque plus que a nulle aultre secte d'Orient."

     

    Nous aurions pu ajouter à ces textes, piochant par exemple chez Bar Hebraeus[27] ou chez d'autres auteurs occidentaux séjournant au Levant[28], mais nous pensons avoir réuni ici les plus importantes pièces de ce petit dossier.

     

     

    Bibliographie

    AJAM, E. "Le monothélisme des Maronites, d'après les auteurs melchites". In: Échos d'Orient, tome 9, n°57, 1906. pp. 91-95

    ARENDZEN Ioannes, "Theodori Abu Kurra de cultu imaginum libellus e codice arabico nunc primum editus latine versus illustratus", 1897

    BACHA, Constantin "Les œuvres arabes de Théodore Abu Qurrah" (en arabe) Beyrouth, 1904

    BACHA, Constantin "Un traité des oeuvres arabes de Théodore Abou-Kurra, évêque de Haran", présentation, texte et traduction, 1905

    CARRA DE VAUX, "Le livre de l'Avertissement et de la Révision, par Maçoudi", Société Asiatique, 1896.

    CHABOT, J. B. "Note sur un passage de la « Chronique de Michel le Syrien » relatif aux Maronites". In: Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 84ᵉ année, N. 1, 1940. pp. 68-72

    CHABOT, J. B. "Chronique de Michel le Syrien, patriarche jacobite d'Antioche", tome 2, 1901

    CHEIKO, L. "Traité inédit de Théodore Abou-Qurra (Abucara), évêque melchite de Harran (ca. 740-820)", Beyrouth 1912 en arabe

    DIB P. Article "Maronite (Eglise)" dans le Dictionnaire de Théologie Catholique, tome 10 – première partie, 1928.

    DICK , Ignace "Deux écrits inédits de Théodore Abuqurra", présentation, texte et traduction, in "Le Muséon" tome 72, 1959.

    GIRARD, Aurélien : "La mémoire des origines religieuses chez les Maronites entre le XVI° et le XVIII° siècle : une reconstruction apologétique", Journée d’études du CRESC – «mémoire de la terre, mémoire des hommes » – 16 mars 2007 (Université Paris 13)

    GRAF, G. "Die arabischen Schriften des Theodor Abu Qurra, Bischofs von Harran" 1910 (Les traités édités par Arendzen et Bacha, présentation et traduction allemande)

    GRAF, G. "Des Theodor Abu Kurra Traktat uber den Schopfer und die wahre Religion", 1913. (Le traité édité par Cheiko, présentation et traduction allemande)

    JANIN, R. "Compte-rendu de l'article "Maronite (Eglise)" de Mgr P. DIB paru dans le Dictionnaire de théologie catholique fasc. LXXX, col. 1-142" in : Échos d'Orient, Année 1928 Volume 27 Numéro 151 pp. 376-379.

    KHOURY, Paul "Paul d'Antioche, évêque melkite de Sidon (XIIe s.)". Recherches publiées sous la direction de l'Institut de Lettres Orientales de Beyrouth, tome XXIV, 1964

    LAMOREAUX, John "Theodore Abu Qurrah translated", 2005

    QUATREMERE, M. "Mémoire sur les nabatéens" Nouveau Journal Asiatique, Mars 1835, quatrième section, p 267, note 1.

    SAMIR, Samir Khalil "Abū Qurrah et les Maronites", in : Proche-Orient Chrétien 41 (1991), p. 25-33

    TROUPEAU G. "L'épître sur les croyances des chrétiens de 'Afif ibn Mu'ammal". in : Mémorial Monseigneur Joseph Nasrallah" ; Publications de l’Institut Français d’Études Arabes de Damas, 2006.

    VAILHE, Syméon : "Origines religieuses des Maronites" in Échos d'Orient Année 1900 Volume 4 Numéro 2 pp. 96-102 et Échos d'Orient Année 1901 Volume 4 Numéro 3 pp. 154-162. A ces deux articles, il faut en ajouter un troisième : Échos d'Orient Année 1902 Volume 5 Numéro 5 pp. 281-289.

    VAILHE, Syméon : "L'Église maronite du Ve au IXe siècle" in Échos d'Orient tome 9, n°60, 1906. pp. 257-268 et tome 9 Numéro 61, 1906. pp. 344-351

    Notes

    [1] Voir l'article "Maronite" (Eglise), dans le Dictionnaire de Théologie Catholique, par P. DIB, et la critique qu'en fait Janin dans les Echos d'Orient, 1928. Voir aussi l'article de Girard sur la "reconstruction de la mémoire des origines".

    [2] Cité par S. Vailé dans "L'Église maronite du Ve au IXe siècle" n° 61, p 350

    [3] C'est à dire, acceptant la théologie de St Maxime le confesseur sur les "deux volontés" dans le Christ

    [4] A la formule "Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel aie pitié de nous" ils substituaient la formule "Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel, qui a été crucifié pour nous, aie pitié de nous". Ceci est encore attesté à la même époque dans une lettre du Patriarche Nestorien Timothée I, ainsi que par St Jean Damascène. Les deux auteurs sont cités par S. Vailé dans "L'Église maronite du Ve au IXe siècle" n° 61, p 348.

    [5] VI° concile oecuménique.

    [6] Même si, au début du XX° siècle, l'étude de cette question ne s'est pas faite sans quelques grincements de dents de la part de maronites qui se sont crus attaqués.

    [7] Traduction S. Vailé dans "L'Église maronite du Ve au IXe siècle" n° 61, p 347.

    [8] Il s'agit du traité n° 9 de l'édition arabe de Bacha, pour lequel ce dernier a donné une traduction française en 1905, dans laquelle il rendait pudiquement le terme "maronite" par "monothélite".

    [9] Lamoreaux considère qu'il s'agit non d'un traité en deux parties, mais de deux traités distincts. Dans son optique, c'est donc la phrase initiale du traité "On the councils", dont il donne une traduction p 61 de son ouvrage.

    [10] Traduction de S. Samir, ("Abū Qurrah et les Maronites"). E. Ajam ("Le monothélisme...") n'avait pas relevé cette mention.

    [11] Traduction de E. Ajam ("Le monothélisme..."). Le P. SAMIR, ("Abū Qurrah et les Maronites") présente lui aussi cette citation, ainsi que la suivante.

    [12] Traduction de E. Ajam ("Le monothélisme...").

    [13] Traité n° 8 de l'édition arabe de Bacha. La seule traduction existante de cette lettre semble être celle, en allemand, de Graf, 1910.

    [14] Traduction S. Vailhé dans "L'Église maronite du Ve au IXe siècle" n° 61, p 347. S. Samir, ("Abū Qurrah et les Maronites") cite aussi ce passage.

    [15] Vailhé considère que ce passage concerne le milieu du VIII° siècle, Chabot le place à l'époque de Denys de Tell Mahré, vers 845.

    [16] Notons que Chabot considère que ce passage pourrait désigner la croyance des seuls "habitants du monastère de Mar Maroun" au milieu du IXe siècle.

    [17] Source : Chabot : "Note sur un passage...". Le passage cité se trouve au Tome II, p 511 de sa traduction de la Chronique. Le "Maximus" dont il est question est St Maxime le Confesseur. La question qui sépare les Maronites des autres "melkites", qui eux aussi "acceptent le synode de Chalcédoine" est bien le monothélisme combattu par Maxime le Confesseur. S. Vailé dans "L'Église maronite du Ve au IXe siècle" n° 61, cite aussi d'autres passages de la Chronique de Michel le Syrien.

    [18] La notice d'Al-Masudi dépend de celle d'Eutychius, de même semble-t-il que celle d'Abul Faraj.

    [19] Traduction Vailhé (Origines religieuses des Maronites). Eutychius fut longtemps considéré comme le plus ancien auteur à parler du monothélisme des maronites. Il est pourtant nettement postérieur à Abu Qurrah et à Germain de Constantinople.

    [20] Il s'agit du règne de Maurice, empereur de 582 à 602.

    [21] Al-Masudi, "Le Livre de l'avertissement", trad Carra de Vaux p 211-212

    [22] Traduction : Ajam E. "Le monothélisme des Maronites..." Pour une traduction des oeuvres de Paul d'Antioche, voir Khoury : "Paul d'Antioche, évêque melkite de Sidon..."

    [23] Traduction : Ajam E. "Le monothélisme des Maronites..." Cette lettre a par ailleurs été intégralement traduite en français par G. Troupeau et publiée dans "Mémorial Monseigneur Joseph Nasrallah", 2006.

    [24] Ms 153 du fond arabe de la Bibliothèque grecque du St Sépulcre. Ajam le décrit comme un euchologe "arabo-syriaque". Probablement s'agit-il d'un manuscrit en garshouni.

    [25] Traduction : Ajam E. "Le monothélisme des Maronites..."

    [26] Extrait de "Lhystoire merveilleuse, plaisante et récréative du grand chan de Tartarie", fol 35v et 43r, cité par Quatremère dans une note sur les "opinions religieuses des Maronites" qu'il inséra dans la quatrième section de son "Mémoire sur les Nabatéens, page 267, note 1.

    [27] Grégoire Bar Hebraeus [Abul Faradj] mentionne les maronites comme monothélites dans son "Candélabre" (signalé par Quatremère, mais je n'ai pu vérifier la citation), mais il dépend pour cela de la notice d'Eutychius.

    [28] Comme le fait Quatremère dans son "Mémoire sur les nabatéens"


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  • Le court traité grec sur le pain consacré, transmis par le Diacre Jean, peut être mis en parallèle avec d'autres textes, en particulier :

    Chez Théodore Abu Qurrah : on trouve dans son Traité arabe sur la vénération des icônes, deux passages que nous donnons dans la traduction légèrement adaptée de S. Bigham.
    D'une part, au chapitre 2
    Que diraient ceux qui sont étrangers à l'Eglise s'ils voyaient les chrétiens apporter du pain et du vin à leurs autels, dire des paroles sur ces dons et ensuite en communier, les chrétiens disant que ceci est le corps du Christ et cela son sang. Mais les autres verront que rien n'a changé, que le pain et le vin sortent du sanctuaire après leur consécration comme ils y sont entrés.
    Puis au chapitre 16
    Lorsque notre Seigneur a donné son corps et son sang à ses disciples dans la chambre haute à Jérusalem, il ne leur a offert que du pain et du vin, disant : « Ceci est mon corps et ceci est mon sang. » Mais la certitude de sa parole a pénétré dans leurs pensées, sans qu'ils n'aient vu aucune manifestation visible de la majesté de ce qu'il leur avait été offert. Et ceci a continué à se produire parmi les chrétiens qui communient à cette offrande ; ils sont certains que cette dernière soit le corps et le sang du Christ, même si après la consécration, ils voient qu'elle est restée comme elle était lorsqu'ils l'ont introduite avant d'être consacrée. Il en est de même pour leurs autres mystères.

    Chez St Jean Damascène, dans le Traité sur la Foi Orthodoxe [De fide 4.13, traduction de Ponsoye], on trouve un parallèle, et peut-être l'origine du traité 22 d'Abu Qurrah :
    Et il n'est pas plus difficile de dire comment, naturellement et en s'en nourrissant, le pain, le vin et l'eau deviennent le corps et le sang de celui qui mange et boit et non un corps différent du premier; ainsi le pain, le vin et l'eau de la prothèse sont changés surnaturellement, par la descente et l'irruption du Saint Esprit, au corps et au sang du Christ.

    (Rappelons que la "Prothèse", ou "Préparation" est la première partie de la Divine Liturgie durant laquelle le prêtre prépare le pain et le vin mêlé d'eau qui seront, au cours de la Grande Entrée, apportés sur l'autel pour la consécration.)

    Chez Samon de Gaza : Il ne s'agit pas, dans le Dialogue de Samon de Gaza avec le Sarrasin Ahmed, d'un texte parallèle puisque l'auteur a repris quasi à l'intégral (y compris une lacune tôt apparue dans la tradition manuscrite) le petit traité "sur le pain consacré qui est le corps du Christ", appartenant au recueil de paroles de Théodore Abu Qurrah élaboré par le Diacre Jean, pour en faire le premier argument de sa "catéchèse". 

     


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  • Du pain consacré qui est le Corps du Christ

    DJ 5 / Migne 22


    Un jour, au cours d'un débat, un sarrasin lui demanda :
    Le sarrasin : Dis-moi, Evêque ! Pourquoi vous, les prêtres, vous moquez-vous des chrétiens en proposant deux pains, fait l'un comme l'autre avec du blé. Vous en laissez un pour la table commune et vous distribuez l'autre au peuple, après l'avoir divisé en morceaux, en l'appelant "corps du Christ" et vous affirmez qu'il peut procurer le pardon des péchés à ceux qui en prennent. Est-ce que vous vous moquez de vous-même ou de ceux que vous dirigez ?
    Le chrétien : Nous ne nous moquons ni de nous-mêmes ni d'eux.
    Le sarrasin : Convaincs-moi non pas à partir de ton Ecriture mais en faisant appel à des notions communes et généralement admises.
    Le chrétien : Que dis tu ? Le pain ne devient pas le corps de Dieu ?
    Le sarrasin : Je dois dire que non.
    Le chrétien : Le pain devient-il le corps d'un homme ?
    Le sarrasin : Je suis embarrassé pour répondre aux deux points de la contestation.
    Le chrétien : Ta mère t'a-t-elle fait naître comme tu es ?
    Le sarrasin : Non.
    Le chrétien : Alors, comment ?
    Le sarrasin : Petit.
    Le chrétien : Alors, qu'est-ce qui t'a fait grandir ?
    Le sarrasin : Par la volonté de Dieu, c'est la nourriture.
    Le chrétien : Par conséquent, en toi, le pain est devenu corps.
    Le sarrasin : Je suis d'accord.
    Le chrétien : Mais de quelle manière le pain s'est-il fait corps en toi ?
    Le sarrasin : J'ignore de quelle manière.
    Le chrétien : La nourriture et la boisson passent par la gorge et vont dans l'estomac comme dans une marmite. Une fois dans l'estomac, la nourriture y est cuite par la chaleur du foie et se transforme en jus. Les résidus descendent vers le bas et ce qui est tendre, une fois transformé en jus, monte vers le haut, le foie étant chaud attire ce qui est tendre vers lui, le transforme en sang et par les vaisseaux le distribue dans tout le corps, distribuant la nourriture, transformée en suc dans l'estomac et en sang, modifié dans chaque organe selon sa destination, donnant de l'os aux os, de la moelle à la moelle, des nerfs aux nerfs, de l'œil aux yeux, du cheveu aux cheveux, de la peau à la peau et des ongles aux ongles. Ainsi, par la transformation du pain en corps et de la boisson en sang, s'effectue la croissance de l'enfant pour qu'il devienne un adulte.
    Le sarrasin : Il semble bien qu'il en soit ainsi.
    Le chrétien : Comprends que c'est de la même manière que s'effectue notre mystère. Le prêtre dépose le pain sur la sainte table, ainsi que le vin. Et quand il prie en disant la sainte épiclèse, le Saint Esprit vient, entre dans les dons offerts et par le feu de Sa Divinité transforme le pain et le vin en Corps et Sang du Christ, de la même façon que le foie transforme la nourriture en corps humain. A moins que tu n'admettes pas, mon ami, que l'Esprit Saint puisse faire ce que fait ton foie.
    Le sarrasin dit : je l'admets. Et après avoir soupiré, il se tut.


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  • Extrait de l'article "Réactions chrétiennes aux conquêtes musulmanes. Etude comparée des auteurs chrétiens de Syrie et d'Espagne" par John Tolan, in Cahiers de civilisation médiévale Année 2001, Volume 44, Numéro 176 pp. 349-367
    accessible sur Persée.

    En ce qui concerne l'Orient, sous le califat d"Abd al- Malik (685-705), l'arabe remplace le grec dans l'administration ; le calife ordonne qu'on arrache toute croix ou crucifix exposé en public, qu'on tue tous les porcs ; il établit des monnaies islamiques (aux inscriptions coraniques) ; il augmente les impôts spécifiques que les dhimmis doivent payer, etc. : la société est en train de devenir « musulmane ». Le symbole le plus caractéristique en est le Dôme du Rocher, que le calife fait construire sur le mont du temple à Jérusalem comme pour marquer l'installation permanente de l'islam dans la Ville sainte. Les inscriptions coraniques de ce monument expriment la christologie musulmane, une sorte de réfutation théologique inscrite dans les pierres de la Ville sainte, pour affirmer que les musulmans, et non les chrétiens, connaissent la "vraie" nature de Jésus.


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  • Arabe

    Dix traités arabes de Théodore Abu Qurrah : éditées par Constantin Bacha, 1904 (1. Traité sur le libre-arbitre. 2. Traité de la Trinité et de l'unicité. 3. Traité de la mort du Christ. 4. Traité de la vérité de l'Évangile. 5. Traité des voies de la connaissance de Dieu. 6. Traité de la nécessité de la rédemption. 7. Traité de la filiation éternelle. 8. La lettre au Jacobite David. 9. Traité de la loi et de l'Évangile et de l'orthodoxie chalcédonienne. 10. Traité de l'incarnation de Dieu dans la chair)

     

     

    Sur l'Existence de Dieu et de la Vraie Religion : Louis Cheikho, Traité inédit de Théodore Abou-Qurra (Abucara), évêque melchite de Harran (ca. 740-820), Beyrouth 1912 en arabe

    Theodori Abu Kurra De cultu imaginum libellus e codice arabico Texte arabe, traduction latine du Traité sur les icônes, par I. Arendzen, Bonn, 1897.

    Controverse d'Abu Qurrah avec des théologiens musulmans en présence du calife Al Mamoun Texte arabe édité par Ignace Dick (Alep, 2007)

     

     

    Grec

    Les œuvres grecques attribuées à Théodore Abu Qurrah dans la Patrologie grecque de Migne 

    Document indexé

     

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    La basmala coranique comme formule chrétienne, un usage méconnu

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    La première sourate du coran, les juifs et les chrétiens : un problème insoluble ?

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     Les maronites médiévaux furent-ils monothélites ? Citations d'auteur melkites, jacobites, nestoriens et musulmans.

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    Le moine Georges (anba Jirji), (1217) Le dialogue du moine Georges en présence du prince Al-Moshammar

    Traduction française annotée

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  • Ressources bibliographiques

    Christian-Muslim Relations; A Bibliographical History;

    Volume 1 (600-900) sur Bookzz

    Volume 2 (900 – 1050) sur BooksGoogle en version à consulter (et incomplète, mais c'est déjà ça). 

    Volume 3 (1050-1200) sur Bookzz

    Volume 4 (1200-1350) sur Bookzz ou sur Scribd

    Volume 5 (1350 – 1500) sur Bookzz

    Volume 6 (1500-1600, western Europe) sur Bookzz

     Volume 7 (Central and Eastern Europe, Asia, Africa and South America 1500-1600) sur Bookzz

     

    Les arabes chrétiens de Mésopotamie et de Syrie par le P. Nau sur Archive

    The Bible in Arab Christianity sur Bookzz

    The Encounter of Eastern Christianity With Early Islam sur Bookzz

    Muslim-Christian Polemic During the Crusades: The Letter From the People of Cyprus and Ibn Abi Talib Al-Dimashqi's Response  sur Bookzz

    Christians at the Heart of Islamic Rule: Church Life and Scholarship in 'Abbasid Iraq sur Bookzz

    Christian Doctrines in Islamic Theology  sur Bookzz

    Syrian Christians Under Islam: The First Thousand Years sur Bookzz

    La Trinité divine chez les théologiens arabes (750-1050) largement consultable sur Google books (mais aussi copie perso complète)

    Early Christian-Muslim Debate on the Unity of God : Three Christian Scholars and Their Engagement With Islamic Thought (9th Century C.E.) sur Bookzz

     Seeing Islam as others saw it : A survey and evaluation of christian, jewish and zoroastrian writings on early Islam sur Archive

     Orthodoxy in Arabic Terms. A Study of Theodore Abu Qurrah’s Theology in Its Islamic Context sur Bookzz

    The Character of Christian-Muslim Encounter: Essays in Honour of David Thomas sur Bookzz

    Etude sur  La découverte de l’islam par le monde byzantin

     Divers ouvrages chrétiens en arabe sur http://www.christianlib.com/


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